Dès le depart, ça a tout de la comédie lourdingue véhiculant clichés et caricature. Quand en plus c'est produit par Prime Video, qui n’a fait que des navets en terme de comédie française, et si vous ajoutez une affiche avec le fameux titre en jaune comme toutes celles des comédies peu inspirées du genre, alors vous savez d'avance à quoi vous attendre. Mais c'est écrit et réalisé par Mourad Winter, qui a sorti l'année dernière en salles le sympathique "L'amour c'est surcoté", alors peut-être que cette fois-ci la plateforme aurait enfin réussi à nous proposer une bonne production du genre ?
Le pitch du film est amusant : deux frères et une sœur découvrent leur lien de parenté le jour où leur père, propriétaire d'un petit bar de quartier se fait abattre dans celui-ci. Et comme ce père leur laisse une lourde dette sur les bras auprès de gens peu fréquentables, Maurice, Morgane et Mohamed vont devoir reprendre la gestion du petit commerce, et surtout tout ce qu'elle cache. Car derrière la façade de "Chez Momo" se cache à la fois une commerce de proxénétisme et des jeux d'argent.
Et pour faire face à la menace de ceux à qui ils doivent de l'argent, les frangins vont devoir apprendre à se connaître et s'unir pour être plus malins que leurs adversaires.
Et le film s'avère être une bonne surprise, avec des personnages clichés mais bien écrits, des vannes bien placées, et une intrigue bien pensée. On n'échappe pas malheureusement à cette fameuse voix off qui vient t'expliquer au départ le contexte, ou plus tard comment les personnages ont réussi tel ou tel coup, mais ça n'empêche pas le film d'être bon.
Après le couple cabossé de "L'amour c'est surcoté", Mourad Winter s'intéresse cette fois à une famille cabossé, et quelques autres personnages pas mieux autour d'eux. Cela donne même par moment des scènes assez touchantes, notamment autour du personnage incarné par Florence Foresti bien plus sobre que ce à quoi on aurait pu s'attendre avec elle dans un tel rôle. Ce n'est pourtant qu'un personnage secondaire du film, mais le scénariste et réalisateur prend le temps de développer ceux-ci aussi.
Et puis bien sûr, en tête d'affiche le trio formé par Hakim Jemili, Laura Felpin et Benjamin Tranié. L'alchimie entre les trois fonctionne franchement bien, et chacun interprète son rôle avec autant d'humour que de délicatesse, faisant d'eux autre chose que de simples personnages clichés et vulgaires. Ce n'est jamais de l'humour potache balancé en plein écran, juste des situations et des dialogues qui font mouche. À ce titre, Triané joue encore ici un rôle à l'humour toujours borderline, mais qui tombe à chaque fois parfaitement juste pour aller assez loin sans franchir la ligne.
Le scénario reprend des classiques du genre, avec ces petites frappes devant faire face à plus gros qu'eux et qui vont devoir redoubler d'ingéniosité pour s'en sortir au nez et à la barbe de ceux-ci. Une sorte de "Ocean's eleven" dans le Paris populaire des années 90. Et en 1h45, Mourad Winter en raconte beaucoup. On ne s'ennuie jamais, et le rythme du film est bien géré du début à la fin.
Comme quoi s'il aura fallu à Prime Video passer par bon nombre de navets pour y arriver, la plateforme propose enfin une bonne comédie française, qui trouve le bon équilibre pour à la fois faire rire, divertir et raconter quelque chose, que ce soit sur la famille ou sur les secondes chances avec un sens du tempo très bien affûté.
Le genre de comédie qui ne paye pas de mine, et qui s'avère pourtant être une bonne surprise qu'on pourra revoir régulièrement avec un réel plaisir.