La causticité du sujet de Luis Bunuel se dévoile dès les premiers plans. A la vision très romantique d'un couple charmant succède soudainement, pour mieux heurter notre confort, le fantasme masochiste de la jeune épouse.
Bourgeoise amoureuse, Séverine éprouve le besoin, par l'entremise d'une maison de passe, de satisfaire des fantasmes sexuels foisonnants...et forcément inconvenants pour une femme de sa classe. Le choix précis de Catherine Deneuve pour incarner Séverine n'est évidemment pas innocent. L'image de grâce farouche de la comédienne, sa blondeur et sa beauté virginales exacerbent le propos de Bunuel en illustrant, fort audacieusement, une évocation psychanalytique de la libido, c'est-à-dire libérée de ses tabous sociaux ou moraux.
Pour autant, Bunuel n'est pas gratuitement provocateur. Son film, entre irrationnel et symbolisme, vise à définir, ou plus justement à ne pas définir, la frontière entre l'amour et le désir instinctif, indépendant l'un de l'autre. Séverine, alias Belle de jour, témoigne de la dualité du commun, de sa candeur comme de ses perversions ou de ses "déviances".
Autour de la jeune femme, et pour ne faillir à son engagement surréaliste, Bunuel met en scène un échantillon de notables aux fantasmes insolites et fantaisistes. Le talent du cinéaste, l'élégance de sa mise en scène l'éloignent de tout débordement scabreux ou trivial.