Martine fait une chasse à l'homme
Prey avait déjà redonné un peu d’allant à une franchise que seul le film de McTiernan dominait jusque-là sans partage. Avec ce Predator : Killer of Killers, sorti sous la forme d’un film d’animation directement sur Disney+, le studio prenait un pari risqué mais reconfiait tout logiquement les rennes à Dan Trachtenberg pour revisiter le mythe sous un prisme nouveau. Curieux et poussé par l'arrivée de Predator : Badlands, j’ai tenté l’expérience - et bien m’en a pris.
Dès les premières minutes, on comprend qu’on va assister à un drôle de patchwork, un truc aux accents de Martine pilote d'avion à l'arrache et Mini-Loup contre les Vikings.
Le film se décline en quatre chapitres - presque des épisodes autonomes - qui trouvent leur liant dans un dernier segment plus explicatif. C’est une sorte de recette en quatre étapes :
1 - Predator chez les Vikings,
2 - Predator visite le Japon féodal,
3 - Predator teste son vaisseau avant le contrôle technique,
4 - Predator à la kermesse de son village.
Sur le papier, rien de bien neuf : c’est du classique pur jus. Mais dans les faits, cette structure fonctionne étonnamment bien. Les contextes historiques, bien que mille fois vus, permettent de croiser quelques figures mythiques du combat - samouraïs, guerriers nordiques, soldats américains - et offrent leur lot de séquences nerveuses et spectaculaires. La profondeur des personnages est minimale, mais l’intention est claire : on est là pour le duel, pour la chorégraphie sanglante, pour le choc des corps et des civilisations. Et à ce jeu-là, Killer of Killers s’en sort très bien.
L’animation, un peu déroutante au début, finit par séduire. Les textures, les lumières, les mouvements de caméra donnent parfois naissance à de vraies fulgurances visuelles, presque picturales. Certaines scènes de combat, notamment dans la neige ou les feuilles mortes, rivalisent de bonnes idées. En revanche, le fil rouge qui relie ces chapitres manque un peu de mordant - une toile narrative un peu fine pour un chasseur aussi redoutable.
Les puristes du premier Predator reprocheront sans doute, encore une fois, de voir le monstre “banalisé”, sorti de son contexte de survival paranoïaque pour devenir simple figurine de baston intertemporelle. Et, il est vrai, la comparaison avec le sort réservé à Alien chez Disney n’est pas loin : même mécanique, même dilution du mythe. Pourtant, difficile de bouder son plaisir. Pour qui a grandi fasciné par ces deux créatures iconiques, il y a quelque chose d’assez réjouissant à les voir renaître sous d’autres formes - tant que le respect et la curiosité sont au rendez-vous. Trachtenberg ne respecte peut être pas l'œuvre initiale mais il respecte le chasseur et sa proie.
Predator : Killer of Killers ne révolutionne rien, mais il assume ce qu’il est : un divertissement énergique, respectueux et sincèrement amoureux de son sujet d'étude, à sa manière. Et si l’on sent poindre le fan service à chaque coin de plan, le film a au moins la décence de ne pas être de la fast-fashion cinématographique. Il exploite la mythologie sans la trahir, et c’est déjà pas mal.
En attendant Badland, ce Predator animé agit comme un bon apéritif : léger, nerveux, un peu vain, mais diablement plaisant.