Une affaire turque confronte Mathieu à une intégration qui semble toujours conditionnelle. Devenu avocat et proche d'accéder aux hautes sphères du pouvoir, il reste ramené à ses origines. Hüseyin Aydin Gürsoy construit un thriller politique où le plafond de verre se double d'un conflit intime : peut-on s'intégrer sans s'éloigner de sa famille, de sa culture et de ses traditions ?
Le film e part d'un paradoxe particulièrement cruel : Mathieu a accompli presque tout ce que le modèle de l'intégration attendait de lui. Il a travaillé, gravi l'échelle sociale, intégré un prestigieux cabinet d'affaires et changé jusqu'à son prénom pour faciliter son parcours professionnel. Pourtant, lorsqu'il approche enfin du statut d'associé, cette réussite ne suffit toujours pas à faire disparaître ses origines. Le plafond de verre ne tient plus seulement à l'accès aux fonctions de pouvoir. Il réside aussi dans l'impossibilité d'être regardé comme un Français dont l'origine n'aurait plus constamment besoin d'être rappelée.
Cette assignation devient d'autant plus violente qu'elle ne passe pas nécessairement par une hostilité déclarée. Lors d'un dîner chez Claude, une remarque apparemment bienveillante suffit à replacer Mathieu dans la catégorie de celui qui vient d'ailleurs. Sa réussite devient remarquable parce qu'elle est implicitement considérée comme moins ordinaire que celle des autres. Le film installe ainsi une discrimination diffuse, parfois enveloppée de bonnes intentions, dont il devient difficile de désigner un responsable précis.
Mathieu n'est cependant pas réduit au statut de victime. Lorsque Abdullah menace indirectement son ascension, l'avocat utilise à son tour les rapports de pouvoir qu'il a appris à maîtriser. Celui qui voulait entrer dans le système finit par exercer sa domination sur un jeune homme moins armé socialement. Le jeu magistral de Lionel Erdogan accompagne cette dégradation sans effacer l'ambivalence du personnage : peur du déclassement, culpabilité et désir de reconnaissance restent perceptibles derrière des décisions de plus en plus contestables.
À cette intégration toujours inachevée s'ajoute le conflit avec ses propres attaches. Mathieu demeure attaché à sa famille et aux traditions qu'il n'a jamais totalement abandonnées, tandis que sa trajectoire l'en éloigne progressivement. Son milieu professionnel continue de le renvoyer à ses origines, quand sa communauté peut désormais considérer certains de ses actes comme une trahison. Une affaire turque enferme ainsi son personnage dans un entre-deux particulièrement sombre : l'intégration exige des concessions identitaires sans jamais lui garantir, en retour, une appartenance complète.
Encore un premier long métrage – l’ été est prolixe – de Hüseyin Aydin Gürsoy qui a puisé dans ses propres souvenirs pour ce scénario. A l’ image du rôle principal confié à Lionel Erdogan, Mustafa Duman, il est d’ origine Turque. Son personnage a francisé son prénom en « Mathieu » afin de faciliter son insertion et cela a plutôt bien fonctionné pour lui. Ses parents habitent toujours une commune du nord de la banlieue parisienne, où la communauté est fortement ancrée. Tout démarre sous les meilleurs auspices, pour Mathieu qui réussit plutôt bien dans les affaires traitées dans son métier d’ avocat. La mise en situation est parfaitement posée, alors qu’ un simple geste malheureux va compromettre le bel avenir du jeune homme. Et de manière indirecte, car non concerné au premier chef, et voulant rendre service à sa sœur, le ciel – ou plutôt les codes de la communauté Turque – vont lui tomber dessus… Extrêmement bien ficelé, la mise en scène de ce thriller est très finement développée, avec toute la force intérieure du personnage ( Mathieu / Mustafa ) interprété par Lionel Erdogan qui n’ est pas sans rappeler le fantastique Liam Neeson dans les « Taken » et son charisme et une réelle ressemblance physique. Remarquable première réalisation de Hüseyin Aydin Gürsoy, qui nous captive avec cette intrigue imparable et par le casting des rôles confiés à Charles Berling ( pardait ), Metehan Aygün, ou la solaire Lubna Azabal, sans oublier Maud Wyler et Lou Howard, épatantes toutes deux…. Une savoureuse maîtrise du sujet, captivant…… !!**
Très bon scénario, suspense assuré du début à la fin avec en prime une très belle interprétation, un bon moment qui confirme que l'argent est maître du monde
Mathieu, avocat d’affaire destiné à un brillant avenir, se rapproche de la communauté turque dont il s’est éloigné pour aider un jeune taximan victime de racisme. Film touffu qui développe de front plusieurs thèmes comme la corruption des hommes de pouvoir ou la difficulté de se couper de ses racines. C’est un thriller politique réussi, intelligent et plutôt sombre et résigné sur ce qu’est l’identité.
