Other est né dans l’esprit du réalisateur David Moreau après s'être longuement interrogé sur la monstruosité. Qui est le plus monstrueux entre le monstre lui-même ou la manière dont on regarde les choses qui sont, aux yeux de la société, supposées être terrifiantes ? C’est à partir de cette question que le film s’est construit.
Pour ce film, le cinéaste s’est nourri de certains de ses films de chevet comme Elephant Man de David Lynch et Freaks de Tod Browning.
À l’exception d’Olga Kurylenko qui interprète le personnage principal, les visages des autres acteurs du film ne sont pas filmés. Un procédé que David Moreau a choisi au moment de la pré-production du film afin de suggérer l’enfermement personnel de l’héroïne du film. Cela a d’ailleurs posé quelques interrogations à l’actrice, qui avait peur d’être " trop " le centre de l’attention. Toutefois, elle a accepté après que David Moreau lui a exposé ses arguments.
S’il ne montre pas les visages de ses comédiens, David Moreau accorde néanmoins une importance capitale à la question des voix des personnages. L’étape de la post-synchronisation du film a été d’autant plus importante pour lui puisqu’il a pu se permettre davantage de libertés sur des petites phrases qu’il avait envie de réécrire après le tournage.
Other se déroule essentiellement dans une maison. Une unité de lieu qui rappelle son premier long-métrage, Ils, coréalisé avec Xavier Palud, et dans lequel toute l’action se passait dans une bâtisse isolée en bordure d’une forêt.
La maison dans laquelle se déroule le film regorge de nombreux objets appartenant au passé. David Moreau a accordé un soin particulier à la décoration de cet endroit, en étroite collaboration avec l’équipe de décorateurs, composée d’Axelle Dauphin et Julien Dubourg. Pour Other, le réalisateur a surtout tenu à rechercher des objets qui évoquent la fin des années 1990 et le début des années 2000, soit la période qui correspond à l’adolescence du personnage principal.
Le personnage qu’interprète Olga Kurylenko se retrouve seule dans la maison et ne parle presque pas, pas même à elle-même. David Moreau s’est inspiré des films muets où ce qui se raconte passe moins par les paroles que par la musique, le son ou les images.
La question du regard est importante dans le film. Les personnages sont regardés à travers différents appareils et dispositifs comme des caméras VHS ou des drones. Sur ce rapport à la technologie, omniprésente, le réalisateur s’est notamment inspiré de Lost Highway de David Lynch dans lequel une autre réalité s’invitait par les écrans, de manière à créer une sensation permanente d’observation pour les différents personnages.
David Moreau, dont les deux premiers longs-métrages, Ils et The Eye étaient de vrais films de genre, revient avec Other à ses premières amours. Il utilise notamment à plusieurs reprises la technique du jumpscare, qui consiste à faire sursauter le spectateur grâce à des effets de surprise. Même si, de son propre aveux, il n'est fan de ce dispositif, il reconnaît néanmoins que son histoire, qui lorgne vers le film d’horreur, en avait besoin.
Il s’agit du deuxième film en langue anglaise de David Moreau après The Eye (2008).
Le tout premier film d’horreur que David Moreau a découvert est Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974). Il n’avait alors que neuf ans et ne l’avait pas vraiment vu mais entendu à travers une porte, puisque ses parents ne souhaitaient pas qu’il le visionne. Sa toute première sensation de cinéma d’horreur est donc passée par le son.
Olga Kurylenko a systématiquement refusé une doublure sur ce film et a tout voulu faire elle-même : "tomber, subir le froid, le chaud".