Creed : pourquoi le discours de Stallone a-t-il fait polémique aux Golden Globes il y a 9 ans ?
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.
Co-écrit avec :
Olivier Pallaruelo

Récompensé aux Golden Globes en 2016 pour sa solide composition dans "Creed : L'Héritage de Rocky Balboa", diffusé ce soir sur TFX, Sylvester Stallone avait livré un émouvant discours, qui a pourtant créé une polémique...

Après avoir incarné le boxeur Rocky Balboa dans 6 longs-métrages, on pensait que Sylvester Stallone en avait terminé avec le personnage qui a fait sa gloire. 10 ans après avoir raccroché les gants dans le 6ème opus, Sly était de retour dans Creed !

Cette fois, le personnage principal se nomme Adonis Johnson, incarné par Michael B. Jordan. Ce dernier n'a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance.

Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d'être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa, que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D'abord réticent, l'ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter…

Creed - L'Héritage de Rocky Balboa
Creed - L'Héritage de Rocky Balboa
Sortie : 13 janvier 2016 | 2h 14min
De Ryan Coogler
Avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson
Presse
3,6
Spectateurs
4,1
Streaming

Le retour de Rocky

Pour sa performance dans la peau d'un Rocky vieillissant, distillant sa sagesse à Adonis, Sylvester Stallone a reçu une nomination à l'Oscar du Meilleur second rôle et remporté le Golden Globe dans la même catégorie. Une récompense inattendue, à commencer par l'intéressé, lui qui était depuis des décennies plutôt abonné aux nominations des Razzie Awards. C'est donc un Stallone ému et un peu sonné qui est monté sur scène pour reçevoir son prix en 2016.

Dans son discours de remerciements, il cite la presse étrangère, sa famille, son agent, le studio, les producteurs historiques de la saga Rocky, Irwin Winkler et Robert Chartoff, "qui avait carrément hypothéqué sa propre maison pour parier sur un acteur balbutiant, m’offrant la chance de ma vie".

Et, peut-être le plus important, il remercie son "ami imaginaire Rocky Balboa" à qui il doit toute sa carrière, et dont le cheminement personnel, moments douloureux inclus, s'est plus d'une fois confondu avec son alter ego cinématographique. Comme Rocky, Sly s'est fait tout seul. Une séquence incroyablement émouvante donc.

Warner

Une injuste controverse

Oubli bien malheureux : il ne fait aucune mention de Ryan Coogler, qui lui avait écrit le rôle pour ce Creed, et réalisateur du film. Un oubli qui n'avait pas échappé aux réseaux sociaux qui se sont enflammés, à commencer par les stars afro-américaines comme Samuel L. Jackson ou Ava DuVernay.

"Bon, eh bien je vais remercier Ryan Coogler et Michael B. Jordan puisque personne d’autre le fait. Merci mes frères. Beau travail", avait twitté la réalisatrice.

De manière assez perfide, le Hollywood Reporter avait écrit un article en titrant : "Sylvester Stallone critiqué pour avoir oublié le réalisateur noir de Creed". Avec un tel titre, le magazine laissait entendre que l'oubli de Stallone était dû au fait que le réalisateur était noir.

Vu le degré particulièrement inflammable du sujet aux Etats-Unis, c'est un titre malhonnête, même si le média précise quand même que Sly corrigera le tir en revenant sur scène durant la coupure publicitaire pour réparer le préjudice moral.

Il est assez inconcevable d'imaginer que Stallone n'ait sciemment pas remercié Coogler en raison de sa couleur de peau. D'autant plus que son film Creed n'aurait jamais pu se faire sans le soutien et la participation de Sly. Une polémique de plus dans la mare hollywoodienne dont elle a toujours le secret...

Preuve que cette polémique n'avait pas lieu d'être : Stallone reprendra son rôle de Rocky dans la suite, Creed 2 (2019). Malheureusement, il ne sera pas présent dans le 3ème opus de la franchise, Michael B. Jordan ayant repris les rênes à la réalisation, il a préféré s'émanciper de l'aura de son illustre mentor.

Creed II
Creed II
Sortie : 9 janvier 2019 | 2h 10min
De Steven Caple Jr.
Avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson
Presse
2,9
Spectateurs
3,9
Streaming

S'émanciper de Rocky

"Je sais que Sly a révélé qu'il ne reviendrait pas pour Creed 3 mais vous savez, il y aura toujours l'esprit et l'essence même de Rocky dans cette saga. Il y aura toujours un peu de Rocky dans Adonis Creed", a indiqué Michael B. Jordan au micro d'IGN en avril 2021.

"Toutefois, c'est une franchise Creed", a-t-il poursuivi, "Nous voulions vraiment construire cette histoire et cet univers autour d'Adonis pour lui permettre d'aller de l'avant, de s'émanciper." De son côté, Sylvester Stallone n'était pas très fan de la direction prise par Michael B. Jordan. Interrogé par The Hollywood Reporter en novembre 2022, l'Etalon Italien n'a pas mâché ses mots concernant le projet.

Creed III
Creed III
Sortie : 1 mars 2023 | 1h 57min
De Michael B. Jordan
Avec Michael B. Jordan, Tessa Thompson, Jonathan Majors
Presse
2,7
Spectateurs
3,5
Streaming

Selon l'interprète de Rocky, Jordan emmène la saga dans un "espace sombre", prenant un chemin très différent de la manière dont il perçoit les personnages de la franchise. "Jamais je ne regarderai Creed 3. C'est le coup classique. Ils picorent quelques aspects de Rocky par-ci par-là sans même me demander mon avis ou si je veux en être", a déploré Stallone, faisant aussi référence à l'annonce du spin-off sur Drago, annoncé en développement à l'époque.

Furieux contre les ayants droit de la licence Rocky, Stallone est en conflit ouvert avec eux. "Je ne suis pas producteur délégué des films Creed. Ryan Coogler et Michael B. Jordan le sont. Les enfants d'Irwin Winkler et Robert Chartoff le sont. Pas les miens. Je suis le seul laissé pour compte", avait confié Sly avec amertume.

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