"En réalité, c'était un monstre" : 14 ans après ses 5 Oscars, Mel Gibson donnait une version bien différente du héros décrit dans Braveheart
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

14 ans après la sortie de son film "Braveheart", Mel Gibson répondait, dans les colonnes du quotidien britannique Daily Mail, aux (parfois) vives objections faites sur son film, accusé de trop malmener la vraie histoire...

Il y a 31 ans (hé oui, déjà...), sortait sur nos écrans Braveheart de Mel Gibson. Cette évocation de la vie tumultueuse de William Wallace, héros et symbole de l'indépendance écossaise qui à la fin du XIIIe siècle affronta les troupes du roi d'Angleterre Edward I qui venaient d'envahir son pays, a durablement marqué la mémoire rétinienne de ceux et celles qui ont découvert cette oeuvre en salle.

Triomphant aux Oscars en 1996, le film repart avec cinq statuettes, dont celles du Meilleur film, Meilleur réalisateur, et Meilleure photographie, effectuée par l'immense chef op' John Toll, le même qui réalisera celle -absolument sublime- de La Ligne rouge de Terrence Malick.

"C'était un petit jeune à l'époque, sans grande ambition de carrière" : c'est l'un des meilleurs rôles de Mel Gibson et on le trouve dans ce très grand film de guerre injustement oublié

Entre Mel Gibson et l'Histoire, c'est une grande passion. Braveheart fut le premier jalon, avant que Mad Mel ne se mettre à éventrer les Anglais à coups de hache durant la guerre d'indépendance américaine dans le film The Patriot (sous les auspices de Roland Emmerich); n'explore La Passion du Christ, et ne plonge dans la civilisation Maya avec l'impressionnant Apocalypto, avant de faire un bond de plusieurs siècles en avant avec le formidable film de guerre Tu ne tueras point.

"Ce que je vous propose, c'est une expérience cinématographique"

Au-delà des qualités artistiques évidentes de Braveheart, certains esprits chagrins (et très sourcilleux...) firent quand même la moue sur ses erreurs historiques. En octobre 2009, Mel Gibson défendait ainsi son approche dans les colonnes du quotidien britannique Daily Mail (via @DannyDrinksWine), auquel il accordait une interview.

Expliquant que des modifications avaient été apportées pour des raisons d'effet dramatique, il admettait également qu'il avait toujours eu le sentiment d'être au moins dix ans trop âgé pour incarner Wallace. Mais Paramount Pictures n'acceptait de financer le film qu'à la condition que Gibson tienne le rôle principal, ce qu'il accepta.

"Certains ont dit qu'en racontant cette histoire, nous avions déformé la réalité historique. Cela ne me dérange pas, car ce que je vous propose, c'est une expérience cinématographique, et je pense que les films sont là d'abord pour divertir, ensuite pour instruire, et enfin pour inspirer. Il y a probablement eu des inexactitudes historiques – et même pas mal. Mais peut-être qu'il n'y en a pas eu, qui peut le dire, car on dispose de très peu d'informations historiques sur cet homme. Ce n'était pas forcément fidèle à la réalité.

D'après ce que j'ai lu à son sujet, il n'était pas aussi sympathique qu'à l'écran. On l'a un peu idéalisé, mais c'est le langage du cinéma : il faut rendre les choses acceptables d'un point de vue cinématographique. En réalité, c'était un monstre : il sentait toujours la fumée parce qu'il passait son temps à incendier les villages. Il était comme ce que les Vikings appelaient un «berserker». Mais on a un peu rééquilibré les choses, parce qu'il faut bien qu'il y ait un gentil et un méchant, et chaque histoire a son propre point de vue. C'était notre parti pris".

Paramount Pictures

Rappelons d'ailleurs que le titre même du film, Braveheart, était en fait le surnom donné à Robert The Bruce, alias Robert Ier, roi d'Ecosse. Ce dernier mena bien, comme le montre la fin du film, la bataille décisive de Bannockburn en 1314, remportée sur les troupes du roi Edouard II d'Angleterre, qui arrachera l'indépendance de l'Ecosse jusqu'en 1707. Ajoutons que la trahison de Robert vis-à-vis de William Wallace au profit des anglais, avant de se racheter sur le champ de bataille de Bannockburn, a fait dresser quelques cheveux sur la tête d'historiens...

Pas grave. Comme le rappelait fort justement Gibson dans ses propos, c'est une expérience cinématographique. Quoi qu'on puisse penser de l'homme, son cinéma reste toujours porteur d'une puissance visuelle peu commune.

Et à ce titre, on aurait adoré voir la toute première version de Braveheart, qui durait 3h45, avant que Gibson ne coupe une heure dedans, comme il l'avait confié au micro de Collider en 2016 dans un entretien balayant sa carrière.

Des scènes jamais vues, qu'il était prêt à réintégrer en refaisant un montage de son film, à la seule condition que la Fox ou Paramount financent ce projet. Dix ans plus tard, on connait la (triste) réponse...

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