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Révélée par Relic, premier long-métrage qui transformait la peur de la perte et du vieillissement en une expérience profondément troublante, la cinéaste Natalie Erika James continue d’explorer les zones les plus intimes de l’angoisse. Après un passage par l’univers surnaturel avec Apartment 7A, préquel du classique Rosemary’s Baby, la réalisatrice australienne revient avec Saccharine, un nouveau cauchemar où l’obsession du corps devient source de terreur.
Hana, une étudiante en médecine mal dans sa peau, se met à consommer une étrange gélule pour perdre du poids, libérant une force surnaturelle qui envahit progressivement son quotidien…
Une descente aux enfers au réalisme troublant
La force de Saccharine réside avant tout dans la crédibilité de son récit, mais aussi dans celle de son héroïne. Hana s’éloigne en effet des figures habituelles du cinéma d’épouvante : elle n’est ni une simple victime, ni un personnage guidé uniquement par ses émotions. Brillante dans ses études, intelligente et profondément humaine dans ses fragilités, elle se révèle complexe, tiraillée entre lucidité et vulnérabilité.
Une nuance que Midori Francis porte avec justesse, livrant une interprétation habitée qui rend chacun de ses choix, même les plus extrêmes, étonnamment crédibles.
Mal dans sa peau et persuadée que quelques kilos en trop l’empêchent de s’épanouir, elle s’enfonce peu à peu dans une obsession destructrice : régimes miracles, défis minceur qui envahissent Instagram et promesses de transformations spectaculaires… Autant de solutions qui semblent fonctionner pour les autres, mais jamais pour elle.
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Sa vie prend un tournant inattendu lorsqu’elle recroise une ancienne amie. Autrefois obèse, celle-ci affiche désormais une silhouette métamorphosée et révèle à Hana le secret de sa perte de poids fulgurante : une mystérieuse gélule introuvable sur le marché et dont le prix exorbitant de 5 000 dollars laisse déjà planer quelques soupçons… Elle lui propose de constater ses effets par elle-même en lui offrant deux capsules.
Mais Hana n’est pas dupe et décide, avant de les avaler, d’analyser leur composition. Elle fait alors une découverte glaçante : ces gélules sont fabriquées à partir de cendres humaines. Une révélation qui aurait dû tout arrêter, mais qui ne fait au contraire qu’ouvrir la porte à quelque chose de bien plus inquiétant… Prête à tout pour poursuivre sa transformation, Hana commence alors à prélever secrètement des fragments d’os sur un cadavre lors de ses cours d’anatomie. Les kilos s’envolent et les résultats dépassent rapidement ses espérances. D’abord fascinée, puis euphorique face à sa métamorphose, Hana se laisse progressivement hanter par une présence inquiétante, portée par une faim insatiable qui menace peu à peu de dévorer sa propre existence…
Quand le body horror rencontre le film de fantômes
Là où Saccharine se démarque, c’est dans sa capacité à mêler les codes du body horror à des préoccupations profondément contemporaines. Natalie Erika James ne fait pas de la transformation physique un simple élément de scénario, mais bien une source permanente d’inconfort. Le corps d’Hana devient progressivement le reflet de ses obsessions, de ses frustrations et de sa quête maladive de perfection.
Le film s’approprie ainsi plusieurs codes emblématiques du genre : certaines séquences plongent dans une horreur physique viscérale, notamment lorsque Hana manipule et mutile le corps d’un défunt avec une froide détermination, à la fois au scalpel et à mains nues. D’autres jouent davantage sur le malaise psychologique, comme ces scènes où elle se gave de nourriture, filmées au ralenti : un choix de mise en scène qui transforme un geste quotidien en moment profondément dérangeant.
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Mais Saccharine ne se limite pas à l’horreur corporelle. Le film emprunte également plusieurs codes propres aux récits de fantômes : apparitions troublantes, présences qui semblent hanter le personnage et sentiment grandissant qu’elle n’est plus totalement seule. À mesure que son obsession grandit, la frontière entre réalité, culpabilité et surnaturel devient de plus en plus floue. L’horreur surgit alors autant des images les plus viscérales que de cette impression persistante que quelque chose d’invisible rôde dans l’ombre. En convoquant le motif du fantôme, Saccharine le modernise et en fait le symbole d’une faim dévorante qui ne lâche jamais sa proie.
L’horreur comme exutoire personnel
« Saccharine est l'aboutissement de mes propres réflexions personnelles, explorées à travers le prisme de l'horreur. C'est un regard intime sur le combat d'une femme avec son image corporelle, son estime de soi et ses pulsions dictées par la honte », confie la réalisatrice sur son projet.
Cette approche fonctionne d’autant mieux que Saccharine ancre son horreur dans des peurs bien réelles et partagées par un grand nombre de personnes. Les réseaux sociaux, les injonctions à l’apparence et les promesses de transformations miraculeuses existent déjà autour de nous. Le film pousse simplement cette logique à son point de rupture, jusqu’à transformer une aspiration familière en véritable cauchemar. L’horreur ne surgit pas uniquement des images les plus brutales, mais aussi de cette sensation progressive qu’une obsession apparemment banale est en train de prendre une ampleur incontrôlable. Saccharine prolonge alors le courant ultra dynamique du cinéma de body horror féminin après des œuvres extrêmement remarquées comme Grave, Titane, The Substance ou encore The Ugly Stepsister.
Après avoir examiné les ravages de la démence sénile en s’inspirant de la maladie de sa grand-mère dans Relic, la cinéaste australienne explore une nouvelle fois ses propres traumas en s’attaquant à la représentation du corps féminin dans l’espace public, à la poursuite d’une perfection illusoire dictée par des normes discriminantes et une pression héritée des réseaux sociaux, mais aussi des biais imposés par l’héritage familial.
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Une expérience qu’elle a directement projetée sur son héroïne : « J’ai grandi avec des parents qui se situaient aux deux opposés du spectre dans leur rapport au corps et leur relation à la nourriture. D’un côté, mon père luttait contre une véritable addiction alimentaire. Ma mère, presque en réaction à cela, était extrêmement stricte sur son régime et très soucieuse de sa santé (...). J’ai grandi avec beaucoup d’idées fausses sur l’image corporelle, comme c’est le cas pour beaucoup d’entre nous. Il m’a fallu beaucoup de temps pour déconstruire tout cela, et l’idée du film est née de ce cheminement vers la guérison. »
Le genre horrifique permet ici une liberté immense pour dénoncer, extérioriser ses tourments grâce à des images chocs et sans équivoque. « C’est extrêmement libérateur de pouvoir utiliser une imagerie surréaliste pour extérioriser, par l'horreur, ce qui relève de l'intime, » conclut la cinéaste.
Avec Saccharine, Natalie Erika James confirme sa capacité à transformer des peurs profondément intimes en expériences horrifiques troublantes. Entre body horror, surnaturel et critique des injonctions contemporaines, le film pourrait bien vous faire regarder les solutions miracles d’un tout autre œil…