À seulement 17 ans, en 1964, Steven Spielberg réalisait un long métrage amateur de 2h20 en Super 8 intitulé Firelight, consacré à des scientifiques enquêtant sur des objets volants non identifiés. Plus tard, le réalisateur continuera d’explorer sa fascination pour ce qu’il appelle « les grandes énigmes du cosmos » avec Rencontres du troisième type, E.T. l’extra-terrestre et La Guerre des mondes. Il raconte : « Durant le tournage de Rencontres du troisième type, je me disais : ne serait-ce pas formidable si tout ça nous arrivait un jour ? Presque 50 ans plus tard, je me dis : ne serait-ce pas formidable de savoir que tout ça est déjà vrai ? »
Lorsqu’il préparait Rencontres du troisième type, Steven Spielberg avait consulté la NASA, qui refusa de répondre à certaines de ses questions techniques et lui demanda même d’abandonner son projet. Depuis, il s’est toujours intéressé aux manœuvres destinées à étouffer la vérité. Avec Disclosure Day, il s’intéresse à nouveau aux phénomènes anormaux non identifiés, appelés PAN (terme qui est venu remplacer celui d’OVNI), et à la volonté du gouvernement à cacher à la population la vérité sur l’origine de tels phénomènes.
En 2017, un article du New York Times intitulé Glowing Auras and "Black Money" : The Pentagon’s Mysterious U.F.O. Program ("Auras lumineuses et argent noir : le programme mystérieux du Pentagone sur les OVNI") de Helene Cooper, Ralph Blumentahl et Leslie Kean, a ravivé la curiosité du cinéaste et lui a donné envie de raconter une nouvelle histoire extraterrestre.
L’article a révélé que le Département de la Défense des États-Unis finançait un programme secret destiné à rassembler les données sur les observations d’ovnis par l’armée. Spielberg se souvient : « Quand cette affaire a émergé, elle a retenu l’attention de personnes qui n’avaient jamais cru aux ovnis, et de plus en plus d’entre nous qui suspectent qu’on ne nous dit pas tout. Les questions que les gens se posent sur ce qui se passe au-dessus de nos têtes, autour de la planète et dans notre appréhension même de la réalité, tournent à l’obnubilation. Sommes-nous seuls ou pas ? Si le gouvernement le sait, pourquoi ne nous en informe-t-il pas ? »
À l’instar de Rencontres du troisième type, Steven Spielberg a commencé à écrire Disclosure Day en commençant par la scène finale, « puis j’avais avancé à reculons jusqu’à trouver comment donner tout son sens à cette fin, avec des personnages dont on aura suivi le cheminement à travers un épais mystère qui se résout dans un acte de communion ultime ».
L’écriture du film a débuté sur le téléphone portable du réalisateur. En effet, celui-ci s’est mis à écrire un premier traitement dans l’application Notes de son téléphone. Au fur et à mesure, il partageait son travail avec la productrice Kristie Macosko Krieger, qui raconte : « Chaque jour, le texte était un peu plus long, l’histoire un peu plus développée. Chaque élément supplémentaire tenait toujours plus en haleine. On se demandait, quoi maintenant ? Et au bout de deux ou trois mois, le canevas d’un nouveau thriller signé Steven Spielberg, long de 52 pages et écrit sur son iPhone, était là. »
Pour David Koepp, scénariste du film, l’une des forces de Disclosure Day est d’adopter le style des thrillers paranoïaques des années 1970, comme Les Trois Jours du Condor de Sydney Pollack, qui est à ses yeux une référence ultime du genre : « Ce sont des films intenses qui traitent du secret et de la vérité. L’un des personnages veut généralement découvrir et exposer au grand jour un secret, et d’autres individus, qui ont souvent des intérêts communs, font tout pour l’en empêcher. »
Si Spielberg a déjà traité de la venue d’extraterrestres sur Terre dans ses précédents films, il adopte encore une fois une nouvelle approche. « Le débat entre ce qui relève de la science-fiction et ce qui relève de la science est ouvert. En qualité de scénariste, je qualifierais le film de thriller de science-fiction », ajoute Koepp.