Premier Long Métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy, né en Turquie en 1988 et arrivé en France à l’âge de 3 ans ( Intéressant de le savoir son film prenant alors sens ) , fort intéressant avec une intrigue qui sait embrasser les codes du thriller en racontant l’histoire d’un personnage issu d’une minorité et soulève alors une question récurrente : comment s’adapter et s’intégrer à une nouvelle culture sans perdre ce que l’on a déjà ? C'est une histoire sous fond de transfuge de classe .
Ai vu « Une affaire turque », premier film du réalisateur turc Hüseyin Aydin Gürsoy. Ce film qui a des allures de thriller bénéficie d’un synopsis très ingénieux et efficace que le scénario ne sait pas toujours développer sur la durée et qui pose sur l’écran à la finale des problèmes de rythme. Mustafa (Lionel Erdogan très bien) a vécu en banlieue nord parisienne. Quand il devient avocat dans un grand cabinet à Paris, il se fait appeler Mathieu et a bien du mal à revenir sur les lieux de son enfance où habitent toujours ses parents. Alors qu’il devient associé dans un cabinet d’affaires qui appartient à Claude Delval (Charles Berling), sa famille lui demande d’aider un jeune homme de la communauté turque (Metehan Aygün) qui est victime d’un acte raciste. Mathieu par trop d’assurance et d’orgueil, va mettre en danger le cabinet et tout son avenir en acceptant cette affaire. Chaque scène forte du film est systématiquement interrompue par des scènes de remplissage accompagnées d’une musique insipide. Cette impression d’accélération et de décélération brutale tout au long de la projection est vite lassante. Des fulgurances dans le scénario, une interprétation magistrale de Lubna Azabal dans le rôle d’une avocate concurrente contrebalancent une mise en scène qui manque d’originalité. L’appartenance à une communauté et à l’envie de s’en démarquer, la notion d’identité et à son désir de s’en affranchir, la réussite sociale qui fait des envieux mais qui peut être aussi accompagnée de remords… le tout saupoudré de corruption, de manigances politiques auraient mérité plus de tensions. La spirale dans laquelle est enfermé Mathieu, perd de sa vitesse dans le dernier tier du film, où le scénario devient plus attendu et paradoxalement pas très crédible. Il faut noter le jeu intense tout en introversion de Lionel Erdogan qui donne du liant là où le film manque de fluidité dans la narration et de tension dans la réalisation.
Malgré un démarrage un peu poussif et une mise en scène qui rappelle parfois un téléfilm, Une Affaire turque finit par prendre une direction que je n’avais pas vue venir. L’intrigue met du temps à se mettre en place, mais une fois les pièces du puzzle assemblées, le film enchaîne les rebondissements et parvient à maintenir la tension jusqu’à une conclusion réussie. Lionel Erdogan livre une prestation convaincante, tandis que le scénario aborde avec justesse des thèmes comme la religion, la famille et le poids de la communauté. Ce n’est clairement pas le genre de film qui m’attire habituellement, mais j’ai finalement été agréablement surpris. Une œuvre imparfaite, mais suffisamment prenante pour me garder scotché à l’écran dans sa seconde moitié.
