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    La Flamme sur Canal+ : "un délire qui finit par ériger la bêtise en truc ultime" pour Camille Chamoux
    Par Julia Fernandez — 19 oct. 2020 à 17:55
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    Lancée le 12 octobre sur Canal+, "la Flamme" détourne de manière déjantée les émissions de téléréalité de dating avec un cast qui s'en donne à cœur joie. Rencontre avec les créateurs Jonathan Cohen et Jérémie Galan, aux côtés des actrices du show.

    Lancée sur Canal+ le 12 octobre dernier, La Flamme, créée par Jonathan Cohen (Family Business), atomise les codes de la téléréalité en adaptant le format américain Burning Love imaginé par Erica Oyama en 2012. Un concept totalement unique dans le paysage sériel français, car derrière la fusion de la comédie et de la téléréalité qui permettent d'explorer une nouvelle forme d'écriture, la série explore la question des rapports hommes/femmes, centrale aujourd'hui dans les fictions. "A l'ère post-#MeToo, c'était pour nous un défi et une perspective réjouissante de mettre en scène un personnage tel que Marc", analyse Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction. "Canal+ nous a donnés le feu vert avant même qu'on ait le casting. On a eu envie de donner un maximum de kiff au spectateur. Ça passait aussi par le fait qu'on adorait voir ces actrices, des caméos de stars comme Pierre Niney... Ça ne partait pas d'une demande de production au départ, mais un vrai plaisir de spectateur" déclare Jérémie Galan, co-créateur de la série.

    Un dispositif inédit

    Pour adapter le format américain en neuf épisodes de 26 minutes, les deux créateurs ont approfondi des éléments de la série originelle afin de créer de véritables enjeux dans chaque épisode; par exemple, la piscine de la villa qui devient un prétexte pour une compétition de water-polo, alors qu'elle accueillait simplement une pool-party dans le format américain. Mais aussi une volonté de tisser un fil rouge autour du personnage de Marc, qui prend de l'ampleur après les trois premiers épisodes. "On avait envie de pousser le dispositif, d'être plus organique sur les personnages, moins en deux dimensions", explique Jérémie Galan, coscénariste et réalisateur de La Flamme, qui avait précédemment travaillé avec Jonathan Cohen sur la comédie FranceKbek. "On explore vraiment en profondeur le personnage de Marc, les raisons derrière son caractère et sa bêtise. On commence aussi à tisser des liens entre les personnages féminins; on a voulu raconter autre chose que la version américaine, qui était assez basique."

    Canal+ nous a donnés le feu vert avant même qu'on ait le casting. On a eu envie de donner un maximum de kiff au spectateur.

    Tournée en plateau à Issy-les-Moulineaux, la série nécessitait beaucoup de minutes utiles à tourner par jour, en particulier lorsque toutes les actrices étaient réunies, sur une période de 15 jours. Au-delà de restituer la direction artistique des émissions de téléréalité, l'ambition était de parvenir à la "sublimer" à travers un travail conséquent sur la postproduction, pour que le mariage entre fausse émission et vraie série comique fonctionne. 

    Pour ce faire, les deux créateurs ont visionné plusieurs saisons du Bachelor américain afin de comprendre l'ADN du programme aujourd'hui, car la série dont est adaptée La Flamme date de 2012. "Des codes ont changé, des choses ont évolué en termes de direction artistique, et puis il fallait l'adapter au monde d'aujourd'hui, avec les problématiques contemporaines. Donc on a vu les quatre dernières saisons du Bachelor américain, et je peux vous dire que c'est très long ! Mais il y a des pépites à l'intérieur de ces programmes dont on s'est beaucoup inspirés" explique Jonathan Cohen. Lors de l'élaboration des scénarios, Florent Bernard (BloquésGroom), leur co-auteur rodé aux nouvelles écritures et aux formats web, a aussi beaucoup apporté à la série. "C'est un peu le talent caché de beaucoup de youtubeurs. Il a les mêmes références de nous alors qu'il a quinze ans de moins", s'amuse-t-il. 

