Les films de la saga Transformers arrivent aujourd'hui sur Netflix. Loin du simple divertissement, le premier opus de la franchise réalisée par Michael Bay est un exemple fascinant de la manière dont l'imaginaire américain a été transformé par le 11 septembre.
Le premier attentat filmé
Le 11 septembre 2001, deux avions détournés par des membres du groupe terroriste Al-Qaïda s’écrasent sur les tours du World Trade Center, faisant 2 753 victimes. Un chiffre qui monte à 2 977, une fois comptabilisées les victimes du Pentagone, et du vol 93 qui s’est écrasé en Pennsylvanie.
Cet événement a évidemment eu d’innombrables conséquences politiques et géopolitiques, mais il s’agit surtout du tout premier attentat filmé sous tous les angles, tant par les New-Yorkais eux-mêmes que par les caméras du monde entier. La majorité des témoins ont donc été spectateurs (au sens propre) de cet attentat, et les images que nous avons vues ont durablement marqué notre mémoire collective.
Capture d'écran
Un séisme à Hollywood
Après le 11 septembre, filmer la destruction d’une ville au cinéma est devenu tout bonnement impossible, car les spectateurs allaient immédiatement associer ces images aux archives bien réelles qui avaient bouleversé leur vie. Hollywood a donc dû s’adapter.
Les exemples sont nombreux de films remontés en catastrophe, de projets annulés à la dernière minute, mais le plus parlant est sans doute celui de la bande-annonce du tout premier film Spider-Man, héros new-yorkais par excellence, qui montrait un hélicoptère pris dans une toile tissée entre les deux tours du World Trade Center. Une bande-annonce qui fut, bien évidemment, retirée en catastrophe des salles de cinéma.
Columbia TriStar
Par la suite, Hollywood décide de réduire drastiquement les scènes de destruction dans ses blockbusters, et a fortiori dans les villes américaines. Il y eut bien quelques exceptions, comme Le Jour d’après (2004) ou La Guerre des mondes (2005), mais dans les deux cas, 1) la menace était déshumanisée le plus possible (catastrophe naturelle, aliens, etc.) 2) les plans étaient pensés pour évoquer le moins possible l’attentat lui-même. Puis arriva Michael Bay.
Du film catastrophe à “filmer la catastrophe”
Pour un spectateur américain de l’époque, la scène d’ouverture du premier Transformers (2007) est tout simplement incroyable : une attaque menée contre une base américaine par un appareil détourné (ici un Decepticon transformé en hélicoptère), qui met en déroute les soldats, sidérés par l’ampleur de la menace à laquelle ils ont affaire. Le parallèle est évident, et Michael Bay ne s'arrête pas là.
Paramount
Pour ce premier film (il changera d’avis dans les suivants), le réalisateur fait le choix de filmer Transformers et Decepticons à hauteur d’homme, ce qui nous oblige en permanence à lever la tête pour les apercevoir (ce qu’on appelle un plan en contre-plongée). Cette idée trouve son apothéose dans la bataille finale du film, au cours de laquelle un Decepticon transformé en avion (!) vole au milieu des immeubles (!) pour finir par s’écraser sur l’un d’entre eux (!!!), le tout filmé depuis le sol en contre-plongée… exactement comme les passants qui ont observé les tours s’effondrer.
Paramount
Ce choix n’est absolument pas à prendre comme une provocation de la part de Michael Bay : il s’agit au contraire de reprendre le contrôle sur les images, pour parvenir à les surmonter. Comment ? Tout simplement en les recréant dans la fiction mais en changeant l'issue des événements. Parce que dans Transformers, les héros gagnent…
Il serait absurde de dire que Michael Bay a réussi à guérir les spectateurs américains du 11 septembre grâce à son film. Mais la sortie de Transformers en 2007 nous montre qu’une société, pour se reconstruire, a besoin d’en passer par les images, de se les réapproprier, pour parvenir à être en paix avec elle-même. C’est aussi à ça que sert le cinéma, à dialoguer avec l’imaginaire de son temps, en aidant parfois les spectateurs à surmonter ce qui les tétanisait autrefois.