L’une des grandes séquences du film met en scène une collision avec un train. Il s’agit pour le réalisateur de l’accomplissement d’une idée qu’il rêvait de mettre en scène depuis Duel, son premier long-métrage sorti en 1971 : « La version pour la télévision faisait 74 minutes, mais pour que le film soit diffusé en salle, il fallait qu’il fasse 90 minutes, alors Universal m’a laissé filmer 16 minutes supplémentaires ». Parmi les différentes scènes qu’il avait imaginées, il y en a une où le camion vient se coller à la voiture du héros et le pousse sur un passage à niveau alors qu’un train de marchandises est à l’approche. Si dans Duel, la voiture n’est pas heurtée, Disclosure Day permet à Spielberg de réaliser la séquence comme il l’avait imaginée.
Emily Blunt a dû apprendre à maîtriser deux langues étrangères, le russe et le coréen, avec l’aide de la coach de langues Elizabeth Himelstein. Quant à la langue extraterrestre que son personnage parle dans le film, elle l’a créée avec la collaboration de Steven Spielberg, et l’aide, en post-production, du designer sonore Gary Rydstrom. Elle revient sur le processus : « On est partis de rien, et petit à petit, Steven a penché pour quelque chose de mathématique, une sorte de code Morse. J’ai découvert que j’étais assez douée pour faire des clics avec la langue. C’est un talent que j’ignorais. On a testé des choses dans la cabine d’enregistrement, des clics et des hums, mais aussi des sons plus gutturaux. C’est un des trucs les plus fous que j’ai eu la chance de faire. Gary, notre incroyable designer sonore, a ajouté de la texture, de la profondeur à ces sons et les a mixés. Le résultat est vraiment cool. »
L’acteur Wyatt Russell connaît Steven Spielberg depuis tout petit. Ses parents, Kurt Russell et Goldie Hawn, ont joué dans le deuxième long-métrage du cinéaste, Sugarland Express. Par ailleurs, il avait rencontré le réalisateur par hasard bien avant le film, alors qu’il avait 24 ans. Témoin avec un ami d’un accident de voiture, il s’apprêtait à aider les passagers du véhicule quand un autre homme l’a devancé : « Il plaçait déjà des signaux lumineux sur la route, redirigeait les files de voitures, sortait une trousse de secours de son coffre. Ce type n’était autre que Steven Spielberg ! Il maîtrisait parfaitement la situation. »
Bien que l’action du film se déroule dans le Missouri, le Maryland et en Virginie-Occidentale, Disclosure Day a été tourné à New York et dans le New Jersey, ainsi qu’aux studios Steiner à Brooklyn.
Steven Spielberg a convaincu son ami et collaborateur de longue date John Williams d’interrompre sa retraite pour composer la musique de Disclosure Day. Il s’agit de leur trentième collaboration. Le réalisateur se réjouit de retrouver le compositeur : « John vient d’avoir 94 ans et il est tout aussi phénoménal qu’à 40. La portée et le niveau d’excellence de sa carrière sont incomparables. La musique de Disclosure Day est peut-être la plus retenue qu’il ait composée pour l’un de mes films, jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus. »
Adam Somner a officié comme premier assistant pour Steven Spielberg sur tous ses films depuis La Guerre des mondes. Alors qu’il participait à la préproduction de Disclosure Day, il est décédé à 57 ans des suites d’un cancer de la thyroïde. Il est crédité comme producteur délégué au générique. « Adam était le meilleur assistant réalisateur avec lequel il m’ait été donné de travailler. Il a joué un rôle essentiel sur les films que nous avons réalisés ensemble », a déclaré Spielberg qui lui a rendu hommage, avec toute l’équipe du film, le premier jour du tournage, et qui lui a dédié son film.