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    Une Île sur Arte : que vaut la série sur le mythe des sirènes avec Laetitia Casta ?
    9 janv. 2020 à 10:00
    Julia Fernandez
    Julia Fernandez
    -Journaliste Séries TV
    Elevée à « La Trilogie du samedi », accro aux séries HBO, aux sitcoms et aux dramas britanniques, elle suit avec curiosité et enthousiasme l’évolution des séries françaises. Peu importe le genre et le format, tant que les fictions sortent des sentiers battus et aident la société à se raconter.

    Fable moderne sur le rapport de l'homme à la nature entrecoupée de polar, "Une Ile" s'empare de la figure de la sirène à travers le récit romanesque de l'émancipation d'une jeune fille au passé mystérieux (Noée Abita). Mérite-t-elle le coup d'oeil ?

    Image et Compagnie
    De quoi ça parle ?

    Une île en Méditerrannée est frappée par une pénurie de pêche. Effet du réchauffement climatique ? Une série de morts suspectes, concomitantes avec l'arrivée d'une belle et étrange inconnue secourue en mer, bouleverse la vie d'une jeune femme, Chloé.

    6 épisodes de 52 minutes

    A partir du 9 janvier à 21h sur Arte

    Ça ressemble à quoi ?

     

    C'est avec qui ?

    Ecrite par Gaia Guasti, autrice de nombreux romans jeunesse, et Aurélien Molas (Maroni, Trauma), Une Ile est réalisée par Julien Trousselier (Crime Time) et met en avant la jeune Noée Abita (révélée au cinéma dans Ava) dans le rôle de Chloé, et Alba Gaïa Bellugi (3X Manon, Le Bureau des Légendes) dans celui de sa meilleure amie Sabine. Laetitia Casta (L'Homme fidèle) y incarne la vénéneuse Théa, tandis que l'agent Manuel Severi (Loïc) et Sergi López (Bruno) se démènent pour endiguer le mauvais sort qui semble frapper l'île.

    Ça vaut le coup d'oeil ?

    Définie comme une "chronique humaine et intimiste" par son réalisateur, Une Ile est ancrée dans les paysages abrupts du cap corse où la série a été tournée. Garnie de références picturales romantiques (comme l'Ophélie de John Everett Millais dans l'épisode final), les décors atemporels de la série la rendent impossible à situer dans un lieu ou une époque précise. De même, on ignore tout du passé et des intentions du détective Bruno Gariga, incarné par un Sergi López toujours aussi sympathique, lancé à corps perdu dans sa traque de Théa. Laetitia Casta, dans un rôle qui touche presque à l'expressionisme théâtral, "à mi-chemin entre un félin et un reptile" selon Julien Trousselier, utilise son corps comme une arme redoutable, et transmet son héritage à la jeune Chloé qui devient à son tour le bouc émissaire des hommes de l'île.

    Arte

    Malgré une mise en scène organique et inspirée (qui lui a valu le prix de la Meilleure série française au Festival Séries Mania 2019), habitée par la musique envoûtante du compositeur Pierre Gambini, la série accumule les séquences contemplatives... Au risque de parfois noyer les intentions de son histoire dans des plans qui s'éternisent, et une montée en tension qui ne prend pas. Les personnages ont beau se déchirer, se séduire, se menacer et courir à leur perte les uns après les autres, l'émotion peine à surgir. Est-ce dû à la volonté de vouloir ancrer la série dans un cadre trop naturaliste, qui tranche avec l'irruption du fantastique ? Ou bien la représentation un brin trop manichéenne des hommes de l'île, brutaux et austères, en comparaison avec ses héroïnes ?

    Intriguante sur le plan formel, et en dépit de sa thématique contemporaine sur la relation ente l'homme et la Nature à travers la figure ancestrale de la sirène - symbole de puissance féminine - Une Ile finit par être entravée par une mise en scène trop académique, qui échoue à nous emporter totalement. Elle vaut malgré tout le détour pour la performance de son actrice principale : âgée de 20 ans seulement, Noée Abita imprime les six épisodes de son regard ténébreux, et alterne entre vulnérabilité et dangerosité d'un plan à l'autre. Gageons qu'elle n'aura pas fini de nous surprendre dans ses prochains rôles.

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    Commentaires
    • Stéphane C
      Quelqu'un aurait une idée de l'hommage à Blade Runner dans le monologue de Théa à la fin ? C'est voulu ou juste pompé ? :)
    • PeSSouZiX
      Y a un kekchose d'envoûtant dans cette série (qui prend son temps, oui, et alors?) qui m'a presque rappelé Le grand bleu..(d'ailleurs, dès la zik du générique, je plonge) Bref moi j'adore et j'attends la suite avec impatience !
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