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    Minari : qui est Yuh-Jung Youn, première actrice sud-coréenne à remporter un Oscar ?
    Emilie Schneider
    Emilie Schneider
    -Journaliste
    Amatrice d’œuvres étranges, bizarres, décalées et/ou extrêmes, Emilie Schneider a une devise en matière de cinéma : "si c'est coréen, c'est bien".
    Co-écrit avec :
    Vincent Formica

    Dans Minari, Yuh-Jung Youn incarne une grand-mère fantasque qui va venir épauler le couple formé par Steven Yeun et Ye-Ri Han. Focus sur cette comédienne chevronnée de 74 ans, tout juste auréolée d'un Oscar.

    Réalisé par Lee Isaac ChungMinari a fait sensation dans de nombreux festivals, remportant notamment le Golden Globe du meilleur film étranger.

    Si l'oeuvre a marqué les esprits, c'est notamment grâce à un personnage truculent qui apporte une légèreté dans un récit parfois difficile. Ce personnage, c'est celui de la grand-mère, Soonja, campée par Yuh-Jung Youn.

    Pour rappel, Minari relate l'histoire d'une famille américaine d’origine sud-coréenne. Elle s’installe dans l’Arkansas où le père de famille veut devenir fermier. Son petit garçon devra s’habituer à cette nouvelle vie et à la présence d’une grand-mère coréenne qu’il ne connaissait pas.

    Minari
    Minari
    Sortie : 23 juin 2021 | 1h 56min
    De Lee Isaac Chung
    Avec Steven Yeun, Ye-Ri Han, Alan S. Kim
    Presse
    3,9
    Spectateurs
    3,6
    louer ou acheter

    Cette mamie bienveillante un peu farfelue est donc jouée par Yuh-Jung Youn. Née le 19 juin 1947 à Kaesong, elle grandit à Seoul. Elle étudie d'abord la langue et la littérature coréennes à l’université de Hanyang avant de passer des auditions en 1966 organisées par la chaîne de télévision TBC.

    La jeune femme se passionne pour la comédie et décide d'abandonner ses études. Elle fait ses débuts d’actrice l’année suivante dans le téléfilm Mister Gong. En 1971 débute sa collaboration avec Kim Ki-young. C’est grâce à ce cinéaste, dont La Servante est une référence mondiale, que la carrière de Yu-Jung prend son envol.

    Dans Hwanyeo, elle se glisse dans le costume d'une femme fatale qui sème la discorde au sein d’un couple. Le film est un grand succès public et critique. Elle retrouvera Kim Ki-young l’année suivante dans La Femme insecte.

    L'oeuvre est un thriller domestique reposant sur un thème récurrent de sa filmographie : celui de femmes fortes, parfois machiavéliques, qui s’immiscent dans le quotidien d’une famille et la vampirisent. Malgré ces débuts remarqués au cinéma, Yuh-Jung Youn met sa carrière entre parenthèses après son mariage avec le chanteur Jo Young-nam en 1975 (dont elle divorce en 1987).

    La comédienne s'envole ensuite quelque temps pour les États-Unis. Elle revient vivre en Corée en 1984 et reprend sa carrière d’actrice. On ne la retrouve que deux fois à l’écran jusqu’aux années 2000, dont une devant la caméra de Kim Ki-young qui la dirige une dernière fois en 1995 dans Cheonsayeo aknyeoga doila. Dans ce long-métrage, deux femmes projettent de se débarrasser de leurs maris.

    Depuis les années 2000, Yu-Jung mène une carrière prolifique aussi bien sur le petit que le grand écran. Si la télévision lui permet souvent d’endosser des rôles de matriarche dans des séries familiales, elle s’illustre à l’inverse dans des rôles plus ambigus et complexes sur grand écran.

    Getty

    Par exemple, dans Une femme coréenne (2003), elle interprète une épouse qui délaisse son mari mourant pour enchaîner les aventures extraconjugales.

    On peut aussi évoquer son rôle de retraitée contrainte de se prostituer dans The Bacchus Lady (2016). En 2010, elle se glisse dans le costume d’une belle-mère bourgeoise perfide dans The Housemaid, remake de La Servante de Kim Ki-young, comme un clin d’œil à celui qui l’a révélée quarante ans plus tôt. 

    Actrice fétiche de Im Sang-soo et Hong Sang-soo (HA HA HA et In Another Country entre autres), elle tourne aussi sous la direction de jeunes talents, comme Kim Yong-Hoon dans le polar Lucky Strike. Si sa participation de 2015 à 2017 à la série des sœurs Wachowski, Sense8, lui permet de se faire connaître au-delà des frontières de sa Corée natale, elle accède à une notoriété internationale en 2021 avec Minari de Lee Isaac Chung.

    Sa performance de mémé excentrique dans ce drame indépendant lui vaut l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, une première pour une comédienne coréenne. Elle a aussi raflé le BAFTA dans la même catégorie. On la retrouvera prochainement dans Heaven : To the Land of Happiness, de Im Sang-soo. Elle donnera la réplique à Choi Min-Sik (Old Boy).

    L'HUMOUR MORDANT DE YUH-JUNG YOUN AUX OSCARS FACE À BRAD PITT

     

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