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Le ciel est lourd. Pas celui des nuages mignons qu’on effleure du regard, mais une masse basse, ramassée, collée à l’horizon. Dans Cloud, Kurosawa ne montre pas la technologie, il filme ce qu’elle enlève : la vie, les visages, le souffle. Masaki Suda incarne Ryōsuke, ouvrier devenu revendeur virtuel. Son succès cache une faille. Et cette faille attire les regards, puis la colère, puis la violence.
Le récit est une errance. Pas de cadence dramatique, juste une tension presque invisible, un drap qui s’enveloppe autour du torse. Les scènes se prolongent sans alibi, les silences ferment, les visages se figent. Pas d’emphase. La menace descend comme la brume, sans prévenir, sans équation.
Akiko est jouée par Kotone Furukawa, elle creuse l’absence avec des yeux douloureux, une épaisseur silencieuse, comme si chaque mot qu’elle retient devenait une chute. Sano – Daiken Okudaira – surgit avec la froideur d’un calcul ; chaque geste est une machine à punir. Miyake, Takimoto, Muraoka (Amane Okayama, Yoshiyoshi Arakawa, Masataka Kubota) tissent autour d’eux un réseau de tensions, de regards éteints, de corps qui n’offrent plus rien d’humain sauf une gravité fanée.
La caméra ne danse pas. Elle reste immobile, figure posée dans le cadre, attentive à ce qui se fige, à ce qui claque. Les couleurs sont rincées – gris, crèmes métalliques, blanc sale – comme une pièce oubliée. La lumière ne flatte rien, elle documente. Expose le vide, la rouille, la trace laissée par l’écran qu’on regarde trop.
Et puis la bande-son, quasi vide : Takuma Watanabe ponctue d’intervalles, de notes coupées comme des soupirs, comme s’il mesurait l’espace entre deux respirations. Il n’ajoute rien, il révèle. Chaque son est une intrusion ; chaque absence devient une présence.
Quand la brutalité surgit, elle ne crie pas. Elle éclaire. Elle fissure les visages. Elle fait saigner les cadres. Le film explose hors de lui-même, mais sans triompher. Sans souligner. On reste sonné, pas traumatisé, simplement habité. Et ce qui reste, c’est la question : que devient l’humain quand sa voix sort du néant ?
Je donne 16/20. Cloud n’est pas conçu pour rassurer, pour épater, pour enfermer dans la compréhension. Il veut laisser un goût : celui de l’inquiétude, de l’ombre qui colle au corps longtemps après que l’écran se soit éteint.