Un casting de fidèles…
Maria n’est plus toute jeune et aide des personnes plus âgées qu’elle. Tirant le diable par la queue, elle ne se résout pas à sa précaire condition et, par-ci par-là, vole quelques euros à tous ces braves gens dont elle s’occupe avec une dévotion extrême… et qui, pour cela, l’adorent… Pourtant une plainte pour abus de faiblesse conduira Maria en garde à vue…
C’est au cœur de l’Estaque à Marseille que prend place le récit de La Pie voleuse. Après l’émouvant Les Neiges du Kilimandjaro (2011) et le tout aussi touchant Et la fête continue ! (2023), le réalisateur Robert Guédiguian réunit de nouveau et dans les mêmes environs de la cité phocéenne ses acteurs favoris.
2024 - Agat Films
Se réinventent ainsi à l’écran le génialissime duo formé par Ariane Ascaride (Les Chatouilles, Interdit aux chiens et aux Italiens) et Jean-Pierre Darroussin (Le Bureau des Légendes, Je verrai toujours vos visages), mais aussi presque tous les autres membres du casting tels que Gérard Meylan (La French), Grégoire Leprince-Ringuet (Une année difficile), Robinson Stévenin (Le Roman de Jim), Jacques Boudet (Little Girl Blue) ou encore Lola Naymark (Le Tigre et le Président).
L’équipe du film a été accueillie dans une ambiance presque familiale : Robert Guédiguian, qui avait notamment réalisé son premier long métrage et d’autres de ses films à l'Estaque, explique faire aujourd’hui du cinéma pour les habitants de ce quartier dans lequel il a tant tourné.
… et des vues imprenables !
“Michel Vandestien [chef décorateur de la plupart des films de Robert Guédiguian, décédé en 2024] disait "les décors ne sont pas de la décoration". Ils signifient, ils évoquent, ils suggèrent, explique le cinéaste. Par exemple, la maison de Maria et Bruno devait raconter leur longue histoire d’amour, de chômage et d’endettement. Ils n’ont pas compris que le capitalisme était une machine à rêves bidons, des rêves non à vivre mais à consommer pour alimenter la course au profit, à la croissance… Tout à crédit : un salon, un canapé, une petite piscine, jolie et rafraîchissante pour l’été. Mais ils ne parviennent plus à l’entretenir, et l’eau stagne comme leur vie.”
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Pourtant, malgré la pauvreté du couple, il reste un invariant à l’Estaque : la vue est sublime. Les différentes classes sociales coexistent dans des maisons face à la mer. Robert Guédiguian explique d’ailleurs avoir lui-même grandi dans un appartement de 30m² sans toilettes, mais avec un balcon qui offrait un point de vue infini sur l’océan.
Une voleuse généreuse
Maria est un personnage généreux qui se donne entièrement aux autres. Dans toute sa bonté, elle réalise des heures supplémentaires qu’elle ne fait jamais payer. Parfois, elle se permet de voler à ses employeurs quelques euros mais toujours de manière mesurée afin que cela ne soit une gêne pour personne. Si elle garde bonne conscience malgré ses petits larcins, cela dénote d’un petit grain de folie sans gravité, rendant son personnage d’autant plus attachant.
Bienveillante avec les autres, elle ne s’oublie pas pour autant ! Maria aime les petits plaisirs de la vie. Parmi eux, manger des huîtres en écoutant des concerts de Rubinstein. A travers Maria, Robert Guédiguian revendique l’idée que la vie ne peut se réduire seulement au nécessaire.
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Avec La Pie voleuse, le cinéaste livre un portrait saisissant des contradictions humaines. Il affirme que tout le monde a droit au plaisir et qu’un accès à la beauté est essentiel : “Dans le passé, j’ai étudié les négociations à la création du Smic entre le patronat et les syndicats. Ces négociations étaient horribles parce qu’afin de déterminer un montant minimum, était discuté ce qui était nécessaire ou pas aux travailleurs. [...] Toute idée de culture ou de sport n’existait pas comme nécessaire. C’est tout à fait édifiant. Inconsciemment, Maria agit en anarchiste. Les couches moyennes devraient se montrer davantage solidaires envers les plus pauvres.”
Jusqu'où peut-on aller pour préserver un peu de bonheur ? La Pie voleuse explore les luttes et rêves d'un quotidien modeste avec sensibilité. Le film est à découvrir en salle dès maintenant.