Attention, l'article ci-dessous révèle la fin de "Breaking Bad". Si vous ne souhaitez pas en connaître la teneur, merci de ne pas lire ce qui suit…
Comment un western porté par John Wayne et tourné dans les années 50 s'est-il retrouvé dans l'intrigue de Breaking Bad ? Pour rappel, la série, l'une des mieux notée de tous les temps sur AlloCiné, raconte comment, pour subvenir à leurs besoins financiers, Walter White (Bryan Cranston) et Jesse Pinkman (Aaron Paul) vont se mettre à fabriquer et à trafiquer de la meth d'une pureté unique et se retrouver dans une spirale de criminalité.
Et en 2022, le créateur de la série Vince Gilligan confiait l'inspiration première pour le dénouement de la relation entre ses deux protagonistes principaux : un western signé John Ford !
L'inspiration ? Le meilleur rôle de John Wayne
Warner Bros.
"Beaucoup de spectateurs connaissant leur histoire du cinéma vont dire : 'C'est la même fin que La Prisonnière du désert' et ils auront raison", avait confié Gilligan à EW en 2022 (via TVLine). "Ce formidable western voyait John Wayne chercher Natalie Wood pendant trois heures de film*. Elle a été kidnappée par des Indiens et élevée parmi eux, et tout au long du film, John Wayne répète : 'Je dois mettre fin à son malheur. Dès que je l'aurai trouvée, je vais la tuer'. Et tout au long du film, Jeffrey Hunter répète : 'Non, ce n'est pas vrai… C'est ma sœur de sang, on va la sauver', puis [Wayne] assène : 'On va la tuer'."
"On se dit : 'Oh mon dieu, mais John Wayne est un monstre, il va vraiment le faire'. On sait tout au long du film que c'est là le principal conflit entre les deux personnages à la recherche de Natalie Wood. Et puis, à la fin du film, sur un coup de tête, on croit qu'il se précipite vers elle pour lui tirer dessus, mais au lieu de ça, il la soulève dans ses bras, l'emporte avec lui et lui dit : 'Rentrons à la maison.'"
"Ça me touche à chaque fois : la fin de ce film te serre la gorge, c'est magnifique. Dans la salle des scénaristes, on s'est dit : 'Et si on reprenait la fin de La Prisonnière ?' En fin de compte, il s'agit toujours de s'inspirer des meilleurs."
Comment cela se matérialise-t-il dans Breaking Bad ?
AMC
Les personnages de Jesse et de Walt sont passés par bien des stades au terme des 5 saisons qui forment leur aventure télévisuelle commune. D'abord complices à la petite semaine dans le trafic de drogues, Jesse assiste de plus en plus impuissant à la montée en criminalité de son acolyte.
Ce dernier prend des décisions radicales, assassine, commet les pires méfaits pour conserver sa position de prince des dealers du Nouveau-Mexique, causant une séparation avec Jesse, qui voulait simplement assurer sa survie financière. Walt ira jusqu'à trahir Jesse et le livrer à leurs pires ennemis. Et tout ceci mène à leur scène commune finale.
Pour Gilligan, il s'agissait de montrer que Pinkman n'avait toujours tué que par besoin impérieux, et qu'au moment du final, il en avait fini avec la violence :
"On s'est dit : 'Arrêtons après Todd. Faisons-en la dernière personne [que Jesse] tuera jamais. Laissons-le, à partir d'ici, avoir une vie décente'. Il a beaucoup de raisons de tuer Walt, de le haïr au point de l'assassiner. Mais il avait dit dans un épisode précédent : 'Je ne ferai plus jamais ce que vous me dites de faire', donc lorsqu'il refuse [de tuer Walt] en jetant l'arme et en disant : 'Faites-le vous-même', c'est aussi un refus de faire ce que Walt lui demande. (...) 'Si c'est ce que vous voulez, alors je ne vous le donne pas'."
On retrouve en effet, un final assez semblable à celui de La Prisonnière du désert, avec un héros dont on attend qu'il prenne sa revanche sur celui qui l'a trahi mais, finalement, son parcours l'ayant changé, décide de ne pas faire ce qu'on attendait de lui.
Et voilà comment un grand classique du western datant de 1956 a infusé jusqu'à la "writers' room" des scénaristes de Breaking Bad. Il faut dire que c'est l'un des films les plus influents de toute l'histoire du cinéma, comme en témoigne notamment sa présence, en surimpression, dans beaucoup de films du Nouvel Hollywood des années 1970.
*Gilligan exagère un peu dans ses propos, car La Prisonnière du désert ne dure que deux heures.
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