"C'est ridicule !" : John Carpenter ne considère pas ce film sorti il y a 43 ans comme un classique
Partager cet article

"Christine" a beau être unanimement considéré comme un chef-d'oeuvre du genre et une des meilleures adaptations jamais réalisées des oeuvres de Stephen King, rien n'y fait : John Carpenter n'a que peu de considération pour son oeuvre...

Lorsque The Thing sort en salles le 25 juin 1982, John Carpenter, alors âgé de 34 ans, vit sans doute l'une des plus grandes désillusions de sa carrière. Il s'agissait de son premier film pour un grand studio, Universal, et de sa production la plus coûteuse à l'époque, avec un budget d'environ 15 millions de dollars.

John Carpenter, un "pornographe de la violence"

Mais le film, sorti deux semaines après E.T. l'extra-terrestre, se heurte à un accueil glacial : il termine à la huitième place du box-office américain et engrange à peine 20 millions de dollars de recettes vie entière, soit à peine de quoi rentrer dans ses frais. La critique, elle, est impitoyable — le magazine Cinefantastique ira jusqu'à le qualifier de "film le plus détesté de tous les temps".

Il balance tout ! John Carpenter n'aime plus rien ni personne, et il donne les noms

Carpenter encaisse logiquement mal ce rejet. Il confiera plus tard être resté "sonné" par cette réaction, expliquant qu'il pensait, à tort, que le public de 1982 était prêt pour un film aussi sombre et éprouvant. Il ira même jusqu'à dire qu'on l'a traité de "pornographe de la violence", une étiquette qui le blessera profondément. Les conséquences professionnelles ne se font pas attendre : l'échec du film lui a coûté la réalisation de l'adaptation de Charlie en 1984, d'après le roman de Stephen King; un projet finalement confié à Mark Lester.

"Oh, allez, stop ! C'est ridicule !"

C'est dans ce contexte de traversée du désert que Carpenter accepte de réaliser Christine, l'adaptation du roman de Stephen King sur une voiture possédée. Lorsque le producteur Richard Kobritz l'approche pour ce film, il accepte à contrecœur.

Dans une interview pour SFX Magazine, Carpenter explique alors que ce film est le seul qu'il considère avoir fait par obligation, "pour le travail". il se rappelle également, dans ce même entretien, de son sentiment de honte lorsqu'il a vu son nom en gros sur l'affiche placardée sur un immense panneau publicitaire.

Réalisé en un temps record — environ huit mois — avec un budget plus modeste d'environ 10 millions de dollars, Christine sortira le 9 décembre 1983 et rapportera environ 21 millions de dollars. Au-delà de ces chiffres, le film est largement devenu un classique absolu, et figure au sommet dans les meilleures adaptations jamais réalisées d'une oeuvre de Stephen King.

Des considérations qui n'émeuvent guère le cinéaste. En 2023, Carpenter protestait encore sur le statut de film culte de Christine : "Oh, allez, stop ! C'est ridicule ! Je sais qu’il y a des rumeurs concernant son anniversaire. Ma question est : “Pourquoi ?"

Carpenter fait preuve d'une vraie constante concernant les sentiments qu'il nourrit à l'égard de son film. Dans un entretien avec le journaliste Gilles Boulenger en 2001, il lâchait : "Que les spectateurs le trouvent bon ou mauvais, je sais au fond de moi que je l'ai foiré. J'étais encore blessé par l'échec de The Thing". C'est évidemment son droit absolu de penser cela. Tout comme on n'est pas non plus obligé de souscrire à sa vision, et de continuer à vénérer ce totem cinématographique.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
Sur le même sujet