Quand Ryan Gosling part dans l'espace avec les créateurs de Spider-Verse, ça donne l'un des meilleurs films de science-fiction de ces dernières années
Maximilien Pierrette
Happé par la galaxie lointaine de Star Wars à la vitesse lumière, estomaqué par Matrix, envoûté par 2001, captivé par les batailles de la Terre du Milieu, effrayé par les dinos de Jurassic Park… Il doit quelques-unes de ses plus belles claques à ces univers qui l’ont fait voyager en restant assis.

Inspiré d'un roman de l'auteur de "Seul sur Mars", "Projet dernière chance" nous envoie en apesanteur aux côtés d'un Ryan Gosling promu sauveur de l'humanité. Et le résultat, mis en scène par Phil Lord et Chris Miller, est à ne pas manquer.

Ça parle de quoi ?

Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l'énigme de la mystérieuse substance qui cause l'extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles … Mais une amitié inattendue pourrait bien l’aider à ne pas affronter cette mission tout seul.

Projet dernière chance
Projet dernière chance
Sortie : 18 mars 2026 | 2h 37min
De Phil Lord, Christopher Miller
Avec Ryan Gosling, Sandra Hüller, Milana Vayntrub
Presse
3,8
Spectateurs
4,0
Séances (158)

L'Odyssée de l'espèce

Le 27 août prochain, cela fera très exactement 12 ans que 22 Jump Street, le dernier long métrage réalisé par Phil Lord et Chris Miller, est sorti dans nos salles. Autant dire une éternité pour un duo qui a su poser son empreinte sur la pop culture, et réussissant à transformer en triomphe public et critique un long métrage qui avait tout pour être une publicité géante pour Lego.

Ils ne sont pas restés inactifs pour autant, car ils sont également producteurs et scénaristes (des deux premiers et géniaux Spider-Verse notamment, ou de la super série policière The Afterparty), oscillant entre petit et grand écran. Et leur cinquième long métrage aurait dû sortir en mai 2018 dans les salles mondiales, mais la vie et Lucasfilm en ont décidé autrement, en les remerciant à trois semaines de la fin des prises de vues de Solo, spin-off de Star Wars achevé par Ron Howard.

Il aura donc fallu patienter huit (!) années de plus pour les voir passer la cinquième, mais ils sont restés dans la science-fiction avec Projet Dernière Chance, adaptation du roman homonyme d'Andy Weir (Seul sur Mars) qui envoie Ryan Gosling dans l'espace pour tenter de comprendre pour quelle raison le soleil perd de son éclat. A la fois gigantesque et très humain, drôle, émouvant et capable de nous faire croire en l'existence d'un extra-terrestre caillouteux, doté d'une sublime bande-originale de Daniel Pemberton, le long métrage est une vraie réussite, qui a tout pour devenir un classique du genre à l'avenir.

Sony Pictures Releasing France

Mais pourquoi ce film ? Comment ce projet est-il devenu celui de leur retour derrière la caméra au cinéma ? "Déjà parce qu'il nous semblait impossible à faire", nous répond Phil Lord en riant. "Lorsque nous avons lu le manuscrit du livre, nous avons découvert une histoire humaine", complète Chris Miller. "Avec de grands enjeux, du grand spectacle et de grandes idées, mais son coeur, c'était cette relation intimiste entre Ryland Grace [Ryan Gosling] et Eva Stratt [Sandra Hüller], puis entre Grace et Rocky [doublé par James Ortiz dans la version originale, ndlr]."

"Ça parlait de gens qui communiquaient et faisaient preuve d'empathie les uns envers les autres pour résoudre des problèmes complexes. C'était une histoire très émouvante, mais aussi très drôle, avec d'énormes défis techniques, comme celui de réussir à nous attacher à un rocher sans visage. Quand je lisais le livre, je me disais : 'Je m'attache à ce rocher sans visage, je suis sûr qu'on peut faire la même chose au cinéma.' On s'enthousiasme pour les défis qui paraissent difficiles, mais dont on sait qu'ils sont surmontables, il nous faut juste trouver comment. Et on y travaille encore (rires)."

"Si je m'attache à ce rocher sans visage dans le livre, je suis sûr qu'on peut faire la même chose au cinéma."

Cinq années auront été nécessaires pour Phil Lord et Chris Miller pour que ce film voit le jour. Dont une sur la création du seul Rocky, qui participe grandement au succès de Projet Dernière Chance dont ils ne sont pas les scénaristes (le film a été écrit par Drew Goddard, qui avait déjà adapté Seul sur Mars), mais qui leur a vite parlé. "Lorsque vous lisez un roman comme celui-ci, soit vous avez des idées, soit vous n'en avez pas", explique Phil Lord lorsque nous lui demandons pour quelle raison le duo a senti qu'ils devaient le réaliser.

"Ici, les idées ont commencé à fuser, jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'on en avait assez pour faire un film. Et on savait aussi qu'il parlait de gens qui travaillent en groupe pour accomplir des choses difficiles, donc on a eu l'impression que c'était un projet pour lequel il fallait s'entourer des collaborateurs les plus brillants afin de tirer le meilleur parti de l'histoire. Donc nous avons fait appel à Drew, l'un de nos vieux amis, dans le but de faire de ce film un partenariat, car nous venons de la télévision mais d'horizons différents : lui du drame et nous de la comédie."

