À New York, quatre malfaiteurs identifiés par des couleurs (Monsieur Bleu, Vert, Gris et Marron) prennent en otage une rame de métro et exigent une rançon d'un million de dollars, tandis que le lieutenant Zachary Garber, employé de la police des transports, tente de négocier et de percer leur plan....
Il faut essayer d'imaginer la grouillante mégalopole de New York au début des années 70. Une ville alors en proie à une terrible épidémie de drogue, à la criminalité effrayante, au point qu'un manuel de survie était même distribué aux touristes. Une ville au bord de la faillite aussi.
L'argent manquait tellement dans les caisses de la municipalité qu'elle ne pouvait même plus payer les éboueurs pour ramasser les ordures, surtout dans les quartiers du Bronx et de Harlem, devenus des ghettos à ciel ouvert. Les Black Panthers iront d'ailleurs jusqu'à menacer de mort le maire de la ville s'il ne faisait pas nettoyer les rues...
C'est durant cette sinistre période que, pour renflouer sensiblement ses caisses, la municipalité avait eu l'idée d'attirer dans la ville les studios hollywoodiens, pour les inciter à tourner à New York, à la faveur de conditions fiscales et pratiques avantageuses.
De là naîtront de purs chefs-d'œuvre, comme Serpico ou Un après-midi de chien. Mais aussi de sacrées pépites comme Les Pirates du métro, archétype du polar fiévreux de l'époque.
MGM
Réalisé par un cinéaste hélas bien trop sous-estimé, Joseph Sargent, le film fera d'ailleurs l'objet d'un remake sorti en 2009, sous le titre L'attaque du métro 123, signé par Tony Scott. Un film carré qui tentait de moderniser le film de 1974. Mais un exercice assez vain selon nous, tant l'œuvre originale ne souffre absolument pas du poids des ans.
Le film doit énormément à son duo de tête : Walter Matthau, acteur alors surtout associé à la comédie, y trouve un rôle à contre-emploi savoureux, celui d'un flic blasé, sarcastique et bougon, mais redoutablement futé sous ses airs désabusés. Face à lui, Robert Shaw, qui venait de marquer les esprits l'année précédente dans L'Arnaque, incarne son personnage avec une froideur et une élégance toute britannique qui tranchent avec la nervosité de son adversaire — un antagoniste flegmatique, presque courtois, mais d'une dangerosité palpable.
C'est justement ce contraste de tempéraments et de registres de jeu, entre l'aisance comique de Matthau et la rigueur clinique de Shaw, qui a séduit les producteurs Gabriel Katzka et Edgar J. Scherick pour porter cette adaptation du roman de John Godey : deux monstres sacrés que tout oppose à l'écran, et qui ne se croisent quasiment jamais physiquement, se contentant de dialoguer par talkie-walkie interposé — un pari scénaristique risqué que le charisme des deux comédiens rend totalement crédible.
Le scénario de Peter Stone, mordant et truffé d'un humour noir très new-yorkais, évite tout pathos facile et toute scène d'action superflue : la tension monte progressivement, portée par des dialogues percutants et la photographie granuleuse d'Owen Roizman (déjà chef opérateur sur French Connection).
On comprend d'ailleurs pourquoi Quentin Tarantino a toujours cité ce film en référence, notamment pour l'idée des malfaiteurs désignés par des couleurs, qu'il reprendra directement dans son Reservoir Dogs.
Les Pirates du métro, une pépite comme on n'en fait plus, avec un twist ending mémorable, à voir sur Prime video !