Qui est le film ?
Reflet dans un diamant mort se présente sous les atours trompeurs d’un récit d’espionnage. Un vieil homme semble se souvenir d’une vie passée faite de missions, de femmes fatales, de complots et de diamants convoités. Mais très vite, la promesse narrative se délite. De quoi parle vraiment le film ? Non pas d’agents secrets mais surtout de ce qu’il reste aujourd’hui de leur imaginaire. L’ambition est, selon moi, de transformer le cinéma en surface de réverbération pure, où l’image, comme matière première, renvoie à d’autres images : giallo, eurospy, fumetti et séries B paranoïaques des années 60 et 70.
Par quels moyens ?
Le premier choix est le "vieil homme" donnant l'autorisation de fragmenter, de répéter, de dérégler le temps sans jamais avoir à justifier ces ruptures. La mémoire qu’il incarne n’est pas intime mais cinéphile. Ce qu’il convoque, ce ne sont pas des souvenirs vécus, mais des poses, des gestes, des situations empruntées.
Cette dynamique trouve son cœur symbolique dans le diamant du titre. Loin d’être un unique objet de convoitise, il devient la métaphore même du film. Surface réfléchissante, éclatée, insaisissable. Chaque plan fonctionne comme une facette autonome qui capte la lumière avant de la renvoyer ailleurs. Il n’y a pas de centre, pas de trajectoire, seulement une circulation permanente du regard où le sens se diffracte.
Le fétichisme constitue le véritable moteur esthétique. Cattet et Forzani filment des fragments de corps, des matières, des textures, des objets avec une insistance érotique. Un œil maquillé, une bouche entrouverte, une lame, un tissu deviennent des unités de sens à part entière. Le monde disparaît derrière la surface. Les personnages cessent d’exister comme sujets pour devenir des assemblages de signes visuels. Ce travail sur la surface entraîne une dissolution progressive de l’identité. Les masques, les visages interchangeables, les références à Diabolik disent que ici, être, c’est ressembler. L’identité n’est plus qu’un costume visuel, modulable à l’infini.
La mise en scène accentue encore cette perte de repères par un usage systématique du montage disjonctif. Faux raccords, glissements temporels, répétitions obsessionnelles brouillent toute linéarité. Pourtant, paradoxalement, ce chaos est réglé et chaque surgissement visuel et sonore est calculé. Mais c’est aussi ici que le geste devient ambigu. En cherchant à extraire l’essence pure du cinéma bis, le film en fige paradoxalement la vitalité. La rugosité artisanale, l’imprévisibilité naïve, le rapport direct au monde propre aux séries B sont remplacés par une conscience théorique omniprésente. Le plaisir est réel, l’ivresse aussi mais elle est traversée par une sensation de muséification.
Quelle lecture en tirer ?
Reflet dans un diamant mort met le spectateur dans une position inconfortable, jubilatoire, parfois épuisante. Ce que l’on regarde, ce ne sont pas des scènes d’espionnage mais leur fantôme. Un imaginaire populaire vidé de sa fonction narrative et transformé en pur matériau esthétique. Libre au spectateur d’y voir une célébration extatique ou une impasse fascinante.