Par rapport au "Full Metal Jacket" de Kubrick, dont la trame scénaristique est analogue (instruction des Marines, mission de guerre), le film de Clint Eastwood, c'est "Les bidasses en folie". Non pas que le film soit une farce, mais sa fantaisie donne un aperçu assez caricatural des hommes et de la vie militaire.
Dans son personnage de vieux baroudeur inadapté à la vie civile, Eastwood impose sa stature prestigieuse sans toutefois créer une figure réellement originale. Le rapport que le sergent Highway, homme de terrain, entretient avec sa section, entre sévérité et paternalisme, donne lieu à des incidents assez convenus et à quelques complaisances, dont font partie le mépris pour une hiérarchie technocratique et inexpérimentée et d'incessantes expressions grossières, sexuelles ou scatologiques.
Mais l'aspect le plus dérangeant, sinon détestable, du film, c'est ce respect si peu subversif pour l'armée et ses héros de guerre (des hommes, des vrais...). Clint Eastwood, tel le premier John Wayne venu (celui des "Bérets verts", par exemple) parait considérer, dans la plus pure tradition droitière et démagogique, la fonction militaire comme la meilleure école de la vie, d'où les "hippies" sortent en soldats héroïques (encensés par le peuple). Ce postulat manque franchement d'esprit.