Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2025.
Comme c’était déjà le cas dans ses deux premiers longs-métrages, Grave (2016) et Titane (2021) ainsi que dans son premier court-métrage, Junior (2011), Julia Ducournau évoque de nouveau avec Alpha la question de la mutation, tant physiquement que psychologiquement, d’un personnage féminin.
Contrairement à ses précédents longs-métrages dans lesquels elle développait surtout la figure du père, Julia Ducournau a mis en avant le rôle de la mère dans Alpha, interprétée par Golshiftheh Farahani. Elle n’a d’ailleurs pas de prénom dans le film et est juste appelée "Maman".
Julia Ducournau avait le projet d’Alpha en tête depuis plusieurs années. Mais elle souhaitait attendre, que le film mûrisse avant de le réaliser. Ce n’est qu’à la suite de circonstances récentes qu’elle a ressenti le besoin de sauter enfin le pas et de s’y atteler.
Pour les besoins du film dans lequel il incarne un toxicomane, Tahar Rahim a perdu plus de vingt kilos.
Bien que la région ne soit pas nommée dans le film, la Normandie sert de décor au film. La réalisatrice a notamment tourné au Havre ainsi qu’à Pont-Audemer, à la piscine des 3 Îlets.
Avec Alpha, Julia Ducournau développe le concept dit du "gisant". Il s’agit d’une théorie psychanalytique où le traumatisme d’une mort brutale se transmet à un descendant, qui revit ainsi ses symptômes. Le mot « gisant » vient des statues en marbre de Saints ou de Rois sanctifiés dans les églises et cathédrales. Une image que la réalisatrice a voulu utiliser dans son film dans lequel des personnes atteintes d’un mystérieux virus se transforment peu à peu en statues.
Le film évoque la question de l’épidémie du sida dans les années 1980 (bien que le mot ne soit jamais prononcé). Plus que la maladie en elle-même, c’est surtout la psychose liée au virus qui a marqué Julia Ducournau à l’époque, qui était encore très jeune. C’est en partie de ses souvenirs traumatiques qu’est née l’idée d’Alpha.
À l’instar d’Alpha qui était sélectionné en compétition lors de l’édition 2025 du Festival de Cannes, tous les longs-métrages de Julia Ducournau sont passés sur la Croisette. Le premier, Grave, avait fait sensation à la Semaine de la Critique en 2016 tandis que Titane avait décroché la Palme d’or, cinq ans plus tard, en 2021.
Avec Alpha, Julia Ducournau rend homme à ses origines kabyles, du côté de sa mère. Certaines scènes du film, comme la séquence du repas de l’Aïd, présentent des points communs avec de véritables souvenirs d’enfance de la réalisatrice.
Julia Ducournau retrouve ici plusieurs de ses collaborateurs avec lesquels elle a l’habitude de travailler sur chacun de ses films parmi lesquels le chef opérateur Ruben Impens, le monteur Jean-Christophe Bouzy ou encore le compositeur Jim Williams.
Tahar Rahim a dû apprendre à parler kabyle pour les besoins de certaines scènes. Un exercice qui a été un véritable défi pour lui.
Le film se termine sur la 7ème symphonie de Beethoven. Un morceau qui a été très souvent utilisé au cinéma, notamment chez Gaspar Noé (Irréversible – 2002), Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux - 2010) ou encore Tom Hooper (Le Discours d'un roi - 2010).