"Ça fait mal" : il y a 24 ans, ce film français voulait rivaliser avec Gladiator mais il a été un échec retentissant dans la carrière de cette star
Aude Mackau
Aude Mackau
Passionnée de cinéma, Aude a grandi dans les salles obscures tout en tombant amoureuse des séries à côté. Jonglant entre le petit et grand écran, elle se spécialise désormais dans tout ce qui fait l'actualité, de l'anecdote du passé à la dernière info sensationnelle à relayer.
Co-écrit avec :
Olivier Pallaruelo

Quand le “Gladiator français” vire au cauchemar… Retour sur “Vercingétorix”, le film maudit qui a brisé carrières et ambitions.

Lorsqu’on évoque Vercingétorix : la légende du druide roi, sorti en 2001, on pense à un projet colossal mais tragiquement raté. Conçu pour devenir le “Gladiator français”, ce film ambitieux avec Christophe Lambert dans le rôle principal a fini par marquer un échec retentissant, tant sur le plan artistique que commercial. Résultat : la carrière de l’acteur en a souffert, et son réalisateur n’a plus jamais dirigé de long-métrage.

Dans le cinéma, il arrive qu’un seul projet puisse assombrir durablement la trajectoire d’un cinéaste. Les raisons sont souvent multiples : conflits entre producteurs et réalisateurs, budgets qui explosent, tensions sur le plateau, projections-tests désastreuses ou critiques impitoyables. Vercingétorix cumule presque tous ces obstacles, jusqu’à devenir un exemple de ce que peut être un tournage maudit.

Vercingétorix : la légende du druide roi
Vercingétorix : la légende du druide roi
Sortie : 24 janvier 2001 | 2h 22min
De Jacques Dorfmann
Avec Christophe Lambert, Klaus Maria Brandauer, Max von Sydow
Presse
2,2
Spectateurs
1,0

Une ambition démesurée

À l’origine, Jacques Dorfmann, producteur expérimenté derrière des classiques comme L’Armée des ombres et Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville, voulait créer un film français digne des superproductions hollywoodiennes. Il avait déjà connu le succès avec Le Palanquin des larmes en 1988, mais avec Vercingétorix, le rêve a tourné au cauchemar.

Dans une interview de juin 2021 pour un numéro de So Film, Dorfmann revenait sur cette expérience : “On dit qu’on se fait une armure, mais moi, je n’ai jamais réussi. Bien sûr, quand on fait un métier public, on ne peut pas se plaindre de l’opinion des gens. Mais quand même, ça fait mal.

Il ajoutait : “J’ai fait des erreurs de mise en scène, de costumes et de perruques. J’aurais dû faire plus simple. Pour moi, ce film n’avait rien d’un blockbuster. Il n’y a que les Américains qui savent en faire. C’était juste un film français, artisanal et ambitieux.

Lolistar

Des problèmes dès la préparation

La production, une coproduction franco-canadienne, a été un vrai défi dès le départ. Guillaume Depardieu, acteur initialement prévu, a dû se retirer après un grave accident. Le tournage a été déplacé en Bulgarie, pour réduire les coûts et profiter de paysages similaires à l’Auvergne. Mais sur place, les tensions ont rapidement explosé : le gouvernement bulgare souhaitait avoir son mot à dire sur le film, le matériel a disparu faute de paiement des techniciens locaux, et 80 % de l’équipe était bulgare, ce qui compliquait encore la coordination.

On était tout le temps en retard, sur tout. Il arrivait même qu’on tourne vingt-quatre heures d’affilée”, racontait Jacques Dorfmann.

Dorfmann lui-même traversait une période difficile, ayant perdu son père au début du tournage, et luttait contre le chagrin et l’alcool. L’ambiance sur le plateau était tendue : Klaus Maria Brandauer, interprète de César, refusait de quitter sa caravane, tandis que Christophe Lambert vivait une expérience amère.

Lolistar

Un tournage chaotique

Christophe Lambert se souvient : “Ça ne dérapait pas, c’était Holiday on Ice. Quand le réalisateur arrive déjà bien attaqué à 8 heures du matin et qu’à 15 heures il est écroulé, saoul comme une vache au milieu des figurants et qu’il hurle ‘fin de tournage !’, ça devient ingérable.

La relation entre acteur et réalisateur s’est détériorée, mettant fin à tout projet de trilogie sur les grands héros français : “On avait prévu de continuer ensemble. J’étais censé faire un triptyque sur les grands héros de l’histoire de France. Après Vercingétorix, La Fayette et Charles de Gaulle. Et Christophe était de la partie…”, avait précisé Dorfmann.

Selon Patrick Sandrin, coproducteur du film : “L’erreur de Jacques, c’est d’avoir voulu tout faire : producteur, scénariste, réalisateur. Au bout d’un moment, ça l’a dépassé, il n’avait plus le recul nécessaire.

Lolistar

La critique impitoyable

Le film a été violemment attaqué par la presse : Télérama le qualifie de “bide du siècle”, tandis que Le Nouvel Observateur parle d’un “film d’une nullité sans nom”. Étienne Lerbret, attaché de presse du film à l’époque, se souvient des difficultés pour organiser des interviews : “Il a été dézingué. C’était même compliqué d’organiser des interviews. Beaucoup de journalistes ne voulaient pas rencontrer le réalisateur.

Vingt ans après, le souvenir est resté douloureux pour Jacques Dorfmann, qui n’a plus réalisé depuis et est décédé le 25 août dernier. Vercingétorix restera dans les mémoires comme un projet démesuré qui a coûté cher à tous ses acteurs et artisans, illustrant les dangers de l’ambition démesurée dans le cinéma.

Pour ceux qui souhaiteraient (re)découvrir Vercingétorix : la légende du druide roi, il va falloir se tourner vers les potentielles éditions DVD du film.

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