Pour son 1er film, le franco-turc Hüseyin Aydin Gürsoy nous propose un thriller politique qui s’empare de thématiques aussi importantes que l'immigration, l'intégration, l'ascension sociale et l'identité… Mathieu, avocat brillant et déterminé, s'est éloigné de sa communauté turque pour grimper l'échelle sociale. Il se donne sans compter pour devenir associé d’un influent cabinet d'affaires. Mais l'irruption dans sa vie d'un jeune turc en situation précaire ayant besoin d'aide va le précipiter dans une affaire de corruption mettant en péril tout ce qu’il a bâti. 92 minutes sous très haute tension qui respecte tous les codes du genre. A voir sans crainte, du bon cinoche classique mais efficace. Tout est turc ici, du cinéaste, à la majorité du casting en passant par la musique qui mêle instruments traditionnels turcs et sonorités occidentales. Car, c’est bien là le cœur du sujet. La communauté turque est-elle assimilable – j’allais écrire soluble – dans la société française ? Pour le héros, visiblement non puisque que « Mathieu » se prénomme en réalité « Mustapha ». Mais pour réussir dans les affaires, il faut accepter quelques concessions… Cette communauté est l'une des plus présentes en France, avec près de 700 000 personnes turques ou issues de l’immigration. Le réalisateur avait visiblement envie de raconter leur histoire, de les faire exister à l’écran, c’est un exercice inédit dans le cinéma français. Aussi, avais-je peur de la victimisation et d’une trop grande subjectivité du scénario. Or, et c’est la bonne surprise, il n’en est rien. Gürsoy n’est pas tendre avec les siens pointant du doigt sans aménité les travers de ses congénères, à l’image de son personnage central qui dit avec pudeur l’impossible réconciliation de soi. Pour le reste, c’est très bien mené. Loin des fresques communautaires convenues, le scénario, souvent haletant, ouvre une réflexion sensible et juste sur l’appartenance et la filiation. Lionel Erdogan porte le film de bout en bout avec un charisme qu’on ne lui connaissait pas. Face à lui, Charles Berling, impeccable, Metehan Aygün, Lubna Azabal, - magnétique et rageuse -, et Maud Wyler, apportent tous au film des pierres essentielles. Ce thriller d’excellente facture classique prouve, encore une fois, que malgré un parcours brillant, la vie et l’habitus social vous ramènent sans cesse à vos origines.
Non seulement l’histoire est prenante mais en plus les acteurs sont tous excellents (notamment l’acteur principal) et la manière de filmer est irréprochable. Le bonus tient à la mise en avant de la « communauté « turque et ses tiraillements. Très intéressant.
Un excellent thriller tendu et passionnant sur l’immigration et le transfuge de classe. Porte par le magnifique Lionel Erdogan et le toujours parfait Charles Berling. La réalisation et la photo sont très soignés. Le scénario, quoique sans grande surprise, tient en haleine et sonne juste.
Un brillant avocat d'affaires d'origine turque retombe sous l'influence de sa communauté pour avoir "rendu un petit service". Excellent thriller, muni d'un scénario solide, bien écrit et haletant. Un engrenage sans fin qui broie et détruit les espoirs d'intégration, et rejete dans l'anonymat un fils de france issu de l'émigration.
Un thriller qui nous tient en haleine jusqu’à la fin, une plongée dans la communauté Franco-turque que je n’ai jamais vue ailleurs, et une distribution éblouissante menée par un Lionel Erdogzn en grande forme. Beaucoup de talent pour un premier long !
un très bon film sur la chute d'un avocat tiraillé entre ses ambitions et des liens de fidélité qui sont autant de filets dans lesquels il va s'empêtrer. Egalement un très bon portrait de l'amertume d'une communauté à l'endroit de ceux dont l'ascension sociale dans la société française est vécue comme une trahison. Le regard que porte le cinéaste sur la société est particulièrement sombre : les victimes de racisme sont condamnées au silence, la corruption gangrène tous les milieux, que ce soit la politique ou le barreau. L'homme qui devait finir au banc des accusés finit au gouvernement Et le héros lui-même n'a rien d'un incorruptible. Un film à voir !
Un film brillant qui entremêle de manière très bien ficelée le milieu des avocats Parisiens et de la communauté Turque. Non il ne s'agit pas d'un enième film sur l'intégration réussie d'un jeune, de la 2e génération, issu de la banlieue !
Mathieu (Mustafa) Duman est un brillant avocat d'affaires dans un cabinet de renom parisien, quand il se retrouve plongé dans une sordide affaire de droit commun doublé de racisme. Comment va t-il à s'en sortir ? D'autant que la victime est un chauffeur de taxi appartenant à la communauté Turque. Ce film est aussi une dissection des pratiques des avocats parisiens, notamment ceux qui font dans le « social » A souligner le rôle de la victime Abdullah Ozkhan, qui verse de l'huile sur le feu. Et on comprendra peut être l'origine du mal être des jeunes de banlieue. Le film est porté par Lionel Erdogan, qui sait rester calme, alors qu'il y a des tempêtes sous son crâne. Pour un premier long métrage c'est une réussite !