Cette actrice fut une des gloires du cinéma muet avec plus d'une centaine de rôles, et son destin est tragique
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Créditée de plus d'une centaine de rôles en vingt ans de carrière à peine, Marie Prevost fut l'une des gloires du cinéma muet. Mais des déboires professionnels doublés de circonstances familiales tragiques scelleront un destin funeste...

L'Histoire du cinéma est constellée d'exemples de parcours et destins singuliers de ses talents gravitant dans sa galaxie, avec hélas, pour certains et certaines, un dénouement absolument tragique. Du premier âge d'or d'Hollywood, la postérité s'est largement chargé de graver dans le marbre les noms de Charles Chaplin, Harold Lloyd, Buster Keaton, David W. Griffith, Lillian Gish, Mary Pickford, Gloria Swanson, Theda Bara, Clara Bow, et tant d'autres...

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L'arrivée du cinéma parlant, en 1927, entraîna dans son sillage le déclin prononcé de nombreuses gloires et déesses du muet : Billie Dove, Colleen Moore, Corinne Griffith, Norma Talmadge... Et Marie Prevost, actrice totalement oubliée aujourd'hui, qui fut pourtant une des plus fameuses étoiles hollywoodiennes dans les années 1920. En l'espace de 20 ans, elle fut créditée sur pas moins de 120 rôles. Mais qui s'en souvient encore ?

Un talent comique naturel

Née Marie Bickford Dunn à Sornia, dans la province de l'Ontario, au Canada, le 8 novembre 1898, Marie Prevost est la fille d'un père exerçant le métier de conducteur de train, décédé en 1904, asphyxié par les émanations d'une locomotive à vapeur dans un tunnel ferroviaire à Sarnia. Sa mère se remarie avec un dénommé Frank Prevost, avant d'emmener la famille pour s'installer d'abord à Denver, dans le Colorado, puis à Los Angeles, en Californie.

Exerçant le métier de secrétaire, Marie est découverte alors qu'elle visite un plateau de tournage et est prise par erreur pour une actrice, au point d'être intégrée dans une scène. Mack Sennett remarque chez elle un talent comique naturel, et l'engage pour 15 dollars par semaine. Sennett, qui vient d'une petite ville située près de Montréal, en fait une exotique "French girl", ajoutant Dunn à sa collection de "bathing beauties" sous le nom de scène de Marie Prevost.

"Avec ses cheveux châtain foncé et ses yeux bleus, ainsi que ses manières piquantes et provocantes, Marie était l'une des plus séduisantes et originales des Bathing Beauties" écrivit à son propos l'acteur Edwin Schallert, dans les colonnes du Los Angeles Times.

D.R.

Alors que sa carrière commence à décoller, Marie Prevost épouse secrètement Henry Charles "Sonny" Gerke en juin 1918, mais le couple se sépare peu après. Craignant une mauvaise publicité qui aurait pu jeter l'opprobre sur sa carrière, Prevost garde son mariage secret jusqu'en 1923. L'année suivante, elle convole en seconde noce avec l'acteur Kenneth Harlan. Son mariage est alors présenté par les potins mondains comme "la romance hollywoodienne de l'année". Elle ne dure guère longtemps : séparé en 1927, le couple divorce en 1929.

En 1921, Marie Prevost quitte les studios Keystone de Mack Sennett, pour signer un contrat chez Universal, pour 1000 dollars par semaine. Une somme énorme pour l'époque. Couvée des yeux par le producteur Irving Thalberg qui veut faire d'elle une star, il la fait notamment tourner dans The Moonlight Follies en 1921, et Kissed, l'année suivante.

C'est également en 1922 qu'elle passe sous contrat avec la Warner, où elle est encore mieux payée (1500 $ par semaine) et connait alors une carrière florissante, devenant même l'actrice fétiche d'Ernst Lubitsch, qui la sollicite dans trois comédies : Comédiennes (1924), Trois femmes (1924) et Ma femme et son flirt (1925).

La descente aux enfers

Au début de l'année 1926, la Warner décide de ne pas renouveler le contrat de Marie Prevost, ainsi que celui de son mari, Kenneth Harlan, également sous contrat avec le studio. Peu de temps après avoir été remerciée, l'actrice perd sa mère dans un accident de voiture survenu au Nouveau Mexique, en février 1926.

C'est à ce moment que les problèmes d'alcoolisme de l'actrice commencent, pour ne jamais s'arrêter. Au contraire. Pour noyer son chagrin et sa dépression, elle se jette à corps perdu dans le travail, multipliant alors les rôles, guère fameux, hormis quelques exceptions.

En 1928, Howard Hughes lui offre le rôle principal dans The Racket de Lewis Milestone, qui sera le dernier rôle principal de la comédienne. Cecil B. DeMille lui donne un rôle dans son dernier film muet, Les Damnés du coeur. Malgré la trentaine de rôles qui suivront, jusqu'en 1936, la suite de sa carrière sera condamnée à l'obscurité. Des rôles très secondaires, bien loin de ses débuts flamboyants.

Marie Prevost dans D.R.
Marie Prevost dans "Only Yesterday", en 1933

En 1934, sa situation financière est dramatique. Déjà, en 1929, à l'époque du Krach, Marie Prevost a le malheur de perdre sa fortune, comme tant d'autres, engloutie dans les abîmes de la Grande Dépression. Une précarité aggravée aussi par des problèmes de troubles alimentaires, et un alcoolisme toujours plus important.

Marie Prevost meurt le 21 janvier 1937. Mais son corps n'est découvert que deux jours plus tard, alors que des voisins se plaignent des aboiements de son chien. Sur place, les enquêteurs découvrent de nombreuses bouteilles d'alcool vides, ainsi qu'un billet à ordre pour Joan Crawford d'un montant de 110$.

Le temps des fastes où la comédienne avait possédé jusqu'à trois maisons est déjà bien loin. Elle n'a même pas 40 ans. "Dans un petit appartement d'Hollywood, la mort mit fin à la vaine tentative de Marie Prevost de retrouver sa gloire cinématographique perdue" lâcha une dépêche de l'Associated Press. "Le docteur Frank N. Webb, médecin légiste adjoint du comté, a déclaré qu'un examen post-mortem indiquait l'alcoolisme aigu comme cause du décès".

"Le teckel avait survécu en transformant sa maîtresse en hachie"

Dans son édition du dimanche, le Los Angeles Times fit de cette macabre découverte sa Une. "Son corps, apparemment sans vie depuis deux jours, fut découvert habillé et face contre le matelas d'un lit pliant. Son teckel, Maxie, gémissait à côté, et des marques de dents sur le corps de l'actrice suggéraient que l'animal avait tiré sur sa maîtresse pour essayer de la ranimer" écrivit le journal.

Les années passent et l'actrice est largement oubliée. Jusqu'à ce que son souvenir soit ravivé, de manière assez infâmante d'ailleurs, par Kenneth Anger, dans son ouvrage culte et trash Hollywood Babylone, publié aux Etats-Unis en 1959. L'auteur (et acteur) n'hésite pas à travestir les faits, que ce soit sur l'adresse de la malheureuse, la couleur des cheveux, ou même la découverte du corps...

"John Gilbert fut imité par Marie Prevost, une autre star du film muet avec quelques difficultés "vocales". Ses airs romantiques juraient avec son parler coin-coin du Bronx, et la blonde Marie noyait son chagrin dans le bourbon. Ils se livrèrent à une course à la mort par l'alcool, que John "remporta" en 1936. Marie traîna jusqu'en 1937, quand son cadavre à moitié dévoré fut découvert dans son appartement sinistre de Cahuenga Boulevard. Le teckel avait survécu en transformant sa maîtresse en hachie".

Son commentaire était rapporté au-dessus d'une photo macabre de la star de cinéma décédée, allongée face contre terre dans son lit. La légende de la photo tenait en deux mots : "Le dîner du chien"... A son décès, la malheureuse ne laissa que 300 $ sur son compte bancaire. Le solde de tout compte d'une fin de vie tragique. La postérité s'est finalement rappelé à son bon souvenir : en février 1960, elle fut honorée d'une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, pour sa contribution au cinéma.

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