Est-il réellement compliqué de collaborer avec Ryan Reynolds ? La question se pose à la lumière des propos du réalisateur du premier Deadpool, Tim Miller, qui a quitté la préparation de Deadpool 2 après des tensions persistantes avec la star du film.
Invité au Festival d’Annecy l’an dernier, où il siégeait comme juré du Concours de cinématiques et de bandes-annonces de jeux vidéo du Mifa 2025, le cinéaste est revenu sans détour sur cette période charnière de sa carrière. Entre succès inattendu, pression grandissante et divergences créatives, la relation entre le réalisateur et l’acteur-producteur s’est progressivement détériorée.
Quand Deadpool devient un phénomène… et change toutes les règles
Au départ, l’ambiance sur le tournage du premier film est loin d’être conflictuelle. Mais tout bascule lorsque le projet prend une ampleur inattendue après sa présentation au Comic-Con de San Diego.
Tim Miller raconte cette montée en pression : “(...) Après le Comic-Con de San Diego, tout le monde a compris qu’on avait entre les mains quelque chose de plus balèze qu’un petit film de super-héros. Et, tout à coup, les enjeux ont gonflé. Je pense que ça a eu un effet sur moi, sur le studio – qui s’est mis à me traiter différemment – et sur Ryan. (...) Il avait été traumatisé par Green Lantern, tout comme David Fincher l’avait été sur Alien 3. Bref, la pression devenait très compliquée à gérer. Ryan et moi avons eu quelques désaccords à la toute fin du film. Mais le tout début s’est déroulé comme dans un rêve.”
Le débat inattendu autour du visage de Deadpool
Parmi les tensions créatives, un sujet cristallise particulièrement les discussions : l’apparence de Wade Wilson sans son masque. Le réalisateur se souvient d’un test maquillage révélateur des hésitations du studio :
“Je vais vous donner un exemple : lors du test maquillage pour le premier film, des gens du studio étaient choqués par l’apparence de Deadpool quand il ne porte pas le masque – ils le trouvaient trop moche. ‘On pensait que ça allait être juste une cicatrice, comme le sergent Barnes dans Platoon.’ Et moi je leur répondais : ‘Mais c’est comme ça qu’il est dans les comics ! Sa laideur est essentielle, elle le pousse dans une spirale de honte, c’est ce qui alimente toute l’histoire.’”
Mais sa vision artistique finit par trouver un allié en la personne de Ryan Reynolds.
20th Century Fox
Ryan Reynolds, entre soutien et désaccords
Si des tensions existent, l’acteur n’est pas toujours opposé aux choix du réalisateur. Sur certains points essentiels, il le soutient même fermement, notamment sur le design du personnage.
Tim Miller explique : “S’il avait juste une petite cicatrice, les gens se seraient demandé pourquoi il agit comme ça. Et ils insistaient : ‘Non, c’est trop. Tu vas gâcher le film.’ Alors je suis allé voir Ryan et je lui ai expliqué pourquoi c’était important. J’adorais l’idée de Bill Corso, notre maquilleur. Et Ryan était d’accord : ‘Je ne veux pas que les gens voient Ryan Reynolds. Je veux qu’ils voient le personnage.’ Là-dessus, il m’a vraiment soutenu. Mais à d’autres moments, ça aurait pu basculer. On aurait pu finir avec une petite cicatrice à la Platoon… et ça aurait été une décision catastrophique (...).”
Deadpool 2 : un projet déjà fragilisé dès le départ
Après le succès du premier film, la mise en route d’une suite semblait logique. Pourtant, en coulisses, la situation est bien plus fragile qu’il n’y paraît.
Tim Miller revient sur cette période de doute : “Je ne pensais pas faire la suite, parce que je supposais que mes problèmes avec Ryan étaient insolubles. Je n’ai d’ailleurs jamais pensé que c’était ma franchise, j’ai tout de suite dit : ‘C’est Ryan le visage de Deadpool. Je comprends comment fonctionne cette dynamique de pouvoir. Qui est le plus facile à remplacer dans cette équation ? C’est moi. Alors, bonne chance.’ Et la productrice Emma Watts m’a répondu que je devais revenir. Elle a fait beaucoup pour arranger les choses. Donc j’ai développé le personnage et on a écrit un tout nouveau scénario. J’ai fait des tonnes de prévisualisations, j’étais super excité… et tout s’est effondré à nouveau, parce que la tension était trop forte.”
20th Century Fox
Une vision artistique difficile à concilier
Au fil du développement, les désaccords se cristallisent autour de la direction créative du film.
Le réalisateur résume sa position sans détour : “Je suis prêt à discuter de tout, mais à un moment donné, je vais faire ce que je pense être le mieux pour le film. Et si ma vision ne s’accorde pas avec celle des autres, alors on revient à qui a le pouvoir sur le film. Et si ce n’est pas moi, autant que je me retire.”
Il insiste également sur la réalité du système hollywoodien.
“Bien sûr, c’est le studio qui me paie et qui met l’argent pour fabriquer le film, et ça me va. Il faut respecter une hiérarchie mais j’aimerais être le deuxième dans cette chaîne hiérarchique. Donc sur Deadpool 2, je pense que j’ai fait le bon choix en partant. Même si j’ai probablement perdu 10 millions de dollars, je ne regrette toujours pas cette décision.”
Une suite confiée à David Leitch et une nouvelle trajectoire
Finalement, Tim Miller quitte le projet. Deadpool 2 est repris par David Leitch, déjà remarqué pour son travail sur John Wick et Atomic Blonde.
De son côté, Miller s’oriente vers un autre projet d’envergure : Terminator: Dark Fate, un film qui cependant ne rencontrera pas le succès espéré et marquera un tournant difficile dans la saga.
Son Deadpool qui a tout changé, lui, est à revoir en streaming sur Disney+.
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