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    Ressortie Donnie Darko : Richard Kelly revient sur la genèse du film culte
    Par Emilie Schneider - Propos recueillis à Paris le 14 juin 2019 — 24 juil. 2019 à 05:30

    À l'occasion de la ressortie ce mercredi en salles de "Donnie Darko" en deux versions (l'originale de 2002 et le Director's cut), AlloCiné a rencontré Richard Kelly, le réalisateur de ce teen movie de SF qui révéla Jake Gyllenhaal.

    Carlotta Films

    AlloCiné : Comment avez-vous eu l'idée de Donnie Darko ?

    Richard Kelly : Dans ma ville natale, un énorme morceau de glace était un jour tombé des ailes d'un avion et s'était écrasé sur une maison, dans la chambre d'un adolescent. C'était évidemment perturbant qu'un tel incident puisse arriver. C'est de là que j'ai eu l'idée de Donnie Darko : le morceau de glace est devenu un réacteur et l'avion avait disparu. L'histoire a ensuite pris forme.

    Donnie Darko est un teen movie avec une histoire de voyage dans le temps. C'est aussi une satire sociale. Comment décririez-vous le film ? J'imagine qu'il n'a pas été facile à vendre aux producteurs, d'autant plus qu'il n'y a pas de happy end et ni de structure classique en trois actes.

    Oui effectivement, le fait qu'il soit à la croisée des genres a été compliqué à vendre, à l'époque en particulier. Mais même encore aujourd'hui, chaque film doit rentrer dans une case précise, ça me rend fou. Je dirais que c'est avant tout un film de science-fiction car la SF traverse tout le récit. Puis c'est en effet un récit initiatique et aussi une satire, une comédie noire, il y a même des éléments horrifiques dedans. Ça n'a pas été facile. Encore une fois, il y avait un désir de conformité plus fort à l'époque. Désormais, on ose prendre plus de risques. 

    DONNIE DARKO © 2001 PANDORA INC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.

    Comment l'idée du voyage temporel est-elle née ? Vous étiez déjà porté sur la SF car vous aviez réalisé un court métrage sur la téléportation, Visceral Matter, en 1997.

    Oui, j'aime les histoires sur des choses que nous, humains, ne sommes pas capables d'accomplir, du moins pas encore. Nous pouvons aller sur la lune ou envoyer des robots sur d'autres planètes mais nous n'avons pas encore la capacité de voyager à travers le temps ou de se téléporter. C'est une frontière fascinante et j'aime me demander : "Et si quelqu'un y arrivait, quelles seraient les conséquences ?". Ces éléments de SF sont utilisés comme des ressorts dramatiques : quel effet cela peut-il avoir sur la société et les personnages ?

    Donnie Darko est désormais un classique du cinéma indépendant américain. 17 ans après sa sortie, êtes-vous toujours surpris par le culte que suscite le film ?

    Oh oui, c'est toujours surprenant mais aussi encourageant. J'espère pouvoir continuer à raconter mes propres histoires et ne pas avoir à raconter celles d'autres personnes qui m'intéressent moins. Ça me rassure de savoir que les gens se sentent toujours connectés à ce récit, cela signifie que je peux continuer à proposer mes idées.

    Le fait que Donnie Darko soit à la croisée des genres a été compliqué à vendre à l'époque.

    Le casting est un mélange habile entre de jeunes talents alors inconnus (Jake Gyllenhaal, Jena Malone, Seth Rogen) et des acteurs établis comme Patrick SwayzeDrew Barrymore et Mary McDonnell. Comment avez-vous procédé pour les réunir ?

    Le crédit est à donner à mes directeurs de casting, Joseph Middleton et Michelle Morris Gertz. Ils ont rencontré beaucoup de jeunes acteurs entre 15 et 20 ans. Nous avons tourné à Los Angeles et ça nous a beaucoup aidés car nous avions accès à tous les jeunes talents d'alors qui rêvaient de faire carrière. Beaucoup d'entre eux ont emmenagé à Los Angeles avec leurs parents dans le but d'accomplir leur rêve. On a eu beaucoup de chance car ces comédiens n'étaient pas des amateurs bien qu'ils débutaient, ils étaient vraiment préparés. Surtout qu'on ne voulait pas caster des acteurs de 20-25 ans pour jouer des lycéens, ça aurait été bizarre. Jake avait 19 ans, son personnage en avait 17 et Seth Rogen avait 18 ans et son personnage 16 ans.