    Un casting choral

    Sur le papier, réunir une douzaine de comédiennes avec une forte notoriété semblait plutôt risqué, car il fallait non seulement faire concorder leurs disponibilités, les faire "matcher" ensemble, mais aussi qu'elles acceptent de jouer avec leur image. "On trouvait intéressant le contre-emploi qu'on pouvait offrir à certaines comédiennes", explique Jonathan Cohen. "Ce sont des actrices très exigeantes dans leur choix, et qui ne font pas n'importe quoi. Il a fallu qu'elles apprécient l'écriture, que ça les fasse véritablement rire et que chacune ait une partition qui leur plaise, sinon elles ne l'auraient jamais fait.

    Sur FranceKbek, Jérémie Galan et lui ont développé une façon de travailler et d'explorer la créativité des comédien.ne.s bien spécifique qu'ils ont mis à profit au moment du casting pour les candidates de La Flamme. Les actrices ont du passer des interviews comme de vraies candidates du Bachelor, afin de tester leur potentiel pour les différents personnages. "Je trouve ça génial quand un metteur en scène ou un projet vous donne un dispositif qui vous permet d'y croire. On avait peu de temps pour tourner, il fallait que les filles trouve les personnages, et ces vraies/fausses interviews improvisées en amont les ont aidé à le faire de manière très naturelle."

    Ce sont des actrices très exigeantes dans leur choix, et qui ne font pas n'importe quoi. Il a fallu qu'elles apprécient l'écriture, que ça les fasse véritablement rire et que chacune ait une partition qui leur plaise, sinon elles ne l'auraient jamais fait.

    "Ce sont des caractéristiques qui sont un peu faibles au départ, mais comme les actrices sont incroyables et vont au-delà de la caricature, ça donne ce genre de résultat. C'était très inédit d'imaginer Adèle dans un registre comique, et je pense que c'est ce regard d'un acteur sur le travail d'un autre acteur qui a permis de faciliter ce processus de construction d'une troupe artistique", observe Jérémie Galan. Adèle Exarchopoulos, qui interprète Soraya, a pour caractéristique d'avoir un coeur de singe. "C'est dingue de voir ce qu'Adèle a réussi à en faire, l'humanité qu'elle a réussi à lui donner, ou encore Chataléré", souligne Jonathan Cohen. Jouée par Camille Chamoux, ce personnage nymphomane, a pour trait principal de ne jamais porter de sous-vêtements. "Entre la façon dont les rôles étaient écrits et l'espace de création qu'on trouvait sur le plateau, il y avait de quoi s'éclater avec chacun d'entre eux, ça devenait un espace de jeu très enfantin," analyse la comédienne. "Je me suis bien retrouvée dans le rôle de cette femme aérée !"

    "L'humour, c'est noble et dur à exécuter, et Jonathan le fait de manière admirable", souligne Adèle Exarchopoulos. "L'improvisation c'est fascinant, ça réunit énormément de qualités en termes de générosité et de précision. Et il y avait aussi cette curiosité d'être toutes réunies, d'avoir chacune un rôle très édulcoré à défendre, et d'avoir autant de femmes sur un plateau et de s'entendre si bien, c'était incroyable. Il n'y avait aucune guerre d'egos, on riait beaucoup - d'ailleurs, je ne suis pas dans la moitié de mes scènes parce que je riais trop !" s'amuse l'actrice.

    A travers la bêtise, un portrait de société

    Si aujourd'hui une émission de dating comme le Bachelor peut sembler assez désuète dans son propos, les émissions de téléréalité, ultra-populaires et fédératrices au début des années 2000, sont devenues un marqueur de leur époque pour le public et font intégralement partie de la pop-culture. Or, dans le panorama des séries françaises, jamais un format comme celui-ci n'avait été exploré, contrairement aux Etats-Unis avec des séries comme Unreal qui révèlent l'envers du décor des programmes de ce genre. "En termes d'innovation, je n'ai jamais vu ça en comédie", ajoute Céline Sallette. "Il y a un portrait de société là-dedans qui va au-delà de la parodie du Bachelor. On est à un niveau qui pour moi sera culte, en termes de comédie."

