*Volcano* est typiquement le genre de film qui me fascine presque autant qu’il me fatigue. Réalisé par Mick Jackson, sorti en 1997, porté par Tommy Lee Jones et Anne Heche, il prend une idée immédiatement vendeuse — une éruption volcanique en plein Los Angeles, du côté de La Brea — et la transforme en pur objet de studio des années 90, avec tout ce que cela implique de démesure, d’efficacité mécanique, de sérieux un peu forcé et de naïveté spectaculaire.
Ce que le film réussit, il le réussit franchement. Il y a une vraie gourmandise visuelle dans sa manière d’imaginer la ville comme un organisme soudain traversé par la chaleur, la panique et le chaos. La lave qui avance dans un décor urbain moderne, c’est une image simple, presque enfantine, mais très cinématographique, et le film sait en tirer quelques plans qui restent. On sent aussi le savoir-faire d’un cinéma catastrophe qui veut sans cesse relancer la machine : un problème, une décision, un nouvel obstacle, une autre urgence. Sur ce plan-là, *Volcano* se regarde sans ennui total, parce qu’il comprend une règle essentielle du divertissement : il faut toujours que quelque chose menace d’arriver dans les deux minutes qui viennent. Cette énergie-là existe, et elle sauve régulièrement le film du naufrage complet. Plusieurs critiques de l’époque avaient d’ailleurs relevé la vigueur de son action et l’impact de ses effets, même quand ils jugeaient l’ensemble très programmatique.
Mais ce qui empêche le film de vraiment décoller, c’est qu’il confond trop souvent intensité et agitation. Tout y est conçu pour nous faire sentir l’importance de chaque seconde, sauf que l’écriture ne donne presque jamais aux personnages une épaisseur suffisante pour que cette urgence nous atteigne autrement que comme un dispositif. Tommy Lee Jones apporte son professionnalisme, sa dureté tranquille, son autorité naturelle, et il parvient souvent à imposer une présence de cinéma que le scénario n’a pas totalement méritée. Mais autour de lui, beaucoup d’éléments paraissent écrits à la règle : les conflits sont soulignés à gros traits, les répliques ont parfois la raideur des films qui veulent expliquer l’action au lieu de la faire vivre, et l’émotion surgit moins comme une évidence humaine que comme une obligation de cahier des charges. On retrouve ce mélange très hollywoodien de catastrophe, d’héroïsme municipal et de leçon civique, sauf qu’ici il est rarement transcendé par un vrai souffle dramatique. Le film veut être haletant, noble, touchant et impressionnant en même temps ; au final, il n’est qu’épisodiquement chacun de ces adjectifs.
Ce qui me gêne le plus, au fond, c’est le sérieux avec lequel *Volcano* demande qu’on avale ses énormités. Le cinéma catastrophe vit très bien de l’invraisemblance, à condition d’assumer une forme de fièvre ou d’invention. Ici, la crédibilité scientifique, politique et logistique devient souvent si fragile qu’on cesse de trembler pour commencer à négocier mentalement avec le film. Et quand un film-catastrophe vous pousse à discuter sa mécanique au lieu de vous submerger, il perd une partie décisive de sa force. Là où un grand représentant du genre vous emporte malgré l’absurde, *Volcano* vous rappelle un peu trop souvent qu’il empile des péripéties sur des péripéties. C’est un film qui veut faire monter la température, mais qui laisse régulièrement voir les tuyaux de la chaudière.
J’y vois quand même un charme résiduel, presque affectif. Celui d’une époque où Hollywood croyait encore dur comme fer qu’on pouvait faire d’un concept impossible un grand spectacle populaire à coups d’effets pyrotechniques, de stars au front plissé, de musique martiale et de scènes de crise en série. Il y a quelque chose d’attachant dans cette absence totale d’ironie, dans cette foi industrielle très premier degré. Mais ce charme vintage ne suffit pas à masquer la routine du récit, la lourdeur de certains dialogues, ni cette impression persistante de regarder un film qui aurait pu être beaucoup plus fou, beaucoup plus tendu ou beaucoup plus méchant qu’il ne l’est réellement. Au lieu de cela, *Volcano* reste coincé dans une zone intermédiaire assez frustrante : trop appliqué pour être jubilatoirement idiot, trop improbable pour être vraiment prenant, trop bruyant pour être subtil, et pas assez inspiré pour devenir un grand plaisir coupable. Sa lave coule, ses immeubles souffrent, la ville s’affole, mais le film, lui, n’embrase jamais totalement l’imaginaire.