Enorme échec au box-office avec moins de 30.000 entrées, ce bouleversant film de guerre sorti il y a dix ans et cité à l’Oscar mérite une sérieuse découverte
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Puissamment émouvant, "Les Oubliés", cité à l'Oscar du meilleur film étranger, évoque le souvenir aussi douloureux que poignant d'un crime de guerre très méconnu, commis par le gouvernement du Danemark.

Candidat danois malheureux à l'Oscar 2017 du Meilleur film étranger, qui sera finalement remporté par le film iranien Le Client, Les Oubliés de Martin Zandvliet relate un fait historique méconnu, survenu en 1945 au Danemark. Méconnu, et même tabou, comme le réalisateur l'expliquait : "ce sont des faits historiques qui ne sont pas à la gloire du Danemark. Jusqu'ici, la plupart des historiens ont évité d'aborder le sujet, sans doute de manière bien compréhensible. Pas un livre n'évoque ce sujet".

"Décliner cette proposition aurait été une décision très impopulaire"

Ce cruel récit est celui de milliers de soldats allemands, âgés de 13 à 18 ans, parfois même enrôlés de force dans la Volkssturm, la milice populaire allemande levée en 1944, qui furent envoyés sur les côtes danoises pour déminer tout le littoral du pays, sans avoir été formés ni équipés pour cette mission. Après la capitulation de l'Allemagne nazie, les forces de libération britanniques proposèrent au gouvernement danois de recruter des prisonniers de guerre allemands pour désamorcer les 2,2 millions de mines enfouies le long du littoral.

"La proposition des Anglais de recourir à des prisonniers de guerre allemands pour des opérations de déminage a placé le gouvernement danois face à un dilemme politique" racontait le réalisateur. "Décliner cette proposition aurait été une décision très impopulaire aux yeux de l'opinion publique danoise et des pays alliés voisins.

La réputation du Danemark était encore ternie dans l'immédiate après-guerre. Et les anglais faisaient figures de parfaits héros : ils avaient libéré le Danemark. Néanmoins, en acceptant de contraindre de jeunes prisonniers de guerre allemands à déminer les côtes du pays, on peut considérer que le Danemark a commis un crime de guerre" poursuivait-il.

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"L'histoire d'une bande de garçons contraints de se racheter au nom de toute une nation"

Contraindre des prisonniers de guerre allemands à désamorcer des mines était en fait une violation flagrante et manifeste de la Convention de Genève de 1929, qui stipulait qu'il était interdit de contraindre des prisonniers de guerre à effectuer des travaux pénibles. Les gouvernements britanniques et danois eurent alors recours à un tour de passe-passe : en qualifiant les prisonniers de guerre allemands de "soldats ennemis s'étant rendus volontairement", les autorités ont contourné les principes de la Convention...

L'opération de déminage proprement dite débuta le samedi 5 mai 1945, pour s'achever le jeudi 4 octobre 1945. Outre des relations inévitablement tendues entre la population locale, avide de revanche, et les prisonniers, ceux-ci n'avaient pas de logements décents, tandis que la nourriture venait constamment à manquer. Celle-ci était donnée en priorité aux forces alliées et à la population.

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Selon les archives militaires, 1.402.000 mines furent désamorcées entre le 11 mai et le 4 octobre 1945, par environ 2600 prisonniers. La moitié d'entre eux furent tués ou blessés, même si l'on ignore le nombre exact de morts, en raison du chaos des premiers mois de l'après-guerre, ainsi que des écarts de chiffres importants existants entre les archives allemandes et danoises. Néanmoins, on admet que cette opération de déminage, étalée sur cinq mois, a fait plus de morts que l'occupation allemande du Danemark.

Les Oubliés, "un film qui parle de vengeance et de pardon. L'histoire d'une bande de garçons contraints de se racheter au nom de toute une nation" disait le réalisateur Martin Zandvliet. A vous de découvrir cette terrible et poignante histoire dans ce superbe film, dont le destin au box office hexagonal s'est fracassé, avec moins de 30.000 entrées. Une bien cruelle injustice, à réparer en VOD, ou en DVD / Blu-ray.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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