    Si le pastiche est un élément central de La Flamme qui reprend la trame du format Burning Love, l'écriture spécifique de Jonathan Cohen et ses co-auteurs intervient à partir du quatrième épisode. "On pense à The Party de Blake Edwards, ça va très loin, dans un espèce de délire qui finit par ériger la bêtise en truc ultime" poursuit Camille Chamoux. "C'est ça qui est extrêmement moderne dans le projet." Mais comment éviter de tomber dans le superficiel et dans la surenchère, au risque de rendre les personnages antipathiques ? "Il faut tout justifier, et que le cast soit touchant", assène Jonathan Cohen. "La bêtise pure, sans émotion, ça devient tout de suite gratuit." Au fil des épisodes, Marc, le héros de l'émission qu'il incarne, dévoile ainsi ses fragilités par petites touches, et on comprend bien vite que derrière cette montagne d'égocentrisme borné et superficiel se trouve un être terriblement seul et en mal de confiance en soi.

    Il y a un portrait de société là-dedans qui va au-delà de la parodie du Bachelor. On est à un niveau qui pour moi sera culte, en termes de comédie.

    "On voulait toujours que ce soit très premier degré, très vrai et incarné. Si ça faisait sketch, c'était poubelle", souligne Jonathan Cohen."On voulait que cette sincérité transparaisse à travers tous ces personnages, qui nous servent un peu de miroir déformant." Face à ce héros ultra-narcissique et à ces candidates volontairement caricaturales, l'animateur de l'émission, incarné par Vincent Dedienne, sert de point d'entrée au spectateur et projette un regard rationnel sur cet univers. "Ce n'est pas correct de parler de parodie; à mon sens, c'est une réécriture hilarante", nuance son interprète. "Je n'y serai pas allé si ça avait été une parodie, et si ça n'avait pas été ces acteurs et actrices-là. Il y a un jeu de funambule avec ce principe de réalité qu'on finit par totalement exploser." A cet effet, Vincent Dedienne salue le travail de chef d'orchestre de Jonathan Cohen, "son attention spectaculaire aux autres", et qui parvient à "s'inventer en permanence sur le plateau" pour Céline Sallette."Quand on est devant quelqu'un qui aime autant s'amuser, on est entraîné.e par cette générosité-là" conclut Doria Tillier. "Face à tant de nouveauté, il faudrait être coincé.e pour ne pas y aller !"

    Poser des limites ?

    Interrogé sur la réception potentielle de la série, du fait sa représentation exagérément stéréotypée des candidates et les comportements sexistes de Marc, "On ne réfléchit par aux réseaux sociaux", assène Jonathan Cohen. "On joue avec les curseurs. Si on avait senti cette pression de la réception à l'écriture, je pense que les filles ne seraient pas venues. La série n'a pas la volonté de mettre les pieds dans le plat, on rit de certains sujets sensibles aujourd'hui, mais au final il ne faut pas céder à la peur. Et quand quelque chose dérange, on ne le fait pas, on s'autocensure tout seuls." En allusion au débat suscité par le film Enorme à sa sortie en septembre (l'histoire d'un homme faisant un enfant dans le dos de sa compagne en trafiquant sa pilule contraceptive), le créateur de la série relativise : "si polémique il y a, on se la prendra en pleine gueule. C'est comme ça. On a le droit de traiter de tous les sujets, et on ne peut pas anticiper toutes les réactions. Les gens aiment la transgression malgré tout, et je pense que la réception de la série sera plutôt positive vis-à-vis de ça."

    La Flamme épisodes 4 à 6, le 19 octobre à 21h sur Canal+ :

     

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    Commentaires
    • ouadou
      les commentaires des actrices...?!!! revoyez les nuls, blake edwards et les monty python... La flamme est un pétard mouillé. Aucune cohérence, un festival de clins d'oeil. Tout le monde en fait des caisses. La parodie est un art qui mérite une subtilité et une sincérité absolues... Un mec qui voit pas qu'une fille est enceinte de 8 mois , ça marche si le mec est un taré mais Jonathan Cohen joue un pilote d'avion mégalo teubé ...
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