The Gazer
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "The Gazer" et de son tournage !

Cannes 2024

Ce film a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2024.

Un premier film fait seul et contre tous

The Gazer est le premier long-métrage de Ryan J. Sloan, qui n'a pas suivi de formation classique pour devenir réalisateur et qui a commencé à travailler comme électricien dès ses 13 ans dans l'entreprise de son père. C'est avec sa mère, alitée suite à une chute qui lui a brisé les jambes et le dos, qu'il s'est forgé sa cinéphilie : "nous avons développé un amour profond pour la narration visuelle, et c’est comme si j’étais rentré dans une sorte d’école de cinéma avec ma mère comme professeur." Il était convaincu qu'il lui serait impossible de devenir cinéaste, d'autant plus qu'il n'avait pas de ressources financières et/ou institutionnelles.

Mais le besoin de porter à l'écran The Gazer était si fort que lui et sa compagne et actrice principale Ariella Mastroianni se sont lancés, occupant plusieurs emplois à la fois, et filmant quand ils en avaient les moyens, le week-end, avec un petit groupe d’amis : "The Gazer est mon premier long métrage, et à bien des égards, une lettre d’amour aux films qui m’ont inspiré. Un exemple de cinéma local indépendant qui, je l’espère, incitera d’autres cinéastes à défier les voies traditionnelles et à faire les films comme ils le souhaitent, sans attendre d’y être invités."

Sur le tas

Tourner ce premier film a été un défi pour Ryan J. Sloan, qui s'est préparé en écoutant beaucoup de livres audio et de podcasts, notamment le podcast The Cine-Files, ainsi que Team Deakins, du directeur de la photographie Roger Deakins et de sa compagne, la scripte James Ellis Deakins. Il s'est également plongé dans la lecture de livres comme Making Movies de Sidney Lumet et On Film-making d’Alexander Mackendrick, et a côtoyé le réalisateur Bruce Wemple, qui a dirigé à plusieurs reprises sa compagne, et actrice principale de The Gazer, Arielle Mastroianni : "C’est une sorte de Roger Corman. C’est un maître dans la réalisation de films à petit budget. Il m’a appris beaucoup de choses sur la façon de réaliser un film avec peu de moyens."

Un procédé rigoureux

En raison du tournage en 16 mm et du budget très modeste, l'équipe s'imposait un processus de répétition très rigoureux. Ariella Mastroianni détaille : "Sur le plateau, nous avons répété des prises avec notre chef opérateur Matt Bastos. Ryan [J. Sloan] est très doué pour donner aux acteurs l’espace pour jouer et être spontané tout en étant précis sur ce qu’il fallait faire. Ryan a scénarisé tout le film et n’a tourné que le storyboard, généralement seulement en une ou deux prises par plan – donc ce que vous voyez dans le film est exactement ce qu’il voulait".

Influences

L'un des films qui a le plus influencé le réalisateur et l'actrice principale est Burning de Lee Chang-dong, comme l'explique cette dernière : "Nous avons créé un personnage qui est un voyeur – quelqu’un qui essaie de s’effacer du monde – mais qui prend ensuite en charge son récit tout au long de l’histoire. Cet arc dans sa présence physique – un personnage qui passe d’une existence passive à une existence plus active – était vraiment passionnant à développer. Burning de Lee Chang-dong a été une référence majeure pour nous sur le plan narratif et l’incroyable portrait de Lee Jong-su par Yoo Ah-in a fortement inspiré Frankie."

L’Avventura de Michelangelo Antonioni, Le Troisième homme de Carol Reed, Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, ou encore Memento de Christopher Nolan sont des films qui ont servi de modèles pour The Gazer, car selon Ryan J. Sloan, "Beaucoup de ces films utilisent une structure narrative avec des intrigues en spirale où le protagoniste revisite un événement de son passé, mais à chaque fois avec un point de vue différent, révélant ainsi au public de plus en plus la personne qu’il est."

Un film dédié à un cinéphile disparu

En 2019, le réalisateur a acheté d'occasion une caméra et a appris de la vendeuse, Helen, que cet appareil appartenait à son fils, William, pompier le jour, cinéaste la nuit, et véritable puriste quand il s’agissait de faire des films. Décédé en 2017, à 42 ans, des suites d’une maladie, William se consacrait au celluloïd, au cinéma 16mm, à sa caméra et à sa machine de montage Steenbeck. Helen et son mari Frank vendaient petit à petit les objets que William aimait et versaient l’argent à une fondation qui porte son nom et qui aide la communauté cinématographique. En découvrant que Ryan J. Sloan était lui aussi réalisateur, Helen lui a demandé quelle caméra il recherchait pour ses films. Il se trouve que William possédait ce modèle : une Arri SR2.

Le cinéaste se souvient : "Je savais que la caméra était hors de portée pour moi. Mais Helen l’a apporté à New York, où on l’a évaluée à ma grande surprise à un millier de dollars. Nous avions un marché et elle voulait honorer sa promesse de la proposer au prix évalué. [...] Je lui ai promis que quand je tournerais mon premier long-métrage, ce serait avec sa caméra et que je lui dédierais le film." C'est ainsi que The Gazer est dédié à William Di Pietra.

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