Premier film puissant, The Plague plonge au cœur de la peste du harcèlement à Cannes 2025
Yoann Sardet
AlloCinéen pendant 25 ans, Rédacteur en chef de 2003 à 2025 - Fan de SF et chasseur de faux raccords et d’easter-eggs, cet enfant des 80’s / 90’s découvre avec passion, avidité et curiosité tous types de films et séries.

Présenté dans la section Un Certain Regard, en marge de la compétition pour la Palme d'Or, "The Plague" de Charlie Polinger explore les jeux de pouvoirs entre ados dans un camp d'été de water-polo.

Spooky Pictures

Une standing ovation de cinq belles minutes, une émotion palpable chez le réalisateur et scénariste Charlie Polinger et ses jeunes comédiens, un premier film convainquant : The Plague, première entrée américaine de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2025, a frappé fort et juste.

The Plague
The Plague
De Charlie Polinger
Avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan
Sortie le 3 juin 2026

"Pour moi, l’âge de 12 ans ressemblait à un enfer d’anxiété sociale"

"La Peste" du titre n'évoque en rien le chef d'oeuvre d'Albert Camus, mais une maladie imaginaire contagieuse (de simples problèmes de peau adolescente) qui sert de prétexte à un groupe de jeunes hommes dans le cadre d'un camp de water-polo pour marginaliser l'un des leurs. Pestiféré, lépreux, intouchable : il se retrouve isolé au sein de l'équipe, que ce soit dans l'eau, dans les vestiaires, dans les dortoirs, dans le réfectoire ou lors de sorties nocturnes. Un indésirable qu'on découvre à travers les yeux de Ben (formidable Everett Blunck), un petit nouveau qui va d'abord jouer le jeu de la meute avant de retrouver un peu d'humanité... et de devenir à son tour "La Peste".

Kenny Rasmussen, Charlie Polinger, Kayo Martin et Joel Edgerton à Cannes 2025 JACOVIDES-MOREAU / BESTIMAGE
Kenny Rasmussen, Charlie Polinger, Kayo Martin et Joel Edgerton à Cannes 2025

"De nombreux films consacrés au passage à l’âge adulte, en particulier aux garçons, penchent du côté de la comédie ou de la nostalgie", explique Charlie Polinger au site officiel du Festival. "Mais pour moi, l’âge de 12 ans ressemblait davantage à un enfer d’anxiété sociale. J’ai voulu plonger le spectateur dans l’espace mental volatile et hyper-intense d’un préadolescent névrosé : la dynamique de groupe, les hiérarchies sociales, la masculinité et la cruauté, la façon dont le pouvoir mute dans un système fermé comme un camp de sport".

La peste du harcèlement

Il y a du Full Metal Jacket (comment ne pas voir en Eli un jeune "Baleine") dans l'ADN de The Plague. Du It Follows, aussi, alors que la frontière entre "jeu" et réalité se floute et que la peste, illustrée à l'écran par les éruptions cutanées évoquant une dermatite, n'est peut-être qu'une métaphore de ce que provoque la toxicité de groupe. Derrière leurs gueules d'ange, le harceleur en chef Kayo Martin et sa bande se transforment en tortionnaires de plus en plus cruels. Alors que le monde des adultes incarné par Joel Edgerton (également producteur), malgré sa bienveillance, semble dépassé, impuissant voire aveugle.

Spooky Pictures

Au-delà de sa forme, avec des séquences sous-marines fascinantes et un intéressant travail sur le son et la bande originale, le film a aussi l'intelligence de situer son intrigue en 2003. Il est d'ailleurs tiré des propres journaux personnels tenus par le réalisateur pendant un camp d'été à cette époque.

Ici, pas de smartphones ni de réseaux sociaux, terreaux fertiles pour le harcèlement ces dernières années : dans The Plague, les dynamiques se jouent directement entre ados par des regards, des silences, des moqueries, des chaises qui s'éloignent, des dos qui se tournent, des humiliations... Et elles interrogent ce que chacun.e pourrait être prêt à faire pour être intégré.e au groupe et à sa dynamique de pouvoir, quitte à rabaisser, moquer ou ignorer l'autre. Ou à se renier soi-même. C'est finalement celle-là, la vraie peste qui contamine.

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