Ça parle de quoi ?
Lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, Kara Zor-El, alias Supergirl, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.
Supergirl Power
En juillet 2025, le DC Universe entamait sa renaissance au cinéma avec le Superman de James Gunn, reboot plein d'espoir des aventures de l'Homme d'Acier dans lequel le super-héros incarné par David Corenswet se décrivait comme étant "punk rock", ce qui ne manquait pas de faire rire beaucoup de gens, à l'écran comme dans la salle. Encore plus quand débarquait, dans les dernières minutes du long métrage, sa cousine Supergirl tout juste sortie d'une soirée arrosée aux confins de la galaxie.
"Si Superman est punk rock, Supergirl est la plus punk et la plus rock", nous dit en riant Milly Alcock, révélation de la saison 1 d'House of the Dragon, qui reprend son rôle dans le premier film solo consacré à l'héroïne depuis 1984. "C'est une rebelle. Elle est le punk rock des années 70, là où Superman représente des reprises de tubes punk rock." Notez bien l'usage du terme "rebelle", qui pourrait en surprendre plus d'un(e) : celles et ceux dont la vision de Kara Zor-El est celle offerte par le long métrage porté par Helen Slater, ou la série avec Melissa Benoist, diffusée entre 2015 et 2021.
Warner Bros. Pictures
Des adaptations dans lesquelles Supergirl ressemblait beaucoup à son cousin, pleine de bonté, de douceur et de compassion, qualités qui étaient effectivement les siennes lorsqu'elle vivait encore sur Krypton, dont elle a bien connu la destruction contrairement à Clark / Kal-El, envoyé sur Terre lorsqu'il était bébé. Dotée des mêmes pouvoirs une fois sur notre planète, elle se révèle beaucoup plus tourmentée, en proie à des épisodes dépressifs qu'elle tente de noyer dans l'alcool, sur des planètes gravitant autour d'un soleil rouge, plus propices à l'ébriété.
La fêtarde aperçue dans les dernières minutes du Superman de 2025 était en réalité moins joyeuse qu'on ne pouvait le penser, et cela risque de surprendre beaucoup de monde. Sauf celles et ceux qui ont lu le comic book "Woman of Tomorrow" dont ce film s'inspire grandement (au point qu'il a d'abord été question qu'il reprenne son titre), et qui nous montre une Supergirl en pleine quête identitaire, qui cherche sa place dans l'univers loin d'une Terre sur laquelle elle peine à sortir de l'ombre de son cousin (de retour sous les traits de David Corenswet), et se retrouve confrontée à la possible mort de son seul compagnon, l'adorable (et turbulent) Krypto, après une mauvaise rencontre.
"Supergirl est complexe, incorrigible, compliquée, très drôle, agressive et téméraire"
Contenant des éléments d'origin story sous forme de flashbacks judicieusement placés dans le récit, Supergirl revêt des allures de récit d'apprentissage où l'héroïne, associée à la jeune Ruthye (Eve Ridley) en quête de vengeance, va devoir apprendre à canaliser sa colère et la noirceur qui l'habite, sans les taire pour autant, pour mieux s'affirmer, vêtue de sa tenue iconique. Et Milly Alcock s'avère être un choix parfait pour le rôle : "Le personnage, tel qu'il a été écrit par Ana [Nogueira, la scénariste du film], est complexe, incorrigible, compliqué, très drôle, agressif et téméraire", nous dit le réalisateur Craig Gillespie (Moi, Tonya, Cruella).
"Elle doit jongler avec beaucoup de choses pour délivrer cette performance, et je ne voyais personne d'autre que Milly pour le faire. J'étais très excité que ce soit elle qui puisse le faire. Et dès la première scène que nous avons tournée, celle où elle est ivre dans le bar, elle devait jouer toutes les notes : l'humour, le drame, la tristesse, l'agressivité et les scènes de combat. C'était impressionnant de voir, de l'extérieur, avec quelle dextérité elle pouvait passer d'un registre à l'autre. Je me souviens avoir regardé ma cheffe décoratrice Alice [Walker], avec qui j'avais fait Cruella, et lui dire que ça allait être génial."
Warner Bros. Pictures
Et, à la fois, surprenant, par rapport à l'image que le grand public a de Supergirl, et pas tant que ça. Car "Woman of Tomorrow" parle notamment de deuil et de dépression, éléments que l'on retrouve dans son adaptation où il est question de santé mentale, sujet en vogue chez les super-héros. On le retrouvait au coeur de l'étonnant Thunderbolts* en 2025, et Tom Holland l'annonce dans Spider-Man Brand New Day, le 29 juillet, signe qu'Hollywood a su s'en emparer : "C'est une notion dont nous devrions tous parler", affirme Milly Alcock. "Il n'y a aucune honte à dire comment vous vous sentez et ce dont vous avez besoin. Pas le moins du monde."
"Surtout pour quelqu'un comme moi, qui aime dire ce qu'elle pense et ressent. Et aussi, pour le jeune public, elle montre comment on peut créer un espace sécurisant avec deux choses à la fois : vous avez le droit d'avoir des responsabilités, et d'éprouver des sentiments contradictoires à ce sujet. Vous avez le droit de trouver qui vous êtes de manière très fluide et d'aider les autres, mais de la faire de façon non conventionnelle. C'est ce qui nous rend humains et participe à la beauté du fait de se sentir vivants."
"Vous avez le droit d'avoir des responsabilités, et d'éprouver des sentiments contradictoires à ce sujet"
Autre élément surprenant : son allure de space opera. Là où Superman était plus terre-à-Terre, Supergirl embrasse totalement sa dimension spatiale et nous emmène aux quatre coins de la galaxie avec son héroïne et sa jeune partenaire, aux trousses du dangereux Krem des Collines d'Ocre (joué par un Matthias Schoenaerts méconnaissable et glouton). Dans une ambiance qui rappelle tantôt celle des Gardiens de la Galaxie (pour les créatures hautes en couleur, l'humour et les tubes connus - dont un français - de la bande-originale), tantôt celle de Mad Max (pour la poussière de certaines planètes aux accents post-apocalyptiques et le look des Brigands) et d'un western, True Grit en tête, on y croise des soleils jaune, rouge et vert et un mercenaire immortel qui vole les scènes dans lesquelles il apparaît.
Et pas seulement parce que Lobo, c'est son petit nom, est incarné par un Jason Momoa qui s'éclate dans le rôle de ses rêves, à apporter un peu plus de chaos dans un long métrage qui ne ressemble pas forcément au film de super-héros auquel ont pouvait s'attendre lorsqu'on nous parle de Supergirl. Et c'est tant mieux, surtout qu'il nous offre l'héroïne la plus rock de l'été cinéma !
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Londres le 18 juin 2026
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