Une grande fresque romanesque qui cultive l'exotisme autour de cet art si particulier qu'est le kabuki. C'est un peu long, au risque de perdre un peu le spectateur, et les transitions manquent de fluidité. Mais c'est du grand cinéma, ambitieux et intense.
Beau, triste et mélancolique, Le Maître du Kabuki raconte avec cruauté le destin d’un homme dévoré par son ambition, dans un monde fermé où le sang pèse parfois plus que le talent.
Très graphique ce cinéma japonais qui rend hommage à sa culture artistique. Lenteur et beauté s'harmonisent et nous font entrer dans ce film comme dans un conte légendaire. Comme Kikuo vous allez être happer par le théâtre japonais et son écouvrez un autre monde, une autre culture ancestrale. Depuis le XVIIᵉ siècle, les femmes étant interdites de scène au Japon, les rôles féminins ont été confiés à des hommes. Les onnagata consacrent leur vie à perfectionner l'art d'incarner la féminité : démarche, posture, voix, gestes, expressions et danse. Leur objectif n'est pas d'imiter une femme de façon réaliste, mais de représenter un idéal artistique de la féminité, propre aux conventions du kabuki. De nombreux onnagata sont issus de grandes lignées d'acteurs et commencent leur formation dès l'enfance. Dans Le Maître du Kabuki, ce statut est central, car il demande une discipline extrême et une identité artistique très forte. Le personnage principal ne se contente pas de « jouer une femme » : il incarne une tradition séculaire où l'art prime sur le réalisme. Ce rôle est considéré comme l'une des spécialités les plus prestigieuses du théâtre kabuki, et certains onnagata sont devenus de véritables légendes de cet art. Mon œil européen a bien du mal à s'y faire à ces visages immaculés de blanc, maquillés à outrance ne laissant aucune marque d’expression sur les visages. Ils me feraient même presque peur !! Kikuo est adopté et appartiennent à la Maison Hanba-ya. Ce ne sont pas seulement des familles biologiques, mais de véritables lignées artistiques, chaque maison possédant un nom prestigieux, transmet un style de jeu particulier, forme les jeunes acteurs dès leur enfance (ou adopte parfois un disciple talentueux), protège sa réputation, bâtie sur plusieurs siècles. C'est très complexe et très hiérarchisé. Alors vous comprenez quand Kikuo Tachibana, après des années d'apprentissage, reçoit successivement les noms Hanai Toichiro, puis Hanai Hanjiro II et est désigné comme son digne successeur par Hanjiro lui même, la honte qui s’abat sur le reste de la famille !! Bon vous l'avez compris c'est japonisant à souhait, long et compliqué, mais beau. Toujours est-il que pour parvenir à ce statut suprême de trésor national vivant Kikuo a vendu son âme au diable. Kikuo ne conclut pas un pacte littéral avec le diable : il exprime sa volonté de sacrifier tout le reste (amour, famille, bonheur, identité) pour devenir le plus grand Onnagata. Ce qui est intéressant dans Le Maître du Kabuki, c'est que le « diable » est avant tout une métaphore. Kikuo ne renonce pas seulement à son bonheur : il accepte de laisser mourir une partie de lui-même pour que seul subsiste l'artiste. À cet égard, le film est peut-être plus proche de Black Swan ou de Whiplash que de Faust : le véritable démon est l'obsession de la perfection. On peut aussi voir un parallèle avec Le Prestige, où deux illusionnistes sacrifient leur vie, leurs proches et même leur identité pour devenir le plus grand magicien de leur époque. Dans ces récits, comme pour Kikuo, la question centrale est toujours la même : jusqu'où est-on prêt à aller pour devenir un maître absolu de son art ?
C’est sans grand enthousiasme que j’ai essayé de regarder un film de 3 heures sur un genre de théâtre japonais ou les rôles féminins sont joués par des hommes. Etant donné les excellentes critiques j’ai tenté le coup, mais sans surprise j’ai trouvé cela assez ennuyeux, beaucoup trop long et j’ai abandonné avant la fin. Sans doute faut il être d’avantage passionné que je ne le suis par le sujet, pour apprécier ce genre de film d’une telle durée…
Peu de choses à ajouter. Tout à déjà été dit : la mise en scène est époustouflante, le jeu des deux acteurs principaux admirables. L'immersion est totale et l'on ne voit pas le temps passer et pourtant, c'est tellement loin de notre culture occidentale. L'art du kabuki est magnifiquement filmé. Magique.
L’ambition de composer une (double!) histoire s’étalant sur plusieurs décennies comporte certains écueils contre lesquels ce drame s’échoue: ellipses parfois peu pertinentes, conférant un rythme saccadé, davantage proche d’une série; évolutions psychologiques d’autant plus abruptes que les protagonistes, d’abord clairement définis, finissent par être décrits à travers leurs actes; arrière-fond historique fort peu exploité; personnages secondaires réduits à des fonctions narratives. En revanche, le kabuki, au coeur de l’intrigue, est représenté dans toute sa magnificence, son exigence, ses spécificités, servi par d’élégantes séquences théâtrales. En outre, le népotisme de ce monde singulier est dénoncé avec force, le talent s’effaçant devant la naissance pour rassurer de puissants privilégiés alors que les enfants ne peuvent choisir leur voie. Quant au récit initiatique symétrique, il insiste sur la vanité humaine puisque les succès peuvent devenir de simples souvenirs tout en soulignant que la roue de la fortune tourne dans les deux sens. Néanmoins, en raison du manque d’attachement pour les héros, l’émotion reste en sourdine, rendant le développement quelque peu lancinant. Un très bel hommage à un art séculaire.
Le Kabuki, théâtre épique traditionnel japonais est au cœur de ce long-métrage narrant l’amitié et la rivalité de deux comédiens. La réalisation est un modèle d’orfèvrerie aussi délicate que raffinée. Le récit fleuve est ponctué régulièrement de soubresauts narratifs rendant le récit aussi mouvant qu’émouvant. Enfin, l’interprétation est à la hauteur captant avec justesse et émotion cette recherche vers la perfection artistique.
Exotique, esthétique et romanesque La grande fresque populaire nippone, forte de ses 11 millions d’entrée, arrivaient sur nos écrans pour les vacances de Noël 2025. 3h de film autour de cet art ancestral japonais qu’est le Kabuki avait de quoi faire peur aux occidentaux ; malgré sa sélection à Cannes au printemps 2025. Pour mon compte, l’aspect succès au box office dans son pays d’origine pouvait me faire avoir des doutes sur la qualité du film. Mais que nenni ! Quel bon moment que de plonger dans cette histoire au long cours, sur près de 50 ans, mettant en scène deux amis puis rivaux puis amis autour de leur passion commune qu’est le Kabuki. Mais kezako le kabuki ? C’est du théâtre vieux de 5 siècles très codifié alliant pour nos occidentaux opéra et ballet dans lequel les personnages féminins sont joués par des hommes ; ce qui rappelle l’époque européenne des castras. Qui sont ces deux jeunes que l’on va suivre sur 50 ans ? Le premier, talentueux à souhait, est le fils d’un yakuza, orphelin et accueilli par un maitre kabuki pour son potentiel. Mais son propre fils, destiné à lui succéder, tradition oblige, est aussi un jeune acteur en devenir du kabuki. Comment le premier va parvenir à se faire une place dans un monde où la filiation est primordiale, à force de travail. Comme dans de nombreux domaines pour toucher l’excellence, il faut se donner à 100% à son objectif quitte à causer des dégâts autour de soi. Entre les deux garçons puis les deux hommes, le respect supplantera toujours la rivalité pourtant toujours bien présente ; ils ne seront jamais immoraux. Cela fait le sel aussi de cette histoire qui sous ses accents mélodramatique au rythme effréné faisant penser aux grands film de Scorcese s’en démarque aussi sur ce point-là. C’est bien un « rise and fall…and rise », le scénario regorge de petites trahisons, d’arrangements et de rebondissements, on ne s’ennuie donc pas sur les près de 3 heures du film tant il est fascinant de suivre le destin croisé de ces deux garçons. Une vraie tragédie entre filiation, loyauté et rivalité avec des personnages bien écrits qui se démarque du lot des films semblables par l’honnêteté dont font preuve les deux hommes. Et puis dans ce film, on retrouve ce qui fait bien souvent la qualité du cinéma nippon ou coréen, la précision et l’exigence esthétique apporté sur chaque plan. Si on y ajoute la beauté des costumes, des maquillages, les chorégraphies au cordeau ; c’est bien souvent un émerveillement pour nos rétines. Au-delà de l’art du kabuki, ce film montre bien comment la société nippone est cloisonnée, hiérarchisée, où les hommes sont sur le devant de la scène et les femmes, en apparence sans pouvoir, tiennent les rênes en coulisses. Le seul bémol du film vient de l’usage des ellipses laissant parfois des trous béants dans la narration et des personnages sur le bas-côté du récit. Le récit perd donc bien souvent en fluidité et c’est bien dommage. Ne pas se laisser rebuter par un thème de niche bien loin de l’occident, l’histoire humaine est quant à elle bien universelle.
J'ai adoré. Je suis loin d'être une spécialiste du kabuki, mais il y a quelques années, j'ai lu la série manga "le chemin des fleurs". J'en ai gardé une forte impression. C'est ce qui m'a donné envie de voir ce film et m'a permis d'en apprécier toute la beauté. Grâce au manga (dont le film est très similaire d'ailleurs), j'avais toutes les références utiles (voire nécessaires) à la bonne compréhension du film (aussi bien pour les termes que dans sa philosophie). Je n'ai pas vu passer les 3 heures ^^
Envoutant, magnifique, très intéressant aussi cette plongée dans la société japonaise très policée et ce théâtre que pour ma part je ne connaissais pas. Même si je n'ai pas tout compris des "représentations", les costumes, les acteurs sont magiques, que j'ai été subjuguée. Un très beau moment de cinéma.
La grande force du film réside dans sa reconstitution spectaculaire. Les décors somptueux, les costumes raffinés et les scènes de représentation plongent le spectateur dans un monde théâtral fascinant, où la beauté de l’art se mêle à la rigueur d’une tradition exigeante. Cependant, la narration, ponctuée d’ellipses importantes, peut donner une impression de fragmentation, et la mise en scène, trop académique, manque par moments de souffle.
La longueur du film n'enlève rien à la beauté du récit et de l'image . Il est des films qui vous émeuvent en vous transportant ne serait-ce qu'un bref instant dans une autre culture, une autre époque, vous permettant de vivre une autre vie. « Le maître du Kabuki » en est un, c'est un véritable trésor national, comme son titre en japonais (Koku hô 国宝) l'indique bien.
Ce film fleuve est un hommage puissant au théâtre traditionnel japonais. On y suit la vie de Kikuo, qui va devenir une star du théâtre en parallèle d’une vie mouvementée. Si le film est beaucoup trop long, certaines scènes, surtout sur la fin sont bouleversantes et juste sublimes.