Un chant silencieux
Ces 100 minutes sont le prolongement du court métrage éponyme (2022) d'Eva Libertad Garcia, sélectionnées dans plus de 70 festivals et récompensées d'une trentaine de prix dans le monde entier. Son histoire est inspirée par celle de la sœur de la réalisatrice, elle-même sourde et actrice. Angela est sourde, Hector est entendant. Ils forment un couple épanoui et heureux malgré leur différence. Mais la naissance de leur premier enfant inquiète Angela : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ? Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ? Aussi original que bouleversant, ce film espagnol est une parfaite réussite.
Enfin ! Oui, le le dis, enfin un film qui traîte de la surdité. Les films sur les handicaps de toutes sortes ne manquent pas. Rien qu’en ce moment, Pour le meilleur et Plus fort que moi sont à l’affiche. Ce drame joue la carte du en proposant ce qui est presque un documentaire, au moins pour les 2/3 du long métrage, et choisit alors de véritablement nous immerger dans l'univers de son héroïne, en jouant de manière intelligente, et parfois même angoissante avec les sons. On ne cherche pas à susciter un trop-plein d'émotion, mais plutôt de nous faire comprendre à quel point la surdité est un lourd poids dans une société qui ne prend en compte que les « valides ». Hors, la surdité est le seul handicap lourd qui ne se « voit » pas. La cinéaste filme des moments presque imperceptibles, là où l'amour ne disparaît pas, mais change de forme. Deux manières d'aimer si tristes et différentes, qui l'éloignent un peu plus chaque jour du père et de son enfant. La réalisatrice capte avec une justesse bouleversante cette frontière entre deux réalités qui coexistent sans jamais totalement se rejoindre, eux qui pourtant s'aimaient.
Il fallait une actrice +++ pour porter ce film. La cinéaste l’a trouvée avec Miriam Garlo, sa propre sœur, mal entendante elle-même. D’une justesse admirable, elle ne quitte pas l’écran et porte ce drame avec force et toute l’authenticité qu’un « valide » n’aurait pu apporter. A ses côtés Álvaro Cervantes et Elena Irureta, sont également remarquables. A noter qu’il a fallu pas moins de 7 bébés pour le tournage. Sorda propose un regard unique sur le monde des sourds et des malentendants et sur la manière dont cela peut se vivre, qui peut exclure, rendre étrange, asocial ou en colère, sans jamais oublier d'aimer. Ce chant silencieux qu'il faut savoir inventer qui unit par les yeux et par le cœur, là où les mots n'existent pas, que les autres ne peuvent entendre. Ce film est une véritable expérience qu’il faut accepter de vivre. Osez !