Ce soir sur Amazon : un chef-d'oeuvre aussi glaçant que magistral, porté par une extraordinaire Anya Taylor-Joy
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Avant le succès de la série "Le jeu de la dame", Anya Taylor-Joy crevait l'écran en décrochant son premier rôle dans "The Witch" de Robert Eggers. Un film d'épouvante à l'ambiance aussi glaciale que malsaine et empoisonnée. A voir sur Prime Video.

Par Olivier Pallaruelo

1630, Nouvelle-Angleterre. Une famille puritaine, bannie de sa communauté, s'installe en lisière d'une forêt sombre et hostile. Le rêve d'une vie pieuse et paisible vire au cauchemar quand leur nouveau-né disparaît en un clin d'œil, sous la surveillance de Thomasin, la fille aînée.

Dès lors, tout se dérègle : les récoltes pourrissent, les animaux deviennent fous, et une présence invisible semble épier chaque geste de la famille depuis l'orée des bois. Sorcellerie ? Malédiction divine ? Ou la paranoïa qui gangrène lentement chaque membre du foyer, les uns contre les autres ? Dans ce huis clos suffocant, la vraie menace n'est peut-être pas celle qu'on croit...

Sorti il y a 103 ans, cet extraordinaire film, d'une audace et d'une inventivité inouïes, est à voir au moins une fois dans sa vie

C'est peu dire que l'on avait pas vu la claque venir à l'époque. En 2015, l'inconnu Robert Eggers, qui avait jusque-là travaillé comme designer pour le cinéma et la télévision et avait signé deux courts métrages audacieux (Hansel & Gretel et The Tell-Tale Heart), dégoupillait un premier long métrage brillant et intelligent. Un film d'épouvante qui prend comme toile de fond historique l'Amérique du Nouveau Monde et ses premiers colons protestants venus d'Europe, profondément pieux.

Une sorte d'ébauche fictive et terrifiante, comme les prémices, de ce qui donnera un demi siècle plus tard l'affaire des procès des sorcières de Salem, qui entraînèrent l'arrestation d'une centaine de personnes et l'exécution de quatorze femmes et de six hommes. Et fut la chasse aux sorcières la plus importante de l'histoire de l'Amérique du Nord.

Universal Pictures

Impressionnante Anya Taylor-Joy

À dix-neuf ans, sans aucune expérience de premier rôle au cinéma, Anya Taylor-Joy avait pourtant l'opportunité de rejoindre un pilote Disney Channel au moment où le scénario de The Witch lui parvient. En découvrant le texte de Robert Eggers, elle est tellement bouleversée par sa lecture, la veille de son audition, qu'elle manque presque de ne pas s'y présenter. Elle choisit finalement de tourner le dos à la sécurité d'un projet grand public pour se lancer dans l'inconnu de ce film d'horreur indépendant produit par A24.

Lors de son audition, elle impressionne durablement Robert Eggers par son intensité, notamment grâce à un jeu de regard soutenu et inconfortablement long face à la caméra, qui achève de convaincre le réalisateur. Ce pari sur l'inexpérience se révèle payant : le film, tourné dans des conditions physiques exigeantes propres au cinéaste, devient le tremplin d'une carrière fulgurante, menant l'actrice vers Split, Le Jeu de la dame ou encore The Northman, où elle retrouvera Eggers.

Formidablement photographié, tirant partie d'une mise en scène à la fois élégante et épurée, porté à bout de bras par l'actrice, Robert Eggers distille dans son oeuvre une atmosphère aussi oppressante que glaciale et empoisonnée comme un mauvais rêve. Sans se départir d'une dénonciation d'une Amérique puritaine qui n'en a toujours pas fini avec ses vieux démons.

Un film d'épouvante supérieurement intelligent, à voir ou revoir sur Prime Video !

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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