Ça parle de quoi ?
Mehdi a prévu de passer un été tranquille dans la somptueuse demeure de ses beaux-parents. Mais dès son arrivée, un conflit éclate entre la famille de sa fiancée et le couple de gardiens de la villa. Comme Mehdi est issu d’un milieu modeste, il pense pouvoir mener les négociations entre les deux parties et ramener tout le monde à la raison. Pourtant, tout s’envenime…
Affreux, sales et méchants ?
L'été s'est officiellement achevé il y a quelques jours mais il se poursuit dans les salles obscures grâce à Classe moyenne, comédie aussi ensoleillée qu'elle est acide. Et pour cause, nous sommes dans le domaine de la satire avec le quatrième long métrage d'Antony Cordier, qui s'est également illustré sur les séries OVNI(s) et Irrésistible : il n'y a personne pour rattraper l'autre dans cette histoire de conflit entre les propriétaires d'une villa et les gardiens de la maison qui vire à la lutte des classes où tous les coups, et surtout les plus bas, sont permis.
Comme si le cinéma de Claude Chabrol rencontrait le Parasite de Bong Joon-ho, auquel on pense beaucoup pour le côté huis-clos en plus des thèmes abordés. Avec un casting qui, de Laurent Lafitte et Elodie Bouchez à Ramzy Bedia et Laure Calamy, en passant par Noée Abita et Sami Outalbali, semble s'amuser avec les vacheries et autres répliques cinglantes que leur offre le scénario : "C'est très très plaisant", nous confirme celui qui s'est révélé aux côtés d'Eric Judor. "D'autant plus qu'on n'a pas à les inventer : tout est écrit. Le texte était écrit comme ça, on voyait le ton du film et on n'avait qu'à essayer de bien jouer. Nous deux [avec Laure Calamy] on s'en sort, les autres font ce qu'ils peuvent (rires)"
Tandem Films
"Moi j'ai ri d'un bout à l'autre du scénario en le lisant", confirme Laure Calamy. "C'est rare de recevoir un truc de cette qualité puis d'avoir de tels partenaires, c'était une rencontre géniale. Il y a quelque chose qui permettait de pousser les situations à l'extrême. C'est assez jouissif !" Mais peut-on parler de personnages méchants pour autant ? Oui selon l'actrice et son partenaire Ramzy Bedia, non selon leurs opposants : "Ils ne sont pas méchants", affirme Laurent Lafitte. "Ils sont déphasés et hors-sol par rapport à leurs interlocuteurs."
"Même s'ils ont de bonnes intentions, ils ne peuvent pas en percevoir tous les travers. Ils ne peuvent pas forcément percevoir la violence dont ils font preuve, parce qu'ils sont trop déconnectés de leurs interlocuteurs." "Ils mettent beaucoup de filtres", ajoute Elodie Bouchez lorsque nous précisons que, chez son personnage, la déconnexion tourne à la condescendance. "Ce ne sont pas des gens qui se veulent frontaux avec leurs employés, mais ils deviennent d'autant plus violents qu'ils tentent par tous les moyens de communiquer avec eux d'une manière juste, mais tout cela devient de l'extrême condescendance."
"C'est une satire avec beaucoup de nuances, beaucoup de finesse, qui ouvre la porte à l'autodérision"
"Mais ce ne sont pas des personnages caricaturaux", reprend Laurent Lafitte, en élargissant à tous les protagonistes de Classe moyenne. "Ils sont très caractérisés. C'est une satire avec beaucoup de nuances, beaucoup de finesse, qui ouvre la porte à l'autodérision. Et c'est ça qui est intéressant : se confronter à ses propres travers, ce qui aide aussi à ne pas condamner nos personnages. Car en les sauvant, on se sauve un peu soi-même quand on repère des points communs."
"Chez nous, il y a quelque chose qui fait que l'on peut avoir de la sympathie pour nos personnages au départ, à cause des humiliations qu'ils subissent, mais ils en ont sous le pied en termes de mesquinerie, de cruauté, de méchanceté", dit Laure Calamy, qui compare le résultat à l'émission Strip-Tease ou au film Affreux, sales et méchants. "Mais il y a quand même une petite tendresse pour les personnages chez Antony Cordier." Qu'elle soit tendre, méchante ou les deux, une chose est sûre : vous allez vous régaler devant cette satire, dans laquelle vous allez peut-être retrouver certains de vos petits travers.
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 17 septembre 2025