Le formidable premier film de la saga Rambo signé Ted Kotcheff et sorti en 1982, mettait en scène l'émouvante histoire de l'ex béret vert revenant du Viêtnam et redevenu simple civil, incapable de se réinsérer dans une société qu'il ne comprenait plus et qui l'avait marginalisé.
D'une première oeuvre sensible et vraiment puissante, qui ne dédaignait pas pour autant les morceaux de bravoure, Rambo II faisait table rase de toute considération psychologique à peine trois ans plus tard. Sous la houlette de George Pan Cosmatos, Rambo devenait une machine à tuer prête à rempiler pour aller sauver les copains restés prisonniers au Viêtnam.
La franchise déclinera singulièrement au fur et à mesure que les épisodes sortiront... A l'exception sans doute de John Rambo signé par Sylvester Stallone lui-même en 2008, dont il estimait d'ailleurs en 2022 que c'est son meilleur film d'action.
"On a essayé de racheter les droits et de brûler les négatifs"
Invité dans l'émission de l'animateur Howard Stern en mars 2005, Stallone racontait une savoureuse anecdote -et assez incroyable- à propos du premier film Rambo : il fut absolument horrifié du tout premier montage du film, qui durait 3h.
Rappelant qu'à la base, Rambo est au coeur d'un roman écrit par David Morell et publié en 1972 sous le titre First Blood, il faudra attendre dix ans supplémentaires avant de le voir incarné. La faute à la quantité astronomique de versions de scripts qui circula, soit 18 (!), et les allers / retours incessants des droits entre les mains de différents studios.
"Je vous jure sur la tête de mes enfants qu'on a essayé de racheter les droits et de brûler les négatifs" lâche Stallone face à une assistance médusée. "À l'origine, il durait trois heures. Je suis resté une heure et demie dans les bois à poursuivre des types. Je veux dire, et en plus je pontifiais tout au long du film".
Il enchaîne : "j'ai suggéré de couper tous mes dialogues. Chaque ligne, en faisant en sorte que les autres parlent du personnage" [...] Au passage, dans la plupart des grands films, les personnages principaux parlent peu. On est passé de 3h à 1h38".
Un montage qui divisera donc par deux la durée du film, mais qui n'amoindrira absolument pas l'impact du film, bien au contraire. Si Rambo n'est finalement pas un personnage totalement mutique, comme le suggérait Sly, il travaille quand même beaucoup à l'économie de mots, soulignant puissamment sa solitude et son impossibilité à communiquer avec les autres en dehors du colonel Trautman, le seul qui le comprend vraiment. De quoi décupler la force de son monologue final, déchirant, avant de s'effondrer en pleurs dans les bras de celui qui veillait sur lui à la guerre.