"C'est extraordinaire, il y met toute son âme" : quand David Lynch était profondément ému en revoyant les images de ce chef-d'oeuvre absolu du cinéma
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

C'est un David Lynch bouleversé au point d'en avoir les larmes aux yeux, qui revoyait les images de l'un de ses films préférés: "La Vie est belle" de Frank Capra. Une vidéo rendue encore plus émouvante depuis la disparition du cinéaste le 15 janvier.

Peintre, plasticien, musicien, photographe, cinéaste bien sûr... David Lynch fut un artiste complet. Porteur d'un regard sombre, halluciné et souvent fantasmagorique sur les relations humaines et la réalité qui nous entoure, Lynch fut l'un des plus importants cinéastes du XXe siècle, dont l'oeuvre, qui ne ressemble à aucune autre, a profondément influencé quantité d'artistes, bien au-delà de la seule sphère cinématographique.

"J'entends et je lis souvent le mot “visionnaire” de nos jours - il est devenu une sorte de description fourre-tout, un autre élément de langage promotionnel. Mais David Lynch était vraiment un visionnaire - en fait, le mot aurait pu être inventé pour décrire l'homme et les films, les séries, les images et les sons qu'il a laissés derrière lui" commentait Martin Scorsese, à l'annonce du décès de Lynch, survenu le 15 janvier, à l'âge de 78 ans. "Il a mis à l'écran des images qui ne ressemblaient à rien de ce que nous avions déjà vu - il a tout rendu étrange, troublant, révélateur et nouveau. Et il était absolument intransigeant, du début à la fin. [….]"

"Frank Capra était vraiment un des plus grands"

A l'aune de ces considérations, il est d'autant plus émouvant de revoir Lynch bouleversé -au point même d'en avoir les larmes aux yeux- en revoyant des images d'un chef-d'oeuvre du 7e Art qu'il adorait : La vie est belle de Frank Capra.

"C'est incroyable... Frank Capra était l'un des plus grands. Ce film a été fait en 1946 je crois, et James Stewart avait fait la guerre durant plusieurs années. Quand il en est sorti, il ne savait pas s'il pourrait reprendre son métier. Et ce film est arrivé. Il fait quelque chose dedans qui est... [...] Il y a un moment dans le film où il prononce le mot "Mary" [NDR : le prénom de sa femme dans le film, merveilleusement incarnée par Dona Reed]... C'est extraordinaire. La manière dont il le dit, il y met toute son âme... Il est tellement extraordinaire dans ce film. Frank Capra était vraiment un des plus grands cinéastes".

Totem absolu des films de Noël, vénéré par les Américains, La Vie est belle est une oeuvre en tout point admirable, profondément émouvante, qui s'ouvre par la tentative de suicide de son héros principal. Un homme qui fait aussi le sacrifice de sa vie au bénéfice de tous les autres. Qui sacrifie ses études, ses envies de voyager dans le monde, tous ses rêves d’explorateur… Pour au final demeurer l’explorateur de sa ville.

Mais c’est un bâtisseur de ville, -la sienne- avec ses logements bon marché pour les défavorisés et les plus pauvres. Lui qui se rêvait être un visiteur du monde est en fait un bâtisseur de monde qui s’ignore. Une métaphore absolument sublime, extraordinaire, dont la force du propos reste totalement intacte 77 ans après sa sortie.

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