Qui dit Don Camillo, dit Fernandel. Mais avant de devenir le célèbre curé qui tient tête au maire communiste Peppone, le comédien français a bien failli être écarté du projet. En cause : les fortes réticences de la partie italienne de la production, qui doutait de sa crédibilité dans un rôle aussi emblématique.
Une réputation d’acteur comique qui inquiétait les producteurs italiens
Au fil de cinq films, la saga Don Camillo a attiré près de 32 millions de spectateurs en France. Le tandem formé par Fernandel et Gino Cervi, interprète de Peppone, est aujourd’hui devenu mythique. Pourtant, lorsque le casting du premier film est lancé, rien ne garantit que le comédien français héritera du rôle principal.
Interrogé en 1965 sur cette période (via l’INA), Fernandel racontait comment son nom avait d’abord suscité la méfiance en Italie. L’acteur, alors surtout connu pour ses comédies, ne semblait pas correspondre à l’image que les producteurs se faisaient du personnage.
“J’avais été accepté dans le film. Il faut vous dire que les Italiens, lorsqu’on leur a dit que Fernandel allait jouer Don Camillo, avaient poussé des hauts cris. Car si je suis connu en Italie, avant Don Camillo, j’étais surtout connu par mes films comiques. Les Italiens ont eu peur que moi, habillé en curé, je dénote l’histoire.”
Julien Duvivier a tout fait pour convaincre les derniers sceptiques
Deux personnalités ont pourtant défendu la candidature de Fernandel jusqu’au bout : le réalisateur Julien Duvivier et le coproducteur français Robert Chabert. Face aux hésitations du producteur italien, ils ont même trouvé une solution originale pour prouver que l’acteur était capable d’endosser un registre dramatique.
Fernandel se souvenait ainsi des coulisses de cette décision :
“[Le réalisateur Julien] Duvivier et le coproducteur français Robert Chabert sont les deux seuls qui ont eu confiance en moi et qui ont exigé que je joue le rôle. Et pour donner confiance au producteur italien qui voulait bien accepter mais qui n’était pas très chaud, Duvivier a fait venir une copie de mon film Meurtres ? [Un film consacré au sujet de l’euthanasie, NDLR] pour lui montrer que Fernandel faisait aussi des drames. C’est après cette projection et après avoir été recommandé chaudement par Julien Duvivier et Robert Chabert, que j’ai fait le premier Don Camillo.”
Cette projection fera finalement changer d’avis les producteurs italiens, ouvrant la voie à l’un des plus grands succès de la carrière de Fernandel.
Francinex
Un duo artistique qui s’est poursuivi bien au-delà de Don Camillo
La collaboration entre Fernandel et Julien Duvivier ne s’est pas limitée aux deux premiers volets de la saga, Le Petit Monde de Don Camillo (1952) et Le Retour de Don Camillo (1953). Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble sur Un Carnet de bal en 1937, avant de se retrouver sur L’Homme à l’imperméable (1957) puis Le Diable et les dix commandements (1962), où Fernandel incarnait un personnage pour le moins inattendu : Dieu.
Une saga interrompue par la maladie de Fernandel
Porté par un premier épisode phénoménal, qui totalise 12,79 millions d’entrées en France, Don Camillo donnera naissance à quatre autres films entre 1953 et 1965.
Un sixième long-métrage, Don Camillo et les contestataires, est lancé en 1970. Mais le tournage est brutalement interrompu lorsque Fernandel, gravement malade, est contraint de renoncer définitivement au rôle. Il ne reviendra jamais devant la caméra pour achever le film et disparaîtra quelques mois plus tard, en février 1971, à l’âge de 67 ans.
La saga Don Camillo est disponible en VOD.
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