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    Au cinéma : Drive-Away Dolls… Pourquoi faut-il voir cette comédie policière réalisée par l'un des frères Coen ?
    Maximilien Pierrette
    Dans sa tête, la comédie parfaite rassemble l’écriture de Billy Wilder, le sens du détail de Bruno Podalydès, les répliques du Splendid, l’énergie colérique de Louis de Funès, le discours social de Chaplin, les références du Palmashow, le grand n’importe quoi des ZAZ et le chaos des Marx Brothers.

    Comme Joel avec "Macbeth", Ethan Coen signe son premier long métrage en solo avec "Drive-Away Dolls" : une comédie policière queer et barrée co-écrite avec son épouse Tricia Cooke et portée par un duo détonnant.

    Ça parle de quoi ?

    Jamie et son amie Marian, sont à la recherche d'un nouveau départ, elles se lancent dans un road trip mais les choses tournent mal lorsqu'elles croisent en chemin un groupe de criminels bras cassés.

    Drive-Away Dolls
    Drive-Away Dolls
    Sortie : 3 avril 2024 | 1h 24min
    De Ethan Coen
    Avec Margaret Qualley, Geraldine Viswanathan, Beanie Feldstein
    Presse
    2,6
    Spectateurs
    2,1
    Séances (391)

    5 bonnes raisons de voir "Drive-Away Dolls"

    Il y aurait les mots utilisés par Ethan Coen et Tricia Cooke pour décrire le long métrage à notre micro : "Immature, enjoué, idiot, libertin, excité." Ce qui est totalement raccord avec l'esprit de cette embardée. Mais on peut également développer un peu plus.

    1 - Ethan Coen sans Joel…

    Ne les appelez plus "les frères Coen" ! Pour le moment en tout cas, car ils préparent leurs retrouvailles. Mais, comme Joel avec sa version de Macbeth, Ethan signe sa première fiction de son côté, après un documentaire peu mémorable sur Jerry Lee Lewis.

    Un pas de côté dont l'énergie rappelle celle des premiers films réalisés avec son frère, il y a quatre décennies : "C'est tout à fait ça", nous dit-il. "Le premier film que j'avais fait avec Joel [Sang pour sang, ndlr] était très amusant, car c'était le premier. C'était très stimulant et drôle. Et c'était un peu la même chose là, car c'est le premier que nous avons fait avec Tricia. C'était comme un recommencement."

    2 - … mais pas seul non plus

    "Je suis crédité comme le réalisateur du film, mais nous l'avons co-réalisé avec Tricia. C'était donc très similaire à mon processus de travail avec Joel, mais avec une personne différente." Le scénario de Drive-Away Dolls a en effet été co-écrit par Ethan Coen et son épouse Tricia Cooke. Qui fût monteuse de The Big Lebowski, O'Brother ou encore The Barber.

    Autant dire qu'elle maîtrise l'univers des frères Coen. Et c'est même elle qui est à l'origine du projet : "L'histoire est née avec le titre, dont j'ai eu l'idée avec une amie dans un bar", nous dit-elle au sujet de cette comédie portée par un duo de lesbiennes.

    "J'avais déjà pris ce genre de voiture [que l'on doit déposer d'un point à l'autre, ndlr] et je suis queer, donc ça me semblait logique. Et ça a même failli s'appeler Drive-Away Dykes ["Les gouines au volant", ndlr]."

    Nous avons décidé d'écrire une histoire en se basant sur la bizarrerie du titre, qui a été le moteur du récit

    "J'en ai parlé à Ethan en rentrant, et il a aussi apprécié le titre. Qui est une allitération de la direction que cela pourrait prendre. Nous avons alors décidé d'écrire une histoire en se basant sur la bizarrerie du titre, qui a été le moteur du récit."

    Un travail en duo, du début à la fin, qui leur permet d'aller à l'encontre de l'expression qui veut qu'un film s'écrive trois fois : au scénario, au tournage et au montage. "C'est vrai lorsque d'autres personnes s'occupent de cela", nous précise Ethan Coen.

    "Mais pour nous, cela correspond au travail de réalisation. Quand nous écrivons une scène, nous pensons déjà aux angles et au découpage. Et sur le plateau, nous pensons au montage. Pour nous, il s'agit d'un seul travail, pas de trois distincts."

    Universal Pictures International France
    Geraldine Wiswanathan, Margaret Qualley & Beanie Feldstein

    Si l’aspect très cartoonesque du long métrage vous a plu, sachez donc qu’il a très vite fait partie du projet. "Certaines des transitions les plus farfelues et cartoonesques étaient écrites dans le scénario", nous explique le réalisateur. "Pas toutes, mais nous savions que dans un tel film, les scènes s’enchaîneraient de la sorte."

    "Il nous fallait parfois savoir comment une scène commencerait et se terminerait", complète Tricia Cooke. "Ces plans étaient très spécifiques donc il fallait les notifier dans le scénario, ce qui constitue une grande partie du découpage. Il s’agissait de savoir, dès le début, comment passer d’une scène à l’autre. Mais cela faisait partie du processus d’écriture."

    3 - Une comédie haute en couleur

    Il n’y a pas que le montage qui est cartoonesque dans Drive-Away Dolls. Au croisement de la comédie, du road trip et du thriller, le long métrage assume pleinement son côté foutraque. Et on vous défie de ne pas rire en tentant de résumer le pourquoi du comment de l’intrigue policière dans laquelle les deux héroïnes se trouvent entraînées.

    Par moments, l’ensemble ressemble presqu’à une parodie de film de frères Coen, ce que compensent sa générosité, son humour, son duo (on en reparle bientôt) et le sentiment de voir un film rare, comme on en voit peu en ce moment : "Focus Features nous a incroyablement soutenus tout au long du processus en acceptant que l’on raconte aujourd’hui cette histoire qui n’avait pas pu être produite dans les années 2000", se réjouit Tricia Cooke.

    Cyril Moreau / Bestimage
    Ethan Coen & Tricia Cooke au Festival de Cannes 2022

    "Jamais ils n’ont semblé nerveux vis-à-vis du projet. La question de l’identité sexuelle des deux héroïnes n’a jamais été mise sur la table. Je n’ai même pas le souvenir qu’on en ait parlé. Ils ont juste dit qu’ils aimaient le scénario." Un script dans lequel l’influence des frères Coen est évidente, mais pas seulement.

    "Nous n’aurions pas pu faire ce film si John Waters n’avait pas fait les siens avant. C’est une vraie source d’inspiration. Il s’est lancé et a été très audacieux en faisant des films trash, aux mœurs légères et super transgressifs. Je ne sais s’il a été une influence directe de Drive-Away Dolls, mais il nous a peut-être inspirés dans le sens où quelqu’un l’a fait et nous donnait la possibilité de le faire aussi."

    Nous n’aurions pas pu faire ce film si John Waters n’avait pas fait les siens avant.

    "Ce genre de liberté que l’on retrouvait dans les films noirs de série B comme En quatrième vitesse", ajoute Ethan Coen. "Ces films d’exploitation excentriques qui nous soufflaient. Rapides et libres, un peu fous, avec quelque chose de rafraîchissant. Mais c’est plus rétrospectivement que l’on voit cela comme une influence."

    "On adore l’énergie de films tels que Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! ou ceux de Doris Wishman, dont la fraîcheur vient notamment du fait qu’ils sont faits rapidement Nous voulions retrouver cela sur le plateau, qu’il y ait le même désordre que chez eux", conclut Tricia Cooke sur cet aspect. Et cet esprit, on ne le retrouve pas que dans la mise en scène ou le montage.

    4 - Un duo génial


    Il y a eu Nicolas Cage et Holly Hunter dans Arizona Junior. Les tueurs joués par Steve Buscemi et Peter Stormare dans Fargo. Le Dude Jim Lebowski et Walter Sobchak. Les frères pas très malins de O’Brother. La liste est longue, mais chez les frères Coen, le casting est un art de vivre. Ce n’est pas avec Ethan que ça change, et préparez-vous à craquer pour Margaret Qualley et Geraldine Wiswanathan.

    Fille d’Andie MacDowell, la première n’est pas vraiment une inconnue, elle qui s’est illustrée chez Quentin Tarantino (Once Upon a Time… in Hollywood), Claire Denis (Stars at Noon) ou Yorgos Lanthimos (Pauvres créatures). Ceux qui n’ont pas vu la série Miracle Workers vont en revanche découvrir la seconde, attendue dans le Thunderbolts de Marvel en 2025.

    Universal Pictures International France
    Margaret Qualley & Geraldine Wiswanathan

    A elles deux, elles forment un duo comique redoutable et complémentaire. Car à l’énergie de Jamie (Margaret Qualley), toujours à la recherche d’un bar gay et d’une nouvelle conquête, répond le côté clown blanc de Marian et les expressions blasées de Geraldine Wiswanathan. Et leur alchimie est d’autant plus incroyable qu’elles n’ont pas auditionné ensemble.

    "Geraldine était à Los Angeles et Margaret est venue à New York depuis Paris, où elle tournait un film", raconte Ethan Coen. "Chacune a fait des lectures avec une autre actrice donc nous n’avons pas pu voir leur alchimie à l’œuvre avant de les avoir choisies. Nous aimons quand un acteur arrive et qu’il est immédiatement brillant, qu’il a compris le personnage et rend la scène instantanément géniale. C’est ce que nous avons ressenti avec elles."

    Nous aimons quand un acteur arrive et qu’il est immédiatement brillant, qu’il a compris le personnage et rend la scène instantanément géniale.

    "Margaret est très libre d’esprit", nous dit ensuite Tricia Cooke. "C’est l’énergie qui se dégage d’elle quand elle rentre dans une pièce. Elle est souple, bouge beaucoup, est très enjouée." "On peut dire la même chose de Geraldine", poursuit Ethan Coen. "Elle est aussi très facile, fraîche et amusante. Mais elle joue ce personnage coincé qu’elle a su rendre chaleureuse."

    Si vous aussi vous êtes sensible à la folle énergie qu’elle insufflent à ce Drive-Away Dolls, sachez que l’une d’elle retrouvera Ethan Coen et Tricia Cooke sous peu.

    5 - Ethan Coen et Tricia Cooke remettent bientôt le couvert

    "Nous sommes sur le point de commencer le tournage d’un autre film, le tournage début dans un mois", nous disent-ils lorsque nous leur parlons, en février dernier. A l’heure où Drive-Away Dolls sort dans les salles françaises, les prises de vues de Honey Don’t !, car c’est le titre, doivent être en cours.

    "Margaret Qualley tiendra le rôle principal et ce sera une autre série B lesbienne et trash. Ce sera une histoire policière dans laquelle elle jouera le détective Honey O’Donoghue qui essaye de résoudre une affaire. Chris Evans et Aubrey Plaza jouent aussi dans le film. Qui n’est pas une comédie. Mais vous pourrez toujours rire si vous en avez envie."

    Et nous serons au rendez-vous, sans doute en 2025, si le film ne sort pas d’ici la fin de l’année.

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 19 février 2024

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