Aujourd’hui, Minority Report est indissociable de Steven Spielberg et de Tom Cruise. Pourtant, le célèbre film de science-fiction sorti en 2002 aurait pu prendre une direction radicalement différente. Plusieurs années auparavant, l’histoire imaginée par Philip K. Dick devait en effet servir de base à une suite de Total Recall, toujours portée par Arnold Schwarzenegger.
Un projet qui aurait donné naissance à un étonnant croisement entre deux récits de l’écrivain américain, avant que les difficultés financières d’un studio ne viennent complètement rebattre les cartes.
Quand Minority Report devait devenir Total Recall 2
Pour comprendre comment les deux films ont failli être liés, il faut remonter au début des années 1990. Réalisé par Paul Verhoeven et sorti en 1990, Total Recall rencontre un important succès commercial : avec un budget estimé à 65 millions de dollars, le film engrange environ 261 millions de dollars dans le monde.
De quoi naturellement donner envie au studio Carolco d’imaginer une suite. Seulement, poursuivre directement les aventures de Douglas Quaid, le personnage incarné par Arnold Schwarzenegger, n’était pas forcément évident compte tenu de la conclusion du premier volet.
Paul Verhoeven et ses collaborateurs envisagent alors une autre solution : puiser une nouvelle fois dans l’œuvre de Philip K. Dick. Carolco détenait justement les droits d’une autre histoire de l’auteur, celle qui allait plus tard donner naissance à Minority Report.
Tri-Star Pictures
Dans sa biographie écrite par Rob Van Scheers, Paul Verhoeven, Une vie de cinéaste, le réalisateur raconte :
“Nous possédions déjà auparavant chez Carolco les droits d’un récit analogue de Philip K. Dick et pensions évidemment à Arnold Schwarzenegger. Les scénaristes devaient être Gary Goldman et Ron Shusett.”
L’idée n’était donc pas simplement d’adapter Minority Report, mais d’en intégrer le concept à l’univers de Total Recall.
Schwarzenegger à la tête de Précrime sur Mars
Cette version aurait conservé Douglas Quaid comme héros. Arnold Schwarzenegger aurait ainsi repris son personnage, qui se serait retrouvé à la tête de Précrime sur Mars. Le principe central de Minority Report était déjà là : empêcher des meurtres avant même qu’ils ne soient commis grâce à des êtres capables de voir l’avenir.
Mais le projet imaginé à l’époque présentait une différence de taille avec le futur film de Spielberg : les précogs auraient été des mutants martiens. Surtout, Verhoeven voyait dans cette suite l’occasion de prolonger les interrogations philosophiques du premier film tout en abordant la question de la prédestination.
“Total Recall 1 tourne autour de la question : est-ce un rêve ou la réalité ? Total Recall 2 se demanderait : votre vie future est-elle déjà définie, et, si vous connaissez cet avenir, pouvez-vous ou non le changer ? – la prédestination. On trouve évidemment des éléments de Terminator là-dedans. Un angle de vue philosophique, mais Spielberg trouvait probablement cela trop compliqué, car il a opté pour la formule du thriller.”
Ce mélange aurait donc permis de réunir, bien avant l’heure, deux adaptations de Philip K. Dick au sein d’un même univers cinématographique.
La faillite de Carolco change complètement la donne
Le projet ne verra pourtant jamais le jour sous cette forme. En 1995, Carolco fait faillite et l’avenir de cette potentielle suite s’effondre avec le studio.
“Entre-temps, nous avions perdu notre option à la suite de la faillite de Carolco fin 1995”, a raconté Paul Verhoeven. “Gary Goldman et Jan de Bont [réalisateur de Speed] ont fait parvenir le projet à Spielberg et Jan a aussi été l’un des producteurs de Minority Report. Je crois que l’idée originale de Total Recall 2 était quand même plus excitante”, a-t-il soutenu.
L’idée d’un Total Recall 2 avec Schwarzenegger disparaît alors progressivement, tandis que Minority Report commence à prendre son indépendance.
Verhoeven résumera finalement le destin du projet en quelques mots : “Mais bon, ça n’a pas marché. C’est finalement devenu Minority Report de Spielberg, en 2002, avec un rôle principal pour Tom Cruise.”
20th century Fox
Avant Spielberg, Jan de Bont voulait réaliser le film
Steven Spielberg n’était cependant pas encore assuré de mettre en scène Minority Report. Jan de Bont, réalisateur de Speed, souhaitait lui aussi s’emparer de l’histoire de Philip K. Dick.
Mais après la faillite de Carolco, les droits de l’œuvre sont récupérés par la 20th Century Fox. Le studio finit par écarter De Bont de la réalisation après les performances décevantes de deux de ses films, Speed 2 et Hantise.
Le projet connaît alors une nouvelle transformation et se rapproche peu à peu de la version que le public découvrira finalement au cinéma.
Tom Cruise provoque la rencontre avec Spielberg
C’est finalement Tom Cruise qui joue un rôle déterminant dans cette nouvelle étape. Pendant le tournage d’Eyes Wide Shut sous la direction de Stanley Kubrick, l’acteur découvre l’histoire de Minority Report et se passionne pour le projet.
À cette période, Cruise et Steven Spielberg souhaitent justement travailler ensemble mais cherchent encore le film susceptible de concrétiser leur première collaboration. L’acteur fait parvenir le récit au cinéaste, qui se montre à son tour séduit par son potentiel.
Spielberg accepte finalement de le réaliser et Tom Cruise devient John Anderton, chef de l’unité Précrime chargé d’arrêter les meurtriers avant leur passage à l’acte.
Sorti en 2002, Minority Report deviendra ainsi l’un des films de science-fiction les plus marquants de Steven Spielberg. Mais quelques années plus tôt, le même matériau aurait pu donner naissance à un film très différent : Total Recall 2, avec Arnold Schwarzenegger, des précogs mutants et une intrigue située sur Mars.
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