    DONNIE DARKO © 2001 PANDORA INC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.
    Jake Gyllenhaal et Richard Kelly sur le plateau de Donnie Darko.

    Jake Gyllenhaal n'était pas votre premier choix d'ailleurs pour le film. Donnie devait être joué à l'origine par Jason Schwartzman

    Jason a aidé à monter le film donc je lui suis éternellement reconnaissant. Il nous a trouvé des financements en amenant Drew Barrymore sur le projet. Elle occupait aussi le poste de productrice et a apporté le reste des fonds nécessaires. Mais malheureusement, Jason n'était plus disponible quand Drew est arrivée et nous l'avons remplacé par Jake.

    Comment en êtes-vous venu à utiliser Evil Dead dans la séquence du cinéma ?

    Sam Raimi et Anchor Bay Entertainment possédaient le négatif du film. Ce n'était pas un grand studio qui l'avait. À l'origine, je voulais utiliser C.H.U.D. de Douglas Cheek mais récupérer le négatif a été particulièrement compliqué. Il fallait beaucoup de paperasse, d'argent et d'attente, au moins 3 mois, pour mettre la main dessus. Le studio qui le possédait n'a pas été coopératif. Puis une collaboratrice de Drew Barrymore avait des contacts auprès de Sam Raimi et d'Anchor Bay et elle m'a parlé d'Evil Dead. Ils nous ont laissé utiliser le film librement, sans payer, y compris l'affiche ! C'était dingue et encore mieux que d'avoir C.H.U.D.

    Quant au costume iconique du lapin, qui l'a conçu ?

    J'ai fait les croquis originaux, on les voit dans le film d'ailleurs. Puis on en a fait un modèle en 3D. Ma chef costumière April Ferry a contacté un sculpteur, Dale Brady, qui travaillait pour Stan Winston (spécialiste du maquillage et des effets spéciaux animatroniques qui a notamment participé à Terminator et Aliens le retour, NDLR). Il a créé le moule original dont on a tiré un exemplaire en plastique. Le masque était en caoutchouc et a été peint en argent, les yeux en blanc pour pouvoir y refléter la lumière. April a ensuite ajouté la fourrure et voilà, on avait notre lapin.

    DONNIE DARKO © 2001 PANDORA INC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.

    Avez-vous vu la suite controversée, S. Darko, sortie en 2010 ?

    Non et je ne la verrai jamais. Elle a été faite sans mon autorisation, j'ai été furieux qu'ils la fassent contre ma volonté. Je méprise tous les gens qui y ont participé. 

    Il existe deux versions du film, celle de 2002 sortie au cinéma et le Director's cut. Laquelle préférez-vous ?

    J'aime les deux, il s'agit d'offrir deux alternatives aux spectateurs. Ceux qui veulent plus d'informations et une plongée plus longue et approfondie dans la mythologie du film peuvent se tourner vers le Director's cut. Pour un premier visionnage, je conseille la version originale. Et si les gens en veulent plus, l'autre version existe. 

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    Votre dernier film, The Box, remonte à 2009. Avez-vous des projets en cours ?

    Oui, j'ai de nombreux projets en développement, j'écris beaucoup depuis des années. Il y a énormément de préparation et j'espère qu'une fois un de ses projets lancés, le reste suivra et j'enchaînerais les films.

    Vos histoires sont ambitieuses et comporte de nombreux protagonistes. Votre écriture pourrait s'adapter au format d'une série qui vous permettrait de développer votre univers sur une plus longue durée. Avez-vous déjà envisagé de passer le cap ?

    Absolument oui ! J'adorerais faire une grande série. C'est amusant que vous en parliez... mais je ne peux malheureusement rien dire (rires). J'aimerais vous en dire plus mais je ne veux me fâcher avec personne.

    La bande-annonce de Donnie Darko, à (re)voir actuellement en salles : 

     

     

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    Commentaires
    • Madolic
      Il va peut être enfin sortir la tête de l'eau, parce que depuis Southland Tales Hollywood l'a quand même bien enterré !
    • Casimir27
      Film exceptionnel ! Même la BO est extra !
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