En 1943, un régiment anglais interné dans un camp de prisonniers en Birmanie est affecté a la construction d'un pont en pleine jungle. Après s'être opposé à ce projet, le colonel cède aux exigences japonaises. Il ignore que les Américains préparent le dynamitage du pont...
"Le film a réussi l'exploit de ramener de longues files de spectateurs devant toutes les salles où il était à l'affiche" s'enthousiasmait la Presse britannique, lors de la sortie du Pont de la rivière Kwaï, en 1957. A cette époque, le cinéma britannique, qui s'essoufflait à force d'exploiter des formules ressassées, -entre comédies ou drames psychologiques- qui avaient fait son succès dans les années 40, accueillait comme une bénédiction la très puissante oeuvre de David Lean.
Un spectaculaire virage
Rien ne prédestinait pourtant ce cinéaste, jusque-là surtout connu pour son cinéma intimiste et ses adaptations littéraires de Charles Dickens, à un coup d'éclat aussi magistral. D'autant plus que ses deux précédentes oeuvres, Chaussure à son pied et Vacances à Venise, n'avaient suscitées qu'un intérêt poli.
Certains esprits chagrins critiquèrent le virage du cinéaste, qui passa avec le Pont de la rivière Kwaï au grand cinéma d'aventure, populaire, spectaculaire, à la mise en scène ample et flamboyante. Un cinéma qu'il enchaînera avec Lawrence d'Arabie, le Docteur Jivago, La fille de Ryan ou son dernier film, La Route des Indes, qui sera quant à lui un échec commercial. Mais c'était un peu vite oublier combien David Lean était un conteur d'histoire hors pair, et que ses personnages sont souvent ambigües et absolument fascinants.
Alec Guiness, dans le rôle de sa vie
C'est le cas du Colonel Nicholson, joué par un admirable Alec Guiness qui trouve ici le rôle de sa vie, et qui pourtant ne souhaitait pas au départ jouer dans ce film, dont il trouvait que l'histoire était trop anti britannique, avant (et heureusement) de se raviser. L'acteur est tout entier au service d'une puissante étude de caractères, doublée d'une analyse psychologique nuancée et complexe. Il faut porter au crédit de Lean ce refus de tout manichéisme réducteur, qui fait de l'ennemi japonais une sorte d'entité abstraite. Ce qui intéresse le cinéaste, c'est la confrontation entre deux cultures, deux conceptions de la vie diamétralement opposées.
Couronné par 7 Oscars dont celui du meilleur film, Le Pont de la rivière Kwaï fait partie de ces oeuvres multi-rediffusées, et qu'on finit toujours par revoir indéfiniment, avec un bonheur jamais entamé. Et de siffler, in fine, ce célébrissime air, "la marche du colonel Bogey", ancré dans toutes les mémoires...