"Personne ne sait ce qui va arriver" : depuis 44 ans, Tarantino vénère ce chef-d'oeuvre absolu de la science-fiction signé Carpenter
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Invité il y a quelques années sur la plateau du talk show de Stephen Colbert, Quentin Tarantino s'était laissé aller à un vibrant plaidoyer pour un chef-d'oeuvre qu'il vénère par-dessous tout : "The Thing" de John Carpenter.

S'il est une chose que Tarantino adore, c'est bien décortiquer les œuvres des cinéastes qui ont largement nourri sa cinéphilie, que ce soit des classiques absolus du 7e Art ou des productions du cinéma bis, voire Z.

De sa grande passion pour Battlefield Earth, un des pires films de tous les temps, à son amour pour le western Rio Bravo, son film de guerre fétiche déniché chez Brian de Palma, en passant par le film qu'il considère comme la plus grande œuvre néo-zélandaise, le film Rambo qu'il trouve trop édulcoré par rapport au livre dont il est adapté, ou encore son vif intérêt pour Audition, un des films les plus choquants jamais réalisés, Tarantino brasse toujours extra large.

Dans cette logique bien comprise, Q.T. a évidemment un avis sur les oeuvres de John Carpenter, alias Big John pour les fans; et en particulier sur une des oeuvres maîtresses de sa filmographie : The Thing.

On ne va d'ailleurs pas réexpliquer à quel point ce film est un pur chef-d'oeuvre; un des plus grands films d'horreur du cinéma, largement vaillant malgré les 44 ans qui nous sépare de sa sortie initiale. L'univers si singulier du film fut d'ailleurs décliné sur plusieurs supports, en comics notamment, publiés chez Dark Horse, sous la forme de trois mini séries. Et même en jeu vidéo.

"Le film développe un tel niveau de paranoïa qu'il en est palpable"

Invité sur le plateau de l'émission de Stephen Colbert il y a quatre ans, pour la promotion de son livre basé sur son film Once Upon a Time... in Hollywood, Q.T. s'est livré à un vibrant plaidoyer pour le chef-d'oeuvre de Carpenter.

"L'une des raisons pour lesquelles The Thing tient une place particulière dans mon coeur, c'est déjà l'idée que je suis un grand fan des films d'horreur. En fait, je ne suis pas effrayé par les films d'horreur; je réagi surtout aux effets de suspens, que va-t-il se passer, etc. Je peux évidemment sursauter avec un effet de jump scare, mais ce n'est pas vraiment de la terreur. En revanche, The Thing m'a terrifié.

En fait, ca m'a même donné envie de me mettre sous un microscope, et comprendre pourquoi j'ai eu peur sur ce film. Je pense que la raison est celle-ci : si vous connaissez le film, vous avez ces hommes piégés dans leur centre de recherches en Arctique, et l'un d'entre eux, ou plusieurs, est peut être cette chose, qui va potentiellement tous les dévorer. Personne ne sait ce qui va arriver.

Le film développe un tel niveau de paranoïa qu'il en est palpable, tellement réaliste. Et comme ils sont piégés dans cet espace, cette paranoïa part dans tous les sens, jusqu'à ce qu'elle ne sache plus où aller, si ce n'est vers le quatrième mur, les spectateurs. Et j'ai commencé à me sentir exactement comme les personnages du film".

Une influence directe pour Reservoir Dogs

Tarantino explique d'ailleurs que cette tension psychologique a directement influencé l'écriture de son premier film, Reservoir Dogs, en cherchant à y reproduire le même sentiment d'enfermement et de paranoïa extrême :

"Quand j'ai commencé à écrire Reservoir Dogs, je me suis dit que je devais avoir cet aspect présent dans The Thing. Je dois piéger ces salauds. Je dois les piéger dans cet entrepôt, et personne ne peut faire confiance à personne d'autre. Et je veux que la paranoïa de ce qui se passe dans cet entrepôt rebondisse sur les murs et, je l'espère, comme dans The Thing, se propage dans le public".

Si le film de Carpenter est largement devenu culte, il fut ironiquement et tristement un échec critique et commercial à sa sortie en 1982, comme le rappelait (encore) le cinéaste dans cette vidéo. "Les fans de science-fiction et d'horreur l'ont même sévèrement dézingué" dit-il; "Je ne me suis pas remis de ce désastre avant un long moment". Heureusement que la postérité s'est chargé de remettre les pendules à l'heure.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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