Ana Girardot à l’affiche d’un thriller haletant et nécessaire sur les coulisses du monde agricole
Juliette Mansart
Juliette Mansart
-Rédactrice cinéma séries
Amatrice de comédies en tout genre, surtout celles qui ne se prennent jamais au sérieux, Juliette passe avec autant de plaisir de l'absurde à la tendresse, avec un attachement particulier pour les répliques que l'on ressort à tous les dîners.

La Guerre des prix, premier long métrage d’Anthony Dechaux, nous entraîne au cœur de négociations dans le monde agricole. Un thriller captivant et essentiel qui dévoile les coulisses opaques de la grande distribution, à découvrir en salle le 18 mars.

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Une distribution étoilée pour un premier long métrage réussi

Audrey (Ana Girardot), fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.

La Guerre des prix
La Guerre des prix
Sortie : 18 mars 2026 | 1h 36min
De Anthony Dechaux
Avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison
Presse
3,5
Spectateurs
3,9
Séances (130)

Après le succès de Petit Paysan d’Hubert Charuel, multi récompensé aux César en 2018, et de Au nom de la terre, porté par Guillaume Canet, le monde agricole continue d’inspirer le cinéma français. Avec La Guerre des prix, Anthony Dechaux signe un premier film ambitieux qui s’attaque à un enjeu universel : l’alimentation. Sous l’aspect d’un thriller politique haletant, ce long métrage plonge dans les coulisses méconnues des centrales d’achat de la grande distribution, là où se jouent des négociations décisives, notamment dans la filière laitière.

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Pour cette première œuvre, Anthony Dechaux fait le pari d’un casting audacieux : “Je voulais casser les codes”, explique-t-il, en montrant “une image moderne de l’agriculture, loin des caricatures avec des acteurs qui ne sont pas forcément attendus dans ces rôles, comme Ana Girardot”. En effet, l’actrice incarne Audrey, une jeune femme tout en retenue qui intériorise ses doutes et ses tiraillements. Avec subtilité, Ana Girardot donne à voir les combats intérieurs d’une héroïne à la fois déterminée et profondément humaine, qui absorbe les tensions, encaisse les pressions et retient ses émotions… jusqu’au point de rupture. 

Face à elle, Julien Frison, de la Comédie-Française, prête ses traits à Ronan, le frère d’Audrey, agriculteur ayant repris la ferme familiale. Épuisé par le travail et fragilisé par la pression économique, il lutte pour maintenir son exploitation à flot et préserver sa vie de famille. Après ses rôles dans Le Théorème de Marguerite et La Nuit du 12, Julien Frison poursuit son exploration de rôles sociaux, apportant au personnage une sensibilité touchante, incarnant un éleveur à bout de souffle, mais qui refuse de renoncer à ses valeurs.

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Les deux comédiens partagent l’écran avec Olivier Gourmet, qui s’est imposé comme une évidence pour le réalisateur. Primé au Festival de Cannes en 2002 pour son rôle dans Le Fils, l’acteur possède cette présence rare qui capte l’attention avant même de prononcer le moindre mot, prouvant qu’Anthony Dechaux a fait un choix réfléchi : “C’est un acteur “physique”, il y a un truc qui émane de lui, il fait passer beaucoup de choses avec ses regards. C’est ce qui me plaisait, je trouvais qu’il incarnait parfaitement ce rôle de baron taiseux un peu rustre et qu’il pouvait en même temps lui apporter quelque chose d’humain”. En effet, le comédien belge incarne un mentor aussi redouté qu’énigmatique, fin stratège des négociations commerciales. Derrière sa dureté apparente, il laisse affleurer des nuances plus troubles, donnant à son personnage une profondeur presque inattendue. À la fois inquiétante et magnétique, cette figure d’autorité fascinante semble bousculer Audrey, qui doit apprendre à trouver sa place auprès de lui. 

Une fiction minutieusement documentée 

Pour ce premier long-métrage, Anthony Déchaux a mené un vaste travail d’enquête, s’entretenant avec de nombreux interlocuteurs de la filière laitière, afin de saisir au plus près l’univers des négociations commerciales. Fort de ces échanges, il a choisi d’insuffler à son œuvre une atmosphère froide et pesante, presque clinique. “On a stylisé le lieu, presque à la façon d’une garde-à-vue, pour renforcer le côté anxiogène et cinématographique, mais dans la réalité, les négociations commerciales entre acheteurs et fournisseurs se font bel et bien dans ces pièces dédiées”, confie-t-il. Ces espaces exigus et clos traduisent parfaitement la sensation d’être pris en étau, nourrissant une tension digne d’un véritable thriller. Ainsi, tout le travail visuel et documentaire confère aux scènes de négociations une authenticité saisissante, au point de troubler le spectateur. “J’aime bien dire que mon film n’est pas un documentaire, certes, mais une fiction documentée”, précise le réalisateur. 

Cette ambiance glaciale, presque suffocante, plonge le spectateur dans un univers aussi anxiogène que fascinant, où chaque mot prononcé semble pouvoir tout faire basculer. En creusant ce sujet, le réalisateur s’est heurté à une réalité troublante : le monde des négociations apparaît comme un territoire tabou, protégé par une forme d’omerta, rendant l’accès au témoignage particulièrement difficile. Ce silence, lourd de sens, renforce encore la dimension quasi documentaire du projet. 

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La Guerre des prix est avant tout le récit d’une confrontation entre deux mondes : celui des acheteurs, guidés par une quête permanente du prix le plus bas, et celui des producteurs, contraints d’en subir les conséquences. La crise du lait, et plus largement le malaise agricole, résonnent fortement avec l’actualité récente, rappelant combien ces enjeux dépassent la fiction et s’ancrent dans une réalité brûlante. En ce sens, La Guerre des prix témoigne de la rigueur quotidienne nécessaire, sans pause ni compromis, où le vivant impose sa loi et ne laisse aucun répit, offrant à l’histoire une profondeur singulière. 

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Enfin, La Guerre des prix accorde une place centrale à la famille, dont le rôle apparaît fondamental dans le monde agricole. En effet, la transmission, l’héritage des valeurs et la fidélité à une terre y occupent une place essentielle. Puiser dans les codes du drame familial permet de nourrir les motivations du personnage d’Audrey, d’éclairer ses dilemmes et d’intensifier les enjeux émotionnels dans la relation avec son frère. Ainsi, l’intime vient enrichir le social, offrant à l'œuvre une densité émotionnelle particulièrement forte. Certaines scènes, tournées dans le salon d’une famille d’agriculteurs, apportent une vérité et une émotion palpables, renforcées par un tournage mené dans une atmosphère respectueuse et attentive, qui confère à l’ensemble du long métrage une authenticité touchante. 

À travers sa tension constante et sa confrontation humaine et sociale, La Guerre des prix s’impose comme un thriller profondément ancré dans le réel, éclairant les rouages d’un système tout en donnant un visage à celles et ceux qui en subissent les conséquences. Une œuvre dense, engagée et vibrante d’humanité, à découvrir le 18 mars au cinéma. 

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