En avril 1607, trois bateaux anglais accostent sur la côte orientale du continent nord-américain. Au nom de la Virginia Company, ils viennent établir "Jamestown", un avant-poste économique, religieux et culturel sur ce qu'ils considèrent comme le Nouveau Monde.
Tourné sur les lieux même, presque à l'endroit exact, où se déroula ce qui fut l'acte fondateur des colonies britanniques qui deviendront les futurs Etats-Unis d'Amérique, le chef-d'oeuvre de Terrence Malick revisite de manière adulte l'histoire tout à fait tragique de la légendaire (et authentique) Pocahontas.
Son interprète, la formidable et touchante Q'orianka Kilcher, avait d'ailleurs l'âge de son rôle au moment du tournage : 15 ans. Baigné par une musique élégiaque, Le Nouveau Monde est d'une beauté visuelle absolument stupéfiante. Ecrasante même. L'ouverture du film, sur fond de Vorspiel de Richard Wagner, est belle à pleurer. Probablement une des plus extraordinaires et hypnotiques jamais vues au cinéma.
"Il a désespérément besoin d'un scénariste"
En 2012, le bien regretté Christopher Plummer, qui incarne dans le film le capitaine Christopher Newport, racontait son expérience du tournage, lors d'une table ronde organisée par Newsweek. Et c'est peu dire que l'expérience a été amère...
"J'aime beaucoup certains de ses films" lâchait-il; "mais le problème avec Terry, c'est qu'il a désespérément besoin d'un scénariste. Il s'obstine à écrire, à réécrire et à réécrire encore, jusqu'à ce que ça sonne terriblement prétentieux, et il faut se donner énormément de mal pour que ça sonne vrai.
Après quoi il monte ses films de telle manière qu'il en fait disparaître tous les personnages. Vous connaissez l'histoire d'Adrien Brody qui s'est rendu à l'avant-première de La Ligne rouge pour y découvrir qu'il n'était pas dedans. [...] Personne ne le lui avait dit. Il [NDR : Terrence Malick] a complètement repensé le film autour de Jim Caviezel, et l'a en quelque sorte construit autour de cela".
Comme Bill Pullman, Gary Oldman, Martin Sheen, Jason Patric, Viggo Mortensen ou encoreMickey Rourke sur la Ligne rouge, Christopher Plummer a donc, lui aussi, été victime des coupes massives du cinéaste sur la table de montage du Nouveau monde. On peut aisément imaginer son amertume et sa frustration, surtout à l'aune du degré d'investissement exigé par le cinéaste vis-à-vis de ses acteurs et actrices...
"Je ne retravaillerai plus jamais avec lui"
Il enchaîne : "Terry se laisse terriblement emporter par des plans poétique, qui sont magnifiques, mais ce sont des tableaux, tous sans exception. [...] il se perd là-dedans, et les histoires s'estompent, surtout dans notre film. La première demi-heure de ce film est un véritable spectacle magique : l'arrivée des navires sur le fleuve... cela ne ressemble pas à de la photographie du XXe siècle ; cela ressemble à de la photographie du XVIe siècle — c'est une peinture. Mais ensuite, l'histoire reprend, et bien sûr, je me retrouvais dans toutes sortes d'endroits différents ; mon personnage ne se trouvait soudain plus dans la scène où je pensais être.
Dans la salle de montage, c'était très étrange. Ça déséquilibre tout. Une scène très émouvante que j'avais s'est soudainement transformée en bruit de fond sonore. Je m'entendais prononcer ce long discours, merveilleux et émouvant, dans lequel je me trouvais tellement fantastique… Je l'entendais désormais comme une sorte de musique de fond, à des milles de distance, tandis que quelque chose d'autre se passait".
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En fait, Christopher Plummer fut tellement affecté par les coups de rabots sur son personnage qu'il s'est carrément fendu d'une lettre adressée à Malick pour se plaindre : "J'ai dû lui écrire une lettre. J'ai dû écrire une lettre à Terry. Je lui ai passé un savon. Je ne retravaillerai plus jamais avec lui, bien sûr. Il ne voudra plus de moi. Je lui ai dit : “Tu es tellement ennuyeux. Tu t'enlise dans la routine. Il faut que tu te trouves un scénariste”. Du coup, ma carrière avec monsieur Malick, c'est fini".
Aux dernières nouvelles, cela fait désormais sept ans que l'on attend le nouveau film du cinéaste, The Way of The Wind, dont le montage a pris... cinq ans. Et visiblement, il n'est même pas encore totalement terminé. C'est dire si le maître prend son temps...