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Une distribution des plus électrisantes
Paris, 1928. Antoine Balestro (Pio Marmaï), jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand (Gilles Lellouche), son galeriste. Un soir d'ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne (Anaïs Demoustier), une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l'inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…
Après Hors de Prix ou encore En Liberté !, lauréat du prix SACD à la Quinzaine des cinéastes en 2018, Pierre Salvadori poursuit son exploration du genre comique avec La Vénus électrique, qui ouvrait cette année la 79e édition du Festival de Cannes. Auteur incontournable du genre, le cinéaste porte pour la première fois sur grand écran une fable d’époque dans le Paris bouillonnant de 1928, fourmillant de modernité, où les illusions circulent aussi librement que les émotions. Sans jamais abandonner son goût pour l’absurde et le décalage, Pierre Salvadori signe cette fois une comédie plus trouble, dans laquelle les sentiments deviennent des terrains de jeu instables.
De cette étude affective découle une œuvre bouleversante, où les personnages se retrouvent tiraillés entre sacrifice et intérêt, entre manipulation et abandon. L’amour y apparaît moins comme une évidence que comme une construction fragile, toujours susceptible de vaciller. Et pour donner corps à cette exploration du cœur, le cinéaste s’est entouré d’une distribution aussi prestigieuse que touchante. Tour d’horizon de ces personnages hauts en couleurs, qui illuminent le grand écran.
Pio Marmaï est Antoine
Diaphana
Peintre endeuillé par le décès de sa bien aimée, dont il se croit responsable, Antoine est rongé par la culpabilité. Il n’a plus de désir, ni celui de vivre, ni celui de mourir : Antoine survit plus qu’il ne vit, végète, boit, et semble avoir perdu tout son courage. Lorsqu’il fait la rencontre de Suzanne, qu’il prend pour une voyante, il retrouve peu à peu une forme d’espoir, ravivé par la possibilité de communiquer avec sa défunte compagne, Irène. Dès lors, chaque rendez-vous avec Suzanne – et donc avec Irène – se révèle être une source de joie et d’inspiration. Petit à petit, il retrouve le goût de la peinture, et même celui de la vie, comme si une brèche s’ouvrait enfin dans sa posture de deuil figée.
Après Dans la cour, En liberté ! et La Petite bande, Pio Marmaï passe une nouvelle fois devant la caméra de Pierre Salvadori avec La Vénus électrique, prêtant ses traits à Antoine, auquel il insuffle une grande innocence ainsi qu’une poésie inspirante. “Pio a un merveilleux sens du rythme et de la comédie. Il a un tel goût du langage, un tel appétit de jeu et une telle intensité, il donne tellement qu’on se sent parfois comme en dette, c’est très stimulant”, confie le réalisateur. Nommé cette année aux César en tant que meilleur acteur pour L’Attachement – long-métrage récompensé de trois prestigieuses statuettes –, où il jouait déjà un homme endeuillé, Pio Marmaï confirme ici son talent pour incarner des personnages touchants, envahis par de profondes émotions.
Anaïs Demoustier est Suzanne
Diaphana
Jeune saltimbanque en quête d’une vie meilleure, Suzanne apparaît comme une figure emblématique du Paris des années 20, à la fois magnétique et insaisissable. Tandis qu’elle s’offre au public dans une forme de voyeurisme presque malsain, en “Venus Electificata”, exposée à la brutalité masculine de l’époque, à la violence sociale et à la mécanisation des corps, Suzanne manipule aussi avec les croyances, l’occultisme et les illusions à sa guise pour troubler les esprits. Lorsqu’elle rencontre Antoine, elle perçoit immédiatement la possibilité d’une nouvelle expérience, qui pourrait lui permettre de se sortir de la misère, de réinventer sa trajectoire et peut-être même de découvrir l’amour. Entre fascination et stratégie, Suzanne s’ouvre à cette relation comme à une échappatoire aussi incertaine que vertigineuse.
Rencontre merveilleuse et évidente pour le réalisateur, Anaïs Demoustier incarne à merveille le rôle ambigu de Suzanne. Particulièrement précise dans son jeu, elle apporte des touches d’humour à son personnage, ainsi qu’une grande profondeur émotionnelle, une justesse constante et une présence très incarnée. Lauréate en 2020 du César de la meilleure actrice pour son rôle dans Alice et le maire, la comédienne confirme ici sa grande facilité à naviguer entre légèreté et intensité dramatique dans un même rôle, offrant à Suzanne une humanité mouvante et attachante.
Gilles Lellouche est Armand
Diaphana
Acteur émérite et reconnu (Pupille, Bac Nord, Je verrai toujours vos visages) mais aussi brillant réalisateur, notamment du succès L’Amour ouf (cinq millions de spectateurs en salle), Gilles Lellouche s’impose dans le paysage cinématographique contemporain comme une figure incontournable. Spectaculaire de justesse sans jamais vampiriser l'œuvre, “quel que soit le genre du film, il est de ces comédiens qui amènent toujours quelque chose”, soutient Pierre Salvadori.
Dans La Vénus électrique, Gilles Lellouche incarne le personnage d’Armand, marchand d’art et ami d’Antoine. Être sentimental et paradoxal – presque incapable de se séparer des œuvres qu’il vend – Armand s’impose comme une figure touchante, stupéfaite qu’on puisse l’aimer. Afin d’aider son fidèle ami, il noue un pacte avec Suzanne, pour permettre à Antoine de retrouver espoir et de se remettre à peindre. Au travers de ce personnage sensible et doux, le réalisateur interroge la nature d’une amitié sincère, bien que fragilisée par les épreuves de la vie.
Vimala Pons est Irène
Diaphana
Irène représente l’épouse disparue, figure absente pourtant moteur de toutes les actions des personnages. Lorsqu’elle croise le chemin d’Antoine, au tout début des années 20, elle accepte de poser pour lui : Irène est modèle, sans pour autant être une muse. Si cette dernière semble habitée par une colère et une envie de sortir de sa condition miséreuse, Irène agit en réalité comme une enchanteresse, éveillant les autres personnages à leur destin et leur dévoilant des possibilités insoupçonnées. C’est aussi elle qui, de loin, souffle à Suzanne qu’une autre façon de vivre est possible…
Récompensée cette année du César de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa prestation bouleversante dans L’Attachement, Vimala Pons retrouve ici son partenaire de jeu Pio Marmaï. La comédienne dégage une forme de fantaisie et une certaine mélancolie, et impressionne par sa liberté de jeu, tout en laissant constamment affleurer une tension quasi-existentielle. Déjà remarquable dans le registre comique (Comme un avion, Le Beau rôle, Mikado) elle habille son personnage d’une délicate poésie, d’une grande douceur mais aussi d’une volonté affirmée et d’un décalage singulier.
Gustave Kervern est Titus
Diaphana
Patron de Suzanne, Titus souhaite que son marché fonctionne, et n’hésite pas à prodiguer de nombreux conseils à sa Venus Electrificata pour qu’elle séduise au mieux les clients. Dans une logique à la fois commerciale et teintée d’un idéal artistique presque naïf, Titus ne désire qu’une chose : offrir des émotions et sensations fortes à ses spectateurs.
Récompensé à plusieurs reprises en tant que réalisateur (Le Grand soir, Je ne me laisserai plus faire) Gustave Kervern, féru de comédie, apporte à son personnage une bonhomie singulière et une ironie douce-amère, fidèles à son univers.
Madeleine Baudot est Camille
Diaphana
Fidèle amie de Suzanne, Camille est sa grande confidente. Partageant sa roulotte avec elle, elle rêve elle aussi d’une vie meilleure et aspire à sortir de la pauvreté. Oreille attentive, elle adore les histoires d’amour et n’hésite pas à conseiller son amie et à la défendre en toutes occasions, agissant comme un point d’ancrage émotionnel dans cet environnement instable.
Ayant déjà donné la réplique à Pio Marmaï dans L'Événement, ou encore dans la comédie Cash, Madeleine Baudot apporte à l’ensemble du projet une énergie positive et vibrante. À l’écran, elle insuffle une fraîcheur constante, faite de spontanéité et d’enthousiasme, qui apporte à l'œuvre une douceur lumineuse, contrastant avec la gravité de certaines trajectoires.
En salle cette semaine, La Vénus électrique entraîne les cinéphiles au cœur d’un Paris vibrant – entre illusions, sentiments troublés et élans d’espoir – aux côtés d’une galerie de personnages inoubliables, incarnés par une distribution étoilée.
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