"Il a sauvé un homme qui se noyait" : comment ce film de guerre culte a empêché Ron Perlman d'abandonner le cinéma
par Olivier Pallaruelo
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Sur le point de tout abandonner à la fin des années 1990, Ron Perlman voit son destin basculer lors d’un dîner avec Jean-Jacques Annaud. Un sauvetage providentiel qui donnera naissance au sniper culte de Stalingrad.

Voilà déjà 45 ans que Ron Perlman promène sa silhouette à l'écran. Véritable gueule de cinéma reconnaissable entre toutes, ce diplômé en beaux-arts de l'University of Minnesota sait ce qu'il doit au réalisateur Jean-Jacques Annaud, qui a largement contribué à mettre sur orbite sa carrière d'acteur.

Après sa composition dans La Guerre du feu et, plus encore, la géniale incarnation de Salvatore, son personnage bossu dans Le Nom de la rose, Ron Perlman attendra un long moment avant que le cinéaste ne le recontacte, au tout début des années 2000.

Après son film Sept ans au Tibet, sorti en 1997, le cinéaste se plongeait quatre ans plus tard dans un pur film de guerre, Stalingrad. "Ce qui m'a particulièrement intéressé, c'est la reconstitution de cette bataille à travers le microcosme de deux hommes, deux snipers, qui s'affrontent dans cette bataille, sous l'oeil de la propagande" expliquait Annaud dans une interview pour le magazine DVDVision, en 2001.

"Je pensais qu'à ce moment précis, le monde m'avait tout simplement oublié"

Lorsque le cinéaste contacta Perlman, ce dernier se trouvait alors dans une période difficile. Il se retrouvait confiné à des apparitions télévisées secondaires ou à des doublages de séries d'animation. Pire encore, les dettes et le manque de perspectives concrètes s'accumulaient.

Ron Perlman évoquait ainsi en 2014 cette période, comme étant le point le plus bas de son existence artistique :

"Vous ne planifiez pas l'obscurité; vous ne réalisez même pas que vous y êtes jusqu'à ce que vous soyez déjà en plein dedans. Je pensais qu'à ce moment précis, le monde m'avait tout simplement oublié. C'était le moment où j'ai été le plus proche de me dire : "J'ai essayé, j'ai fait de mon mieux, et maintenant je dois trouver un travail normal et sûr pour faire vivre ma famille". Je pensais sérieusement que j'avais atteint le bout de mon chemin comme acteur".

Mandalay Pictures

"J'étais sur le point de fondre en larmes"

Sorti de nulle part, un message de Jean-Jacques Annaud arrive dans ses mails. Le réalisateur français lui annonce qu'il est de passage en ville et l'invite spontanément à dîner dans un restaurant.

"On s'installe, on prend notre petit apéritif, et là, Jean-Jacques me regarde et me dit : "Bon, j'ai un film qui a un feu orange clignotant... et je t'ai écrit un rôle" raconte Ron Perlman.

Pour un acteur acculé par l'angoisse du lendemain, l'onde de choc émotionnelle est immédiate :

"J'ai été submergé. J'étais sur le point de fondre en larmes. Jean-Jacques m'a regardé et m'a demandé : "Ron, qu'est-ce que tu as dans l'œil ?" Je lui ai répondu d'une voix tremblante : "Ce sont mes allergies." Il a souri et a enchaîné : "De toute façon, ce n'est pas le plus grand rôle du film, mais il est beau, tu vas l'aimer. Je sais ce que tu aimes".

Perlman poursuit : "Ce geste... le simple fait qu'il me dise "Je t'ai écrit un rôle", ça a été comme un interrupteur. C'était passer de l'état "éteint" à "allumé". Cet homme est venu sauver un homme qui était en train de se noyer".

Mandalay Pictures

Le rôle écrit sur mesure par Annaud et son coscénariste Alain Godard n'est autre que celui de Koulikov, un ancien élève de l'académie de tir d'élite allemande d'Erwin König (incarné par Ed Harris), devenu un tireur chevronné de l'Armée Rouge qui prend sous son aile le jeune héros Vassili Zaïtsev (Jude Law).

Avec son râtelier métallique — souvenir des purges staliniennes résumé par une réplique truculente ("Ce n'était pas la faucille, camarade, c'était le marteau") —, Perlman insuffle à son personnage un formidable mélange de gouaille, de mélancolie et de gravité tragique. Un grand acteur, assurément.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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