"Je pense que c'est le meilleur film pro-femmes jamais réalisé" : Ridley Scott tacle The Substance, et préfère son film réalisé avec Demi Moore
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Dans un long entretien accordé au site Letterboxd fin août, balayant sa carrière, Ridley Scott prouve une nouvelle fois qu'il ne mâche pas ses mots, et fait plus que jamais fi des critiques...

Les vacances ? Très peu pour lui. A 87 ans, Ridley Scott est moins que jamais décidé à lâcher la barre, bien au contraire. Il est même plutôt lancé, depuis quelques années déjà, dans un rythme frénétique. Avec plus ou moins de bonheur d'ailleurs...

"En fin de compte, vous devriez être le seul critique auquel vous prêtez attention"

S'il y a une chose dont il ne s'embarrasse guère désormais, ce sont bien les critiques, qu'il balaye parfois non sans une certaine mauvaise foi. Les historiens (majoritairement français) émettent des réserves ou critiquent sa version de Napoléon ? "Les Français ne s'aiment pas" avait lâché le cinéaste. Des réserves sur son Gladiator II, qui tentait de marcher 20 ans plus tard dans les glorieux pas de son aîné ? "C'est le meilleur film que j'ai jamais fait" assénait-il. C'est évidemment son droit de le penser, mais on n'est pas non plus obligé de souscrire à sa vision...

Fin août, Ridley Scott a accordé un long entretien au site Letterboxd, qui balaye avec lui sa filmographie. L'occasion pour le cinéaste d'enfoncer un peu plus le clou à propos des critiques concernant ses films :

"En fin de compte, vous devriez être le seul critique auquel vous prêtez attention. Si vous n'êtes pas bon, vous vous rendrez vite compte que c'était une très mauvaise idée. J'ai fait suffisamment de bons films pour savoir que mon opinion compte probablement plus que celle de n'importe qui d'autre".

"Ils ne savaient tout simplement pas quoi faire"

Des considérations qui ne l'empêchent nullement de dire ce qu'il pense, toujours avec la franchise qui le caractérise, des oeuvres de ses collègues. Comme par exemple ce qu'il pense du film The Substance de Coralie Fargeat, qui marque la résurrection artistique de Demi Moore après une longue traversée du désert.

"Du point de vue du réalisateur, The Substance est une très bonne idée à la Kubrick. Si vous voulez vraiment savoir ce que j'en pense, [Fargeat] a en quelque sorte perdu le contrôle. Dans la scène finale, où ils aspergent la pièce de sang, ils ne savaient tout simplement pas quoi faire. Mais je pense que c'était une idée courageuse sur la maladie des liftings et du changement d'apparence. Ne changez jamais votre apparence, restez simplement en forme. Parce qu'on peut toujours le voir".

Et Ridley de se rappeler à son bon souvenir avec l'actrice... "Avec Demi, nous avons fait un très, très bon film avec A Armes égales. Je pense que c'est le meilleur film pro-femmes jamais réalisé, honnêtement, encore meilleur que Thelma & Louise". Le moins que l'on puisse dire, c'est que Ridley n'est pas consumé par un accès de modestie...

Un désastre au box office

Après son film Striptease, qui sera un désastre critique et commercial absolu malgré le cachet record de 12 millions de dollars empoché par l'actrice, Demi Moore proposa le film A Armes égales à Scott, dans lequel elle incarne une femme lieutenant dans la section renseignement de la marine, participant à l'entraînement militaire des forces spéciales. Un monde très masculin et sexiste...

Demi Moore a eu beau s'époumoner dans ce film caricatural en hurlant des "Suck my dick !" (oui oui...), ca n'aura pas aidé les spectateurs à venir voir le film, qui a été un désastre absolu en salle avec moins de 50 millions de dollars récoltés au box office international.

Ridley Scott trouve donc que ce film, réputé pour être un des moins bons de sa filmographie, est meilleur que Thelma et Louise. Un film unanimement reconnu, lui, comme un chef-d'oeuvre, une poignante ode à la liberté, rejet du patriarcat et de la masculinité toxique. Un véritable hymne à l'indépendance, bien plus qu'un simple film d'action sur fond de buddy movie au féminin. C'est, là encore, son droit le plus absolu. Mais il nous a un peu perdu.

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