Après Christopher Nolan, récipiendaire du César d'honneur en 2024, c'était au tour de Julia Roberts de recevoir cette distinction, qui plus est, l'année où la cérémonie tenait justement sa 50e édition. Une actrice iconique, dont la carrière est certes en dents de scie, où l'excellent côtoie le nettement moins bon, mais à la longévité certaine, et dont la cote de popularité auprès du grand public ne s'est jamais démentie depuis près de 40 ans.
En amont de la cérémonie, sur le tapis rouge, la comédienne a été interrogée par Canal+ sur son film français préféré. Forcément... Mais sa réponse est plutôt étonnante. Elle a cité non pas un long métrage, mais un court expérimental culte, signé par Claude Lelouch et daté de 1976 : C'était un rendez-vous.
D'une durée de 8 min et tourné en un seul plan séquence, filmé à l'aide d'une caméra gyrostabilisée fixée à l'avant d'une Mercedes 450 SEL V8, les spectateurs suivent dans ce court un bolide dans les rues désertes de Paris, à la pointe du jour.
On a longtemps cru que c'était un très fameux pilote émérite de course, Jacques Laffite, qui conduisait la voiture. Mais il s'agissait bien du cinéaste, qui a admis ne pas avoir eu d'autorisation de filmer le court, et reconnaîtra même avoir atteint les 200 km/h dans la longue ligne droite de l'avenue Foch, mesurant un peu plus d'un kilomètre.
A quoi ca ressemble ? A ca ! Le résultat est assez hypnotique, notamment car le bruit du moteur est en réalité celui d'une Ferrari 275 GTB, qui a été ajouté en post-production.
"Ce film symbolise ma vie"
Lelouch se fera convoquer par le préfet de Police peu après le tournage, vu le nombre d'infractions relevées (plus d'une dizaine de feux rouges grillés, déjà !). "Ce film témoigne de ma folie de l’époque" expliquait le cinéaste au début des années 2000. "Il symbolise ma vie en fait : pour réaliser ce court, j’ai bravé beaucoup d’interdits, comme je l’ai souvent fait dans ma vie".
Ce court fut d'ailleurs disséqué par le regretté John Frankenheimer pour réaliser la fameuse poursuite de son film Ronin, sorti en 1998. Mais aussi, plus récemment, par le réalisateur Christopher Mcquarrie, qui a avoué s'en être inspiré pour la séquence parisienne de Mission : Impossible – Fallout, où Tom Cruise tente de distancer ses assaillants à moto.