Je suis fan d'Histoire, alors un film qui me plonge dans un XVIe siècle aussi mouvementé, avec la folie du pouvoir et la barbarie religieuse qui débouchent sur le massacre de la Saint-Barthélemy, ça ne pouvait que me plaire. Patrice Chéreau filme une cour malade d'elle-même, repliée jusqu'à la consanguinité, une meute de loups acculés avec Catherine de Médicis en louve alpha. Visuellement c'est somptueux : costumes, photo, décors, rien à dire. Le souci, c'est que toute cette beauté tourne parfois à vide ; je fus séduis par sa noirceur cruelle mais ça ne m'a presque jamais ému, on admire sans rien ressentir. Le film prend de grandes libertés avec l'Histoire et n'a pas peur de déranger, inceste, orgies, et cette scène où Margot se donne en pleine rue au premier venu ; là où Chéreau voit la vérité crue des passions, j'ai parfois vu du voyeurisme. Le début est dynamique, prenant, mais la seconde partie s'enlise et finit par assommer. Le vrai problème reste l'écriture : trop de personnages balancés trop vite sans aucune pédagogie, et des dialogues franchement faibles qui ne tiennent pas la dimension théâtrale (presque opéra) que vise la mise en scène. Isabelle Adjani fait du Adjani, incandescente, sa pâleur laiteuse aimante l'écran même si son rôle finit par tourner en boucle, tandis que Virna Lisi impose une cruauté glaçante et que Jean-Hugues Anglade est bluffant en roi qui sombre. Au bout du compte, un film oppressant, ce Louvre transformé en nid de vipères gangrené par la paranoïa, splendide à l'œil mais qui garde l'émotion à distance.