Il y a 7 ans, ce film historique a provoqué des malaises chez les spectateurs… Et pourtant, c'est une œuvre puissante et visuellement sublime
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Entre insultes et menaces, les avant-premières de films ne sont pas toujours des séquences paisibles. La réalisatrice Jennifer Kent en sait quelque chose, alors qu'elle présentait à la Mostra de Venise un film impressionnant, "The Nightingale"...

Qu'il se hisse sur les cimes du box office ou qu'au contraire il se fracasse devant ses portes, le destin d'un film ne se résume pas toujours à la manière dont il se comporte dans les salles obscures une fois sorti. Son destin peut aussi se jouer durant deux étapes préliminaires, non moins importantes.

La première, ce sont les projections tests. Moment de stress légitime pour le studio et l'équipe du film, réalisateur en tête, la projection-test peut aussi virer au cauchemar et à la catastrophe; les exemples en ce sens abondent.

De là ont découlé de fameux moments de tensions entre le réalisateur, parfois dépossédé de son oeuvre, des coupes imposées ou faites dans son dos, une vision artistique complètement bridée donnant une oeuvre totalement dénaturée. Avec parfois, in fine, une lourde sanction économique à la clé sous forme d'un gros échec commercial en salle. Nous avions consacré un sujet à celles-ci.

L'autre, ce sont les (avant) Premières des films. Des moments qui sont censés être, du moins sur le papier, des instants de célébrations, où l'équipe du film, réalisateur / réalisatrice en tête, dévoile au public sa vision artistique, parfois acquise de haute lutte.

Mais ces instants ne sont pas toujours des séquences paisibles. Elles peuvent se révéler absolument désastreuses. Démonstration avec The Nightingale, réalisé par la talentueuse cinéaste australienne Jennifer Kent.

Des débuts fracassants au film choc

En 2014, la cinéaste avait frappé fort avec son tout premier film, Mister Babadook. Un film d'épouvante aussi intelligent qu'élégant, à la profondeur thématique pas si fréquente dans ce registre. Présenté en avant-première au festival du film de Sundance, il avait remporté un franc succès. Quatre ans plus tard, son film suivant, The Nightingale, a reçu un accueil nettement plus contrasté du public, lorsqu'il fut présenté dans le cadre de la Mostra à Venise...

Sorti directement chez nous en VOD, film à ranger au rayon du sous-genre Rape & Revenge, The Nightingale déroule son intrigue en Tasmanie au début du XIXème siècle, dans une Australie colonialiste. Il relate la revanche de Clare (formidable et impressionnante Aisling Franciosi), une jeune domestique irlandaise voulant s’affranchir du lieutenant anglais qui lui avait promis des papiers.

Après une violente altercation, Clare se fait violer par ce lieutenant et ses deux sbires, qui tuent son mari et son bébé. Ivre de rage et de douleur, la jeune femme va alors tout mettre en oeuvre pour se faire justice et va trouver l’aide inattendue de Billy (Baykali Ganambarr), un aborigène.

"Honte à toi, sa**** !!!"

Certains spectateurs de la projection à la Mostra furent pris de malaise. Il faut dire que Jennifer Kent ne ménage pas vraiment son auditoire durant près de 2h20, entre massacres, viols et infanticides, même si l'on ne saurait évidemment réduire ce puissant film -et visuellement sublime- à un catalogue d'horreurs.

La séance fut très agitée et tendue, avec même des réactions racistes (des spectateurs applaudissant lorsqu'un personnage positif du film, un aborigène, se fait tuer, pour situer le niveau...). Un journaliste balança un "Honte à toi salope !!!", lorsque le nom de la réalisatrice s'afficha au générique de fin. Le lendemain des incidents, l'organisation du festival présenta ses excuses, et décida de retirer l'accréditation au journaliste en question.

La Première du film fut éclipsée non seulement par ces incidents, mais aussi par Kent qui a dû continuellement défendre les représentations extrêmes de violences sexuelles dans son film contre les attaques sexistes sur elle et son oeuvre. Une position d'autant plus inconfortable qu'elle était la seule femme réalisatrice en compétition à Venise cette année-là.

Koch Films

Interrogée en conférence de presse le lendemain de cette projection houleuse, Kent déclara : "Je suis très fière du film et de mon équipe pour avoir osé raconter une histoire qui doit être racontée. L'amour, la compassion, la gentillesse sont notre bouée de sauvetage, et si nous ne les utilisons pas, nous tomberons tous dans le trou".

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