"C'était passionnant, pour nous, d'apprendre autant de lui sur son approche du sujet. Il avait déjà connu beaucoup de succès en adaptant Seul sur Mars [dont une nomination aux Oscars en 2016, ndlr], or adapter un livre audio de seize heures en un long métrage implique de se débarrasser de la plupart de son contenu, sans perdre l'essence, l'âme et l'esprit du livre. Nous savions qu'il était la bonne personne pour faire cela." Et ce en faisant aussi quelques ajouts, qui permettent d'approfondir un personnage (la scène de karaoké avec Sandra Hüller) ou de compenser une frustration de lecteur (montrer l'intérieur du vaisseau de Rocky).

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Mais l'autre gros défi rencontré par les deux complices a été leur approche de la science-fiction. Tout au long de leur carrière, ils ont su déjouer les attentes et apporter quelque chose de nouveau et frais à un genre, prouvant au passage qu'ils en maîtrisaient assez bien les codes pour les modifier. Sans être aussi métatextuel et réflexif qu'ont pu l'être La Grande Aventure Lego, les Spider-Verse ou The Afterparty, Projet Dernière Chance parvient à aller à l'encontre de ce que l'on voit majoritairement dans ce registre.

"L'un des principaux concepts était que l'espace ne soit pas un endroit hostile", précise Phil Lord. "Contrairement à d'autres, ce film tourne autour de quelqu'un qui n'est pas seul dans l'espace : il l'est sur Terre, puis va dans l'espace et se fait un ami. Sur Terre, nous regardons souvent vers les cieux avec cette sensation d'émerveillement et de gratitude, tout en se posant des questions et en cherchant de l'aide. Donc pourquoi y aller et ne rien y trouver ? J'aime cette idée que nous venions tous de l'espace, que vous vous rapprochiez de chez vous au lieu de vous en éloigner, c'est assez inhabituel."

"Nous avons pensé que cela différencierait Projet Dernière Chance de beaucoup de films sur la fin du monde que de le rendre optimiste", poursuit, à très juste titre, Chris Miller. "Nous avons donc décidé de creuser cet aspect différent, car nous sommes avant tout dans une histoire intimiste, de relation, malgré l'ampleur du film et ce qu'il peur provoquer comme émerveillement. Il est étonnamment intimiste, et ses merveilles, à savoir ses qualités métaphysiques, proviennent de la science. Il fallait que cela vienne du fait que Ryan puisse visualiser les lumières infrarouges et les créatures invisibles qui l'entourent."

"Il y a eu beaucoup de films iconiques avant le nôtre, donc on veut faire quelque chose de nouveau et original"

Reste alors une question, pour un film qui fait une référence consciente à Rencontres du troisième type et fait penser à Gravity, Interstellar, E.T., Wall-E ou Seul sur Mars : est-il difficile d'échapper aux classiques du genre quand on fait soi-même un film de science-fiction ? "Oh oui ! Il faut bosser très dur", confirme Phil Lord avant que son complice n'ajoute : "Il y a eu beaucoup de films iconiques avant le nôtre, donc on veut faire quelque chose de nouveau et original, qui ajoute quelque chose à ce pan du cinéma. Et la référence à Rencontres du troisième type nous a été suggérée par Spielberg lui-même, sans quoi nous ne l'aurions jamais faite."

"Ensuite nous avons tenté de nous démarquer à travers le design des vaisseaux, pour donner l'impression qu'ils ont été conçus avec des idées qui leur étaient propres. Le Hail Mary [vaisseau principal, ndlr] est par exemple comme un dessus de lit, où chaque pièce a été conçue par une personne différente, avant que le tout ne soit assemblé. Les murs sont matelassés, il y a des morceaux de chaque pays, car nous voulions que l'on ressente que la planète entière avait fait quelque chose ensemble. Que l'on voie les coutures."

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"Nous ne voulions pas que vous pensiez que le film était lisse et sans aspérités, mais que tout est maintenu par du scotch. C'est un peu bordélique, mais ça fonctionne. Et pour ce qui est du vaisseau de Rocky, nous avons réfléchi à ce qui n'avait jamais été fait, et nous avons eu cette idée d'un vaisseau qui aurait été fait par un oiseau, avec des tiges de métal, comme on le découvre au fil du récit, quand il est éclairé par derrière et brille comme un feu de cheminée. Il fallait qu'il ait quelque chose de merveilleux."

"Mais c'est, dans l'ensemble, un film qui parle de la compréhension du monde en adoptant un autre point de vue, et de la possibilité de sauver l'univers ensemble. On en revient à cet aspect collaboratif, avec des fondements que sont la connexion, la compréhension, l'humilité, la communication et l'empathie." Autant de qualités qui font le charme de ce Projet Dernière Chance et qui pourraient lui permettre de devenir un classique de la science-fiction, auquel d'autres films se réferreront à l'avenir.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 11 mars